La chronique (27) de Thomas Frank dans le Wall Street
Journal
Nous avons célébré hier le 90e anniversaire de la fin de la Première Guerre
mondiale marquant le début de notre ère.Le monde entier se souvient de la
Grande Guerre pour la suprême inutilité de ses massacres, qui ont décimé une
génération entière de combattants anglais, français, allemands et d’autres
origines. On se souvient aussi de la stabilisation de la ligne de front à
l’Ouest, machine à broyer immobile, approvisionnée en valeureux guerriers
durant des années sans que le moindre progrès significatif ne soit réalisé. On
se souvient des armes chimiques, des paysages lunaires de terre retournée et
d’arbres déracinés, du commandement incompétent, incapable d’imaginer d’autre
stratégie militaire que les assauts frontaux répétés. Et on se souvient
par-dessus tout des combats dévastateurs, comme la bataille de la Somme en
1916, où l’infanterie britannique s’avança en plein jour vers les mitrailleuses
retranchées allemandes, et perdit en une journée 60 000 hommes.