Condorcet est en particulier l’auteur du « Rapport sur l’organisation générale de l’Instruction publique » (1792), dans lequel il prône la neutralité religieuse et une instruction gratuite. Associé aux Girondins, il est décrété d’accusation. Pendant sa fuite, il rédige L’Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain (1794), son ouvrage le plus célèbre, dans lequel il décrit l’amélioration de la connaissance et des mœurs et estime que ce même progrès va se poursuivre dans le futur. Arrêté à Bourg-Égalité (Bourg-la-Reine), il est retrouvé mort dans sa prison. Nicolas Sarkozy mobilise plusieurs fois Condorcet sur les questions d’éducation.

Dans un premier registre, Condorcet incarne la matrice républicaine souvent associée à Jules Ferry : « Tout part de Condorcet, tout s’accomplit avec Jules Ferry, [qui] réalise le rêve de Condorcet : l’école gratuite, laïque, obligatoire. » Dans un second, la question éducative est mise en perspective dans « l’idéal des Lumières » présenté comme la négation de la Terreur : « Condorcet recherché par les agents de la Terreur qui voulaient l’assassiner en appela aux progrès de l’éducation et à la force de la raison pour faire barrage à la folie des hommes qui avaient trahi l’idéal des Lumières. »

De l’aveu du candidat à la présidentielle, la fonction de Condorcet est tout d’abord de donner à son discours électoral l’épaisseur humaniste qui pourrait lui faire défaut : il ne faut « pas faire à la gauche le cadeau d’une conception purement utilitariste de l’enseignement ». Au-delà, il s’agit de mobiliser un illustre représentant du panthéon de la gauche socialiste afin de retourner contre elle ses propres valeurs, qui auraient été dévoyées par « la culture de l’assistanat et de la facilité » issue de « l’héritage de Mai 68 ». En s’inscrivant dans la philosophie de Condorcet, Nicolas Sarkozy cherche donc à incarner la véritable continuité républicaine sur les questions d’éducation, non pas repliée sur des nostalgies, la « plume Sergent Major », mais tournée vers les « promesses de la République », le « mouvement », l’« audace », l’« innovation », le « progrès », la « justice ». Or, derrière ces généralités, il décrit une école « du travail, de l’effort et du mérite », moins caractéristique de l’« idéal des Lumières » qu’attachée aux vieux principes de l’ancienne société qu’évoquait un Adolphe Thiers contre l’égalitarisme des partageux.

Dès lors, le Condorcet de Nicolas Sarkozy est plus à rechercher chez le partisan du libéralisme économique qui dénonçait « la prétendue opposition d’intérêt entre les riches et les pauvres » que chez le philosophe anticlérical et athée. On notera que c’est pendant la Terreur que sont instituées l’obligation scolaire et la gratuité. Elles seront supprimées par la Convention thermidorienne pourtant si favorable à Condorcet.

(À suivre…)

Yannick Bosc

Extrait de Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France – les mentions entre accolades font références aux discours de Nicolas Sarkozy.

Du même auteur, dernier livre paru (avec Marc Belissa), ''Le Directoire La république sans la démocratie'', La Fabrique, 2018 <http://lafabrique.fr/le-directoire/>