éditions Agone

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L'ordre médiatique

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dimanche 14 juin 2020

Soixante-dix ans après Orwell (XXII) La responsabilité de la presse dans la guerre

Trois ans avant d'avoir évoqué le peu d'inconvénients vis-à-vis des avantages de la nationalisation de la presse, Orwell analysait le fonctionnement et la fonction d'une presse qui sont encore d'une curieuse actualité…

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vendredi 12 juin 2020

Exhiber l'exhibition, la dénoncer, et encaisser sur les deux tableaux

La douloureuse actualité sur les violences policières relance le débat sur le lien entre passé colonial et racisme en France. Il faut s’en féliciter. Pour autant, il réveille également les marchands de la mémoire, ceux qui ont tout intérêt à ce que prospère leur petit business postcolonial et qui courent de plateaux télé en plateaux télés pour vanter leurs prestations de services

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jeudi 4 juin 2020

La nef des fous

L’épisode de pandémie et de confinement que nous venons de vivre, et qui n’est apparemment pas terminé, ne nous aura pas appris grand-chose de neuf en infectiologie, mais nous aura en revanche fourni une illustration supplémentaire d’un motif qui appartient au musée imaginaire de l’occident et qui court dans toute son histoire, dès l’Antiquité, mais surtout depuis le Moyen âge où la tradition littéraire et picturale s’est enrichie d’œuvres magistrales sur le thème de La Nef des Fous.

Une fois de plus, notre malheureuse humanité a pris la figure d’une troupe de gens un peu barjots, embarqués sur un bateau en perdition, ballottés par les vents et les flots, et ne sachant où ils vont atterrir. Dans la foule des passagers entassés à bord, beaucoup s’efforcent de poursuivre leurs occupations habituelles, comme si celles-ci conservaient leur sens, parce qu’il faut beaucoup trop d’imagination individuelle et plus encore collective pour concevoir autre chose et qu’on ne change pas de délire sur commande. Comme dans un tableau de Bosch ou de Breughel, on peut y voir certains grimper aux mâts pour décrocher des jambons et des cruchons, pendant que d’autres s’empiffrent de victuailles qu’ils vont ensuite vomir par-dessus bord, et que d’autres encore, lascivement enlacés, se donnent du bon temps couchés sur le plancher, offrant tous ensemble le spectacle, à la fois désolant et grotesque, d’une bande de bouffons coiffés de leurs bonnets à grelots et agitant chacun sa marotte, en proie à leur triple obsession : bouger, bouffer et baiser.

Aujourd’hui, nos humains à la dérive ont ajouté à leur panoplie un masque médical qui les rend encore un peu plus anonymes, fantomatiques et interchangeables. Mais ce qui frappe davantage l’attention du spectateur d’aujourd’hui, c’est le rôle joué par les médias institutionnels dans la mise en scène du drame planétaire.

Tout se passe comme si la corporation journalistique, à peu près totalement discréditée aujourd’hui aux yeux du grand public par son inconsistance intellectuelle et sa médiocrité morale, sautait sur l’occasion de redorer son blason. Dès que le malheur frappe à la porte du genre humain, il faut voir et entendre les rédactions « se mobiliser » au service de leurs semblables ! Des milliers d’hommes et de femmes, habituellement confinés dans leurs confortables sacristies de presse, s’emparent de tous les moyens de communication que des affairistes milliardaires mettent à leur disposition pour entretenir dans les populations le niveau de conscience compatible avec les politiques économiques et sociales mises en œuvre par les gouvernements que ces mêmes milliardaires ont contribué à installer aux commandes, depuis que les peuples sont convertis à la religion du dieu Fric prêchée par Saint Ronald Reagan et Sainte Margaret Thatcher.

Précédemment, du fait de la relative multiplicité des pouvoirs et des intérêts en concurrence dans le monde social et dans l’État lui-même, on pouvait capter des filets d’informations provenant d’une pluralité de sources. Les politologues prétendaient y voir l’expression du « pluralisme démocratique ».

Mais l’une des particularités de l’épisode covid-19 aura été de ramener l’information médiatique institutionnelle, tant publique que privée, à sa fonction essentielle de « voix-de-son-maître » : à cause, d’une part, de l’insuffisance des connaissances positives relatives à ce virus, et, d’autre part, du confinement, les équipes journalistiques ont dû se contenter de faire les seules choses qu’elles aient apprises, s’aligner sur les mêmes sources administratives officielles, suivre avec dévotion leurs agendas et relayer leurs instructions, contradictions et incohérences comprises. Pour pallier un peu la minceur de leur information factuelle, elles en ont rajouté, sans plus de mesure ou de discrétion, dans les seuls registres de l’émotionnel et du compassionnel, alternant approximations alarmantes et niaiseries rassurantes, s’érigeant avec un inlassable empressement en auxiliaires de parole, en nounous bêtifiantes, en psy pour attardés, en ardélions plus obsédants que les mouches sur des tartines.

Ainsi depuis des semaines entendons-nous se répandre dans le cyber-espace, sans répit, sans vergogne et sans humour, jusqu’à la nausée, les pleurs de reconnaissance de la nation tout humide de gratitude et d’admiration pour les merveilleux soignants et les héroïques enseignants qu’elle laissait, il y a peu encore, dépérir d’inanition et d’austérité. La France, l’Europe, le Monde se sont soudain « mobilisés » derrière leurs prodigieux journalistes eux-mêmes nuit et jour « mobilisés » au service de leurs merveilleux annonceurs et sponsors, eux-mêmes « mobilisés » sans restriction pour leurs fidèles clients, eux-mêmes évidemment prêts à se « mobiliser » jour et nuit, en toute abnégation, pour aller claquer du fric partout où la libre circulation des capitaux et des marchandises sera rétablie et où la Nef des Fous pourra accoster pour renflouer l’économie touristique. Oh, what a wonderful world !

Pendant ce temps, notre presse libre et reconnaissante, s’efforce d’enrôler la troupe naufragée dans une désopilante sotie sur le thème : « Et après, plus rien ne sera comme avant, on va se réinventer ! ». Aussi sec. En attendant, en guise de réinvention, on nous re-sert le plat indéfiniment réchauffé de l’union sacrée, de la solidarité républicaine et de l’abolition des clivages politiques en espérant qu’il y aura toujours autant d’amateurs de tartuferie centriste, si consensuelle, ni de gauche ni de droite, ni dans la majorité ni dans l’opposition.

Il paraît qu’à bord de la Nef, un vent de mutinerie commencerait à souffler… Un grand nombre de fous échangeraient leurs grelots contre des bonnets phrygiens et tailleraient leurs marottes en forme de piques… Mais certains observateurs pensent que c’est un bobard, une histoire de fous. Que croire ?

Alain Accardo

Chronique parue dans La Décroissance en mai 2020.

Du même auteur, dernier livre paru, Le Petit-Bourgeois gentilhomme, Agone, coll. « Éléments », troisième édition revue et actualisée.

mercredi 20 mai 2020

Un journalisme de classes moyennes (III) Le maintien de l'ordre « démocratique »

Il y a 20 ans comme hier, Alain Accardo concluait : « Que le journalisme puisse contribuer, non pas à l’émancipation du genre humain mais à la victoire d’un nouveau totalitarisme, voilà un beau sujet de réflexion qu’il faudrait donner à méditer à tout le monde en général et à ceux et celles qui se proposent de devenir journalistes. »

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lundi 11 mai 2020

Un journalisme de classes moyennes (II) L’orchestration invisible des pratiques sociales

Dans la presse écrite et audiovisuelle, comme ailleurs, la quête du profit a poussé à la quasi-totalité des postes de direction une génération de journalistes-managers soumis à l’idéologie néolibérale. Mais ce biais n’autorise pas à conclure qu’ils sont les seuls artisans de l’abaissement de la presse d’information. Ce serait faire bon marché de la collaboration efficace qu’ils reçoivent de leurs subordonnés.

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mardi 5 mai 2020

Un journalisme de classes moyennes (I)

Les personnels chargés de faire fonctionner les trois institutions majeures de notre système social que sont l’École, la Presse et le Parlement ont généralement bonne conscience de faire ce qu’ils font comme ils le font et protestent en toute occasion de leur indépendance et de leur impartialité dans l’accomplissement de leur tâche.

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jeudi 2 avril 2020

Pertes et profits du XXe siècle (VII) Une fatwa française contre Hobsbawm

En 2011, revenant (encore) sur ce qu’il appelle « L’“affaire Hobsbawm” », Pierre Nora raconte qu’il « entend encore François Furet [lui] répéter, goguenard devant [s]es hésitations [à éditer The Age of Extremes] : « Mais traduis-le, bon sang ! Ce n’est pas le premier mauvais livre que tu publieras. » Toutefois, non seulement Nora ne suivit pas les conseils de son illustre beau-frère, mais il assuma pour l’édition française la position du censeur. En préface à la réédition de L'Ère des extrêmes, Serge finit le dévoilement commencé voilà vingt ans dans son analyse du « Maccarthysme éditorial ».

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dimanche 23 février 2020

Soixante-dix ans après Orwell (V) Les intellectuels néo-pessimistes

La lecture du livre de Michael Roberts sur T. E. Hulme m’a fait penser une fois de plus à la dangereuse erreur que commet le mouvement socialiste en ignorant ce qu’on pourrait appeler l’« école des écrivains néoréactionnaires ». Ils sont nombreux, intellectuellement remarquables, exercent leur influence avec discrétion, et leurs critiques contre la gauche font bien plus de dégâts que tout ce qui peut émaner du bureau central du parti conservateur ou de la Ligue individualiste [qui défend le capitalisme traditionnel].

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dimanche 12 janvier 2020

Soixante-dix ans après Orwell (I) Dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre (2)

Alors qu’Orwell avait publié dans les années 1930 trois livres où il raconte sa propre expérience des asiles de nuit pour chemineaux, des corons de mineurs anglais et des tranchées de la guerre d’Espagne, et pour lesquels il a inventé une forme de description à la fois participante et distante qui a marqué l’histoire de la littérature de reportage, le journalisme des années 1940 qu’il développe avec « À ma guise » relève d’un tout autre genre : la chronique hebdomadaire qui s’écrit chez soi, derrière un bureau.

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dimanche 5 janvier 2020

Soixante-dix ans après Orwell (I) Dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre (1)

Il y a soixante-dix ans, à la mort de George Orwell, le roman qui allait le faire entrer dans le Panthéon de la littérature mondiale, 1984, était paru depuis six mois. En avant-première à la nouvelle traduction que nous ferons paraître dans un an, nous mettrons en ligne chaque semaine un texte de (ou sur) Orwell. Pour commencer, un choix de chroniques « À ma guise » (1943-1947), introduites ici par Jean-Jacques Rosat.

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