Après avoir édité, en 2006, La Politique selon Orwell de John Newsinger, puis les chroniques À ma guise (en 2008), les éditions Agone récidivent cette année avec un ensemble de textes inédits en français sous le titre Écrits Politiques. Peux-tu nous dire deux mots sur ce qui motive ce projet éditorial ?

En ce qui concerne Orwell, notre but est double. Il s’agit d’abord de rendre accessibles en français un certain nombre de textes qui ne l’étaient pas encore, c’est-à-dire de poursuivre et de compléter tout le travail déjà effectué par les éditions Champ Libre (aujourd’hui Ivréa). C’est essentiellement cet éditeur qui a permis, à partir des années 1980, de faire découvrir au public français les récits et témoignages d’Orwell comme Le Quai de Wigan ou Hommage à la Catalogne. Jusqu’alors, seuls 1984 et La Ferme des animaux étaient connus, et tout leur travail éditorial, notamment la publication des Essais, articles et lettres en quatre volumes, a permis de faire découvrir la richesse et le niveau de la réflexion politique d’Orwell – jusqu’alors étiqueté de manière un peu réductrice comme « romancier anti-totalitaire ». Notre projet éditorial se situe dans cette continuité, et c’est ce qui a motivé la publication de l’intégralité des chroniques À ma guise dans Tribune, le journal de la gauche du parti travailliste de l’époque, entre 1943 et 1947, ainsi qu’une quarantaine de textes inédits en français et, pour certains, écartés de l’édition des Essais… par la veuve d’Orwell, qui ne les trouvait pas assez « chics » ou politiquement trop militants… L’intérêt de ces écrits, c’est qu’ils permettent de se faire une idée beaucoup plus précise de la trajectoire politique d’Orwell, depuis les premiers textes publiés dans la revue de Barbusse en 1928, jusqu’aux correspondances, dans lesquelles Orwell revient sur le sens de 1984.

Ce qui m’amène à notre deuxième objectif, à savoir contribuer à faire découvrir Orwell comme un classique de la pensée politique du XXe siècle, au même titre qu’un Gramsci ou qu’une Hanna Arendt. Pour donner à ses écrits toute leur dimension, il faut d’abord un vrai travail de contextualisation, ce que nous avons essayé de faire, sous la forme de notes, de glossaires, d’un rappel des circonstances historiques de leurs publications, tout ceci nécessitant de revisiter, au passage, l’histoire politique anglaise assez largement méconnue. Cela requiert, ensuite, un travail de caractérisation de la place d’Orwell en tant que penseur et militant politique. Le livre de Newsinger permet ainsi de comprendre les liens très étroits qu’Orwell entretenait avec les milieux de la gauche radicale, qu’il s’agisse de l’ILP britannique, du POUM espagnol, des anciens communistes exilés en Grande Bretagne qui composaient la majeure partie de la rédaction d’un journal comme Tribune, mais aussi avec ce qu’il est convenu d’appeler appelle le « trotskisme littéraire » américain, c’est-à-dire notamment Partisan Review[1]. Il permet également de comprendre le soutien sans ambiguïté qu’il apporte au gouvernement travailliste en 1945 – ce dernier, faut-il le rappeler, n’ayant pas grand-chose en commun avec le New Labour que nous connaissons aujourd’hui. Au fond, Orwell se situe à la croisée de la gauche du parti travailliste et des socialistes révolutionnaires. Le tout, sans aucune forme de sectarisme ; ce qui le conduit par exemple à créer, en 1945, un comité de soutien aux prisonniers politiques du monde entier avec des militants anarchistes. L’intérêt de toutes ces connexions politiques, c’est qu’elles apportent évidemment un éclairage nouveau sur les œuvres littéraires d’Orwell et sur le sens de sa critique du totalitarisme.

Dans les Écrits Politiques, les textes retenus balaient toute un série de thèmes peu connus, depuis la critique du colonialisme, en passant par les débats sur le pacifisme de l’entre-deux-guerres, jusqu’à ses réflexions sur le patriotisme révolutionnaire et sur la critique des intellectuels. À travers tous ces thèmes se dessine une conception très originale du socialisme, ainsi qu’une analyse aïgue du rôle néfaste exercé par certains intellectuels sur le mouvement ouvrier révolutionnaire. C’est à partir de ces deux positions, spécifiquement « orweliennes », que prennent sens les textes de 1984 ou de La Ferme des animaux. J’aimerais que tu nous parles de ces thématiques et du rôle qu’elles jouent dans la trajectoire d’Orwell.

Un des textes qui ouvrent le recueil porte sur le colonialisme, plus précisément sur l’exploitation des populations birmanes par les Britanniques. Pourquoi ? Parce que le colonialisme, c’est la première expérience politique d’Orwell, celle qui va le conduire à remettre en cause toute son éducation et sa vision du monde d’un fils de haut fonctionnaire anglais. Cette notion d’expérience vécue est très importante pour comprendre Orwell, qui présente la particularité de ne pas être un écrivain théorique. Toute la pensée politique d’Orwell s’appuie toujours sur des expériences personnelles, et il considère que tout engagement politique doit être relié à des expériences de ce genre. Une conséquence de cela, c’est qu’Orwell n’est pas un écrivain « chic » ou un virtuose du concept, ce qui explique sans doute en partie les difficultés de réception de son œuvre dans un pays comme la France.

Pour revenir à l’expérience coloniale, il faut rappeler le contexte : Orwell est issu d’une famille colonialiste et, après ses études effectuées dans la prestigieuse public school d’Eton, il se destine d’abord à une carrière de policier en Birmanie. Il a alors une vingtaine d’années. Cinq ans plus tard, il quitte la Birmanie profondément écœuré par le système colonial, qu’il considère désormais comme un système pourrissant absolument tous les rapports humains, qu’il s’agisse, bien entendu, des rapports entre colons et colonisés, mais aussi des rapports entre les colons eux-mêmes. C’est cette expérience qui est racontée dans Une histoire birmane. Elle va jouer un rôle déclencheur chez Orwell, car c’est à partir de là qu’il décide de partager l’existence des vagabonds dans les capitales européennes, ce qui donnera lieu à Dans la dèche à Paris et à Londres.

Pour lui, l’expérience coloniale, c’est d’abord l’expérience de la violence. Orwell la résume par une formule sur laquelle il n’est jamais revenu : « L’un maintient l’indigène à terre pendant que l’autre lui fait les poches.[2] » Il n’y a qu’une solution pour sortir de ce système : l’indépendance des colonies. Ce programme d’indépendance est aussi assumé, de manière plus ou moins verbale, par la gauche anglaise. Mais ce que critique Orwell, c’est justement ce verbalisme, dans la mesure où aucun représentant travailliste ne prend le risque d’expliquer vraiment quelles seraient les conséquences exactes d’une telle indépendance sur le niveau de vie britannique, y compris sur celui de la classe ouvrière. À tort ou à raison, Orwell pensait que la décolonisation et la fin de l’Empire britannique auraient nécessairement des conséquences directes sur le niveau de vie du peuple britannique et il reprochait aux représentants travaillistes de manquer de courage et d’honnêteté en n’abordant la question de la décolonisation que sous l’angle très abstrait de la solidarité internationale entre les travailleurs. Ce faisant, ils esquivent bien sûr la question de savoir dans quelle mesure la classe ouvrière anglaise est elle-même impliquée dans le système colonial ; ce qui, une fois de plus, revient à déconnecter les discours politiques des actes quotidiens en se payant de mots ou d’illusions.

De ce point de vue, il faut noter qu’Orwell a toujours manifesté un certain scepticisme à l’égard de l’idée d’internationale prolétarienne, ou, plus exactement, à l’égard des effets politiques d’une telle idée, dont il a pu apprécier les limites au moment de la révolution espagnole. Mais cela vaut aussi, selon Orwell, à propos de la question coloniale : le coolie indien ne peut pas se sentir solidaire de l’ouvrier britannique et, dans une certaine mesure, il a parfaitement raison de percevoir l’ensemble du peuple britannique comme un exploiteur. Avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Orwell signe ainsi des textes dans lesquels il dit comprendre que les nationalistes indiens soient prêts à s’allier avec le Japon contre la Grande-Bretagne. Il ne sert alors à rien d’invoquer la solidarité prolétarienne mais plutôt de montrer en quoi l’impérialisme japonais serait encore bien pire pour la cause indienne que l’impérialisme britannique[3].

Les textes publiés présentent également une critique récurrente des positions pacifistes développées par toute une frange de la gauche radicale à l’orée de la Seconde Guerre mondiale. Les motivations de ce pacifisme peuvent être diverses, soit qu’il s’agisse d’une position de conviction, comme c’est le cas chez certains anarchistes anglais, ou encore d’une position « classiste » renvoyant dos à dos l’impérialisme des « démocraties » occidentales à celui de leurs adversaires totalitaires. Cette question est également traversée par les débats qui portent sur l’antifascisme et la stratégie du Front Populaire, à l’égard de laquelle les instructions du Komintern vont varier au gré des intérêts de la politique étrangère de Staline, ce qui conduit les communistes occidentaux à louvoyer entre « pacifisme révolutionnaire » et « antifascisme belliciste ». Partant d’une position plutôt pacifiste, Orwell va, de son côté, adresser des critiques de plus en plus virulentes à l’égard de ceux dont il considère qu’ils refusent de regarder en face le danger hitlérien au nom de leurs convictions idéologiques ou de leur opportunisme politique…

Entre 1936 et 1938, Orwell est effectivement plutôt pacifiste ou, plus précisément, antimilitariste. Il partage la vision d’une guerre à venir entre impérialismes concurrents. Pour autant, cette analyse ne l’empêche pas de partir combattre en Espagne dans les milices du POUM !… De même, il est plutôt méfiant à l’égard de l’idée de Front Populaire, en particulier à l’égard de la forme qu’il pourrait prendre en Grande-Bretagne, où, contrairement à ce qui s’est passé en France, il semble se mettre en place à partir d’une alliance entre Churchill et les communistes contre l’Allemagne, le tout dans l’intérêt de Staline. Or, à cette époque, il est déjà ouvertement en désaccord avec l’opportunisme politique des communistes et leur subordination aux intérêts de l’Union Soviétique.

Ce qui va le conduire à évoluer sur la question du pacifisme, ce sont les accords de Munich, puis le pacte germano-soviétique. À la suite de Munich, il quitte l’ILP, qui a salué les accords, une organisation où il a pourtant fait sa formation politique et à laquelle il a adhéré en rentrant d’Espagne pour briser l’isolement et l’omerta dont il est victime, en tant que compagnon de route du POUM, de la part des staliniens britanniques mais aussi de la gauche institutionnelle (Orwell découvre alors la manière dont les mécanismes totalitaires de calomnie, de discrédit, et d’isolement peuvent parfaitement fonctionner à l’intérieur d’un pays « libre ».) Mais ce qui va le faire vraiment basculer, c’est la signature du pacte germano-soviétique. Dès lors, toutes les prises de positions pacifistes seront constamment dénoncées pour leur manque de réalisme.

Pour comprendre le sens que ce terme prend sous la plume d’Orwell, il faut évidemment distinguer deux sens très différents du terme de « réalisme », selon qu’il désigne l’attitude qui consiste à regarder les faits en face et à ne pas se raconter d’histoires ; ou selon qu’il désigne l’attitude qui consiste à s’incliner devant ces faits et devant les puissances qui les produisent. S’il se réclame constamment de la première, Orwell n’a, en revanche, pas de mots assez durs pour cette deuxième forme très répandue de « réalisme », celle qui soutient que la politique n’est, au fond, qu’une affaire de rapports de force. Dans ce cas, il convient plutôt de parler de cynisme ; et c’est cette attitude qu’Orwell attribue aux communistes staliniens, mais aussi à la plupart des intellectuels socialistes, profondément fascinés, selon lui, par le pouvoir. Le « réalisme » dont se réclame Orwell est ainsi opposé à toute forme de fatalisme historique, ce qui constitue une des originalités et aussi, me semble-t-il, un des intérêts de sa position. C’est sur cette base qu’il va critiquer le pacifisme de principe de certains anarchistes britanniques, qui, selon lui, ne voient pas que, si Hitler gagne la guerre, toute révolution devient rigoureusement impossible pour des années.

La guerre s’engageant, Orwell va ainsi développer une position dite du « patriotisme révolutionnaire », à travers laquelle il cherche à transposer, en Grande-Bretagne, la ligne défendue par le POUM en Espagne. Cette ligne consistait à défendre l’idée selon laquelle il ne pouvait y avoir de révolution si on perdait la guerre contre les fascistes, et qu’il ne pouvait y avoir de victoire sur les fascistes sans en passer par une révolution. Rétrospectivement, la deuxième partie du programme peut paraître évidemment un peu naïve. Mais il faut se replacer dans le contexte du désastre de Dunkerque qui, aux yeux de beaucoup d’observateurs, illustre l’incapacité foncière de la classe dirigeante britannique à gagner la guerre. Dès lors, celle-ci devient du même coup l’occasion de balayer cette classe dirigeante par un vaste mouvement populaire. C’est dans cette perspective qu’Orwell va fonder une collection de livres destinés à explorer les voies d’un socialisme à l’anglaise, qui soit à la fois radical et populaire, tout en respectant les traditions démocratiques de la Grande-Bretagne. C’est dans cette veine qu’il écrit, par exemple, Le Lion et la Licorne.

Le levier de ce mouvement révolutionnaire, Orwell le voit alors dans le corps de la Home Guard. Ce corps d’armée est constitué uniquement de volontaires accourus en masse après la défaite de Dunkerque, dans le but de constituer une sorte de milice territoriale, à l’appel du gouvernement conservateur. Cet appel avait donné lieu à un véritable raz-de-marée, dans lequel Orwell voit un enjeu politique majeur. La question est alors pour lui de savoir si on a potentiellement affaire à une sorte de milice pré-fascisante, comme le dénonce une bonne part de la gauche anglaise, ou si on affaire à une milice démocratique embryonnaire, sur le modèle de celles qui se sont constituées en Espagne au moment du coup d’État. C’est pour hâter la deuxième évolution qu’Orwell, fort de son expérience de guérilla en Espagne, s’engage résolument dans la formation militaire des volontaires, en interpellant la gauche radicale anglaise par des titres comme « La Home Guard et vous : question aux démocrates chimériques et aux vrais démocrates »[4]. Orwell reconnaîtra en 1944 avoir fait une erreur de diagnostic en estimant pré-révolutionnaire la situation britannique en 1940 et 1942, notamment par sous-estimation des capacités de la classe dirigeante et de son représentant le plus illustre, Churchill.

En dépit de cette erreur d’analyse, c’est bien cette réflexion sur le « patriotisme révolutionnaire » qui va, de manière plus générale, l’amener à préciser ses propres conceptions sur le socialisme.

Oui. C’est au cours de cette période qu’il va être amené à préciser ses propres conceptions d’un socialisme « à l’anglaise ». Ces conceptions reposent finalement sur quelques axes assez simples. Le premier consiste à définir le socialisme comme un large mouvement populaire et non comme l’intervention de quelque avant-garde que ce soit. Ce qui est ici visé, c’est évidemment la conception léniniste, mais également toutes les formes d’expertise « politique », pour le bien du peuple et à sa place, portées par les intellectuels socialistes ou socialisants, comme ceux qui forment la société fabienne en Grande-Bretagne[5]. Le deuxième axe consiste, pour Orwell, à identifier le socle social d’un tel mouvement dans une alliance entre la classe ouvrière et les nouvelles classes moyennes, qu’Orwell considère comme des acteurs indispensables pour gagner la guerre mais aussi pour faire la révolution. Le troisième point consiste, et il s’agit, aux yeux d’Orwell, d’une évidence, à collectiviser la terre et l’industrie. Il s’agit également de supprimer les public schools, justement parce que, contrairement à ce que leur nom suggère, elles ne sont absolument pas publiques et constituent une machine de reproduction sociale des élites parfaitement incompatible avec le socialisme. Orwell propose ensuite d’instituer une échelle des revenus ne dépassant pas un ratio de un à dix. Il est en effet convaincu de l’existence de seuils au-delà desquels les différences de revenus font que les individus ne vivent tout simplement plus dans le même monde, et ne partagent plus d’expérience commune. Enfin, tout avènement du socialisme en Grande-Bretagne doit accorder immédiatement l’indépendance aux colonies de l’empire.

Pour mener à bien un tel programme, profondément influencé par son expérience espagnole, Orwell espère d’abord la constitution d’un mouvement politique qui déborderait le parti travailliste. Mais ce mouvement ne verra pas le jour, et à partir de 1943-1944, Orwell se rapprochera alors de la gauche du parti travailliste.

[à suivre…]
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Propos recueillis par Jean-Mathias Fleury pour L’Émancipation syndicale et pédagogique (n° 7, mars 2010).

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photo Christian Soulignac

Notes

[1] L’Independant Labour Party (ILP) est fondé en 1893 par un syndicaliste anglais et va faire partie des fondateurs du Parti travailliste anglais en 1906. Il défend une forme de socialisme égalitaire très radical. Regroupant jusqu’à 50 000 membres au début du siècle, il conserve par la suite une ligne et un fonctionnement relativement autonome à l’égard du Parti travailliste. C’est par son intermédiaire qu’Orwell, avec d’autres militants de l’ILP, prend contact avec les milices du Parti Ouvrier d’Unification Marxiste (POUM) en Espagne. Le POUM est créé à Barcelone en 1935 et regroupe des militants d’origine trotskiste et des socialistes révolutionnaires anti-staliniens. Dès le début de la guerre, il prend parti pour la collectivisation immédiate des terres et de l’industrie, considérant que la guerre et la révolution sont intimement liées. À partir de 1937, il est victime d’une machination de la part des staliniens qui mène à son interdiction, à l’arrestation et à l’exécution de beaucoup de ses membres. Fondé en 1934, Partisan Review devient, sous la direction de William Phillips et Philip Rahv, le lieu d’expression du « trotskisme littéraire » new yorkais et sera, pendant des dizaines d’années, la plus importante des revues de gauche américaines. Entre 1941 et 1946, Orwell y publie seize Lettres de Londres qui comptent parmi ses plus belles réussites de journalisme politique.

[2] George Orwell, « Comment on exploite un peuple », Écrits Politiques, Agone, 2009, p.40 sq.

[3] Lire George Orwell, « Notes en chemin », ibid., p. 101-102.

[4] Ibid., p.134.

[5] . Fondée en 1883 par le couple Webb, amis de Virginia Woolf et de son mari, la société Fabienne fut le plus célèbre club politique de la gauche anglaise. Elle œuvrait pour l’instauration du socialisme par des réformes progressives, conduite par une élite intellectuelle.