Mais bon, il n’est jamais trop tard pour commencer à réparer ses crimes et si l’élection d’Obama préludait à l’émergence d’une élite noire (qui, pour être statistiquement représentative de sa communauté, devrait être de l’ordre de 12 à 15 %) dans les sphères dirigeantes des Etats-Unis, j’y applaudirais sans réserve. Mais en attendant que l’hirondelle Obama fasse un printemps dont nous souhaiterions ressentir les effluves progressistes en France également, qu’on me permette de faire remarquer à tous les Saint-Jean-Bouche-d’or qui se gargarisent actuellement dans les médias sur le thème à la mode du triomphe de la « diversité », que parmi les critères permettant de mesurer le grand bond en avant de nos démocraties occidentales, il en est un sur lequel ils restent remarquablement discrets, pour ne pas dire aphones. Et pour cause. En effet, autant ils se montrent diserts quand il s’agit de se féliciter des progrès réalisés en matière de diversité ethnique, sexuelle, culturelle, etc., autant ils se montrent évasifs quand se pose la question du progrès démocratique en matière économique et sociale. Pour une raison évidente : s’ils ont enfin compris, plus de cent ans après les premiers anthropologues et sociologues, que la diversité des humains est faite de différences (ethniques, sexuelles, comportementales, etc.) qu’il faut enregistrer pour ce qu’elles sont précisément, de simples différences de fait, d’origine tantôt naturelle, tantôt culturelle, que rien n’autorise à transformer en différences de valeur, comme font les racistes, les homophobes, les phallocrates, etc., en revanche, à propos de la diversité sociale, les partisans de l’ordre établi se refusent à admettre qu’il ne s’agit pas là de simples différences factuelles dont il faudrait s’accommoder, mais bien d’inégalités sociales imposées historiquement par la force et qui sont le produit d’une organisation sociale viciée. Le fait que l’idéologie dominante les ait toujours naturalisées ou culturalisées, comme si on était riche ou pauvre à la façon dont on est blond ou brun, quaker ou ismaélien, ne rend pas ces inégalités moins arbitraires ni moins barbares. Alors j’attends – sans trop d’illusions pour être franc – que tous les chantres si enthousiastes de la démocratie politique, ethnique, sexuelle, culturelle, etc., appellent expressément de leurs vœux l’instauration de la démocratie économique et sociale et la mise hors la loi civilisée de la pauvreté de masse comme de l’enrichissement privé. Quant à Monsieur le Président Obama, à mon tour « j’ai fait un rêve » ; c’est qu’il tienne aux Américains et au reste du monde le discours suivant : « Jusqu’ici on vous a fait croire qu’il était inévitable et normal qu’il y ait deux espèces humaines sur la planète, radicalement inégales en droits et en devoirs, en ressources et en avantages, un immense troupeau de damnés voués à la pauvreté et une minorité d’élus voués à l’opulence. Tout ça, c’est des foutaises, de la bullshit pour préserver les privilèges des grands possédants. Sachez qu’il est possible aujourd’hui de s’organiser autrement. Nous avons désormais les moyens d’instaurer un vrai socialisme démocratique. Osons le mettre en œuvre ! YES, WE CAN ! »

Alain Accardo

Chronique (22) paru dans le journal La Décroissance, du mois de mars 2009.

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Alain Accardo a publié plusieurs livres aux éditions Agone : De notre servitude involontaire (2001), Introduction à une sociologie critique (2006), Journalistes précaires, journalistes au quotidien (2006), et à paraître en avril 2009, Le Petit Bourgeois Gentilhomme.