On se met au travail méthodiquement. On essaie de se procurer une machine à écrire pour recopier les rapports de Danny [Bénédite 1] sur les camps d’internement, mais comme la seule machine disponible dans la ville a un alphabet hongrois, on fait venir Lena avec une machine du bureau. En attendant, on donne les rapports à ronéotyper. Nous en distribuons des exemplaires à chaque fonctionnaire que nous voyons et en déposons un également à chaque ministre et ambassadeur des pays d’Amérique latine pour qu’ils les transmettent à leur gouvernement.

Au ministère de l’Intérieur, on nous refuse une audience avec le ministre, Marcel Peyrouton 2, mais nous voyons le docteur Limousin, un jeune fasciste au teint terreux, responsable des camps d’internement. Quand nous commençons notre discours, qui part du principe qu’un camp de prisonniers n’est certes pas un endroit où on peut vouloir vivre, il se hérisse : « Que reprochez-vous à nos camps ? Les autorités d’occupation nous ont félicités. Puis-je savoir quels sont vos griefs ? »

Au bout de près de deux semaines, on doit reconnaître qu’on s’est fait mener en bateau. Il paraît impossible de faire sortir qui que ce soit par les voies légales, à moins qu’il n’ait déjà un visa de sortie, et le gouvernement se montre évasif et manifestement gêné quand on en réclame. En outre, à l’exception du Mexique et de Cuba, aucun pays d’Amérique latine ne semble prêt à accorder d’autres visas d’entrée. Sousa Dentas, l’ambassadeur du Brésil, qui a octroyé de nombreux visas diplomatiques au cours des semaines qui ont accompagné et suivi la chute de la France, explique maintenant que son gouvernement lui a reproché sa générosité et refuse de reconnaître d’autres visas s’ils n’ont pas obtenu explicitement l’autorisation de Rio. L’ambassadeur du Chili nous présente une liste de Français auxquels on lui demande d’accorder des visas, mais comme ce sont presque sans exception des sympathisants du parti communiste, ils ne l’intéressent pas vraiment. Tout le monde se montre très poli et compatit au sort des réfugiés, mais personne ne paraît en mesure de faire quelque chose.

À l’ambassade américaine, on ne se montre ni poli ni particulièrement compatissant. Comme le chargé d’affaires est toujours trop occupé pour me voir, je rencontre finalement le troisième secrétaire.

« Nous ne pouvons rien faire pour vous, M. Fry, déclare-t-il. Vous n’avez pas l’air de vous rendre compte que la Sûretéa un dossiersur vous. »

Quand je réponds que la Sûretéa un dossier sur tout un chacun et lui demande s’il sait ce qu’il y a dans le mien, il répond que je suis suspecté d’aider les réfugiés à s’évader.

« Il faut que vous compreniez, dit-il, que nous entretenons des relations amicales avec le gouvernement français. Naturellement, étant donné les circonstances, nous ne pouvons soutenir un ressortissant américain qui aide les gens à échapper à la loi française.

— Alors, si vous m’aidiez à obtenir des visas de sortie ? »

À ma grande surprise, il accepte, et dès mon retour à Marseille, j’établis une liste que je lui expédie. Mais quand le chargé d’affaires reçoit les dizaines de noms que j’ai énumérés, il me répond que je me suis mépris sur les propos du troisième secrétaire : pour des raisons évidentes, écrit-il, l’ambassade ne peut… « obtenir des visas de sortie individuels pour les milliers de réfugiés qui souhaitent quitter la France, quelle que soit notre compassion pour ces pauvres malheureux qui aspirent à trouver un havre à l’étranger ».

Mon propre visa français venant d’expirer, je fais les démarches en vue de le renouveler au cours de mon séjour à Vichy, mais on me dit de retourner à Marseille et d’adresser ma demande à la préfecture. Vu que tous les Américains qui s’activent dans les organisations de secours ont des visas suisses et des visas de sortie français de manière à pouvoir quitter la France vers la Suisse à la dernière minute en cas de problème, je me rends également chez le ministre suisse pour lui demander d’apposer un visa sur mon passeport, comme il l’a fait pour les autres. Il se montre relativement cordial et me dit qu’il serait enchanté de me donner un visa si je peux lui apporter une lettre de l’ambassade américaine le lui demandant.

« Une pure formalité, m’assure-t-il, mais mes instructions m’obligent à en passer par là. »

Or, à l’ambassade, on me refuse la lettre en question.

« Combien de fois devrons-nous vous répéter que nous ne pouvons rien pour vous ? », me répond-on.

Deux semaines d’activité fébrile sont réduites à néant. Autant retourner à Marseille. Le train du retour est tellement bondé que nous devons nous allonger par terre dans le couloir, séparé les uns des autres par le corps de passagers endormis et gelés en raison des courants d’air et de l’absence totale de chauffage.

Le matin, Lena me dit qu’elle a été importunée par un Français qui voulait absolument la sauter et refusait d’entendre raison. « Sois gentille, répétait-il. Tu n’abîmeras pas ta jolie fourrure. » En fin de compte, après cette immersion dans l’atmosphère de Vichy, c’est bon de savoir qu’on est toujours en France. […]

En se basant sur son expérience à la préfecture de police de Paris, Danny m’assure que son arrestation et toute la succession de fouilles qui ont suivi font partie d’une campagne de déstabilisation pour me pousser à quitter la France de mon plein gré : « On ne peut pas expulser un Américain sans preuves, dit-il, et ils n’en ont pas trouvé. Ils essaient donc de t’intimider. C’est une manœuvre classique. »

Il est tellement catégorique que je suis à moitié convaincu. Comme les fouilles se succèdent, je suis de plus en plus à cran, mais je m’efforce de me comporter avec tout le calme dont je ferais preuve si j’étais convaincu de mon innocence.

Je fais en sorte aussi de soutenir le comité. Comme la police nous a reproché de n’aider que des Juifs et des étrangers, nous ajoutons un service, sous la direction de Charles Wolff, pour secourir les intellectuels réfugiés d’Alsace et de Lorraine ; et nous informons les journaux de l’existence de cette nouvelle branche. La nouvelle est largement diffusée ; même le bulletin officiel d’information de Vichy en fait état.

Nous annonçons également la création d’un comité de patronage. Il comprend, entre autres, trois membres du conseil nationaldu maréchal Pétain, le président de la Croix-Rouge française, Georges Duhamel, André Gide, Aristide Maillol et Henri Matisse. À nouveau, les journaux rendent compte fidèlement de l’événement. Impressionné par notre travail, un journal influent va jusqu’à consacrer un éditorial à la générosité de l’Amérique et à son amitié indéfectible pour la France.

Notre gros point faible, c’est le fait que nous ne pouvons compter sur aucun soutien de la part de l’ambassade américaine ni du département d’État. Ce dernier s’obstine à répéter que je dois rentrer, et l’ambassade collabore avec la police française pour faire pression sur moi afin que je parte.

Quand mon passeport expire en janvier et que je vais au consulat pour le faire renouveler, le consul prend un air solennel : « Je regrette, fait-il, mais j’ai reçu l’ordre de ne pas renouveler votre passeport avant d’avoir consulté le département d’État. Si vous voulez bien me le laisser, je vais câbler à Washington et voir ce qu’ils en pensent. »

Quand je reviens quelques jours plus tard, il me dit qu’au lieu de me renouveler mon passeport on me le confisque : « J’ai eu une réponse du département pour votre passeport, dit-il. Mes instructions sont de ne le renouveler que pour un retour immédiat aux États-Unis ; et encore, pour une période de deux semaines seulement. Je crains donc d’être obligé de le garder ici jusqu’à ce que vous soyez prêt à partir. »

J’essaie de nouveau en mai, avec exactement le même résultat.

En fait, je serais parti avec joie s’il y avait eu quelqu’un pour me remplacer. J’aurais aimé qu’un ou deux des Américains travaillant pour des organisations de secours chaussent mes pantoufles. Mais à l’exception de Howard Brooks, de l’Unitarian Service Committee, personne n’en veut ; et Brooks ne le pourrait que pour peu de temps – ensuite, il doit rentrer aux États-Unis. Je câble au comité à New York d’envoyer quelqu’un, mais ils ne le feront jamais. Et eux me disent de rester. Je n’arrive pas à leur faire comprendre que mon temps est compté.

Il s’agit de tenir par un pur effort de volonté jusqu’à ce qu’un remplaçant arrive. Et le remplaçant n’arrive pas. Entre-temps, chaque membre de l’équipe est de plus en plus convaincu que, si je pars avant l’arrivée de mon successeur, le comité s’effondrera instantanément et tous ceux qui lui sont associés seront arrêtés.

Après l’arrestation de Danny, le consul me déclare qu’il tient de la police que, si je ne quitte pas la France de mon plein gré, on devra m’arrêter ou m’expulser. Il a envoyé un télégramme codé pour demander au département d’État que l’Emergency Rescue Committee me rappelle.

Quelques semaines plus tard, il a reçu, dit-il, une réponse. Il refuse de me la montrer, sous prétexte qu’il s’agit d’un message officiel et que, par conséquent, il ne peut être lu par quiconque n’appartenant pas aux Affaires. Mais il prétend en substance que l’Emergency Rescue Committee est convenu que je devais rentrer aux États-Unis « sans délai ».

Comme je reçois presque tous les jours des télégrammes du comité me disant de rester, j’ai du mal à le croire. Mais je câble de nouveau à New York et reçois promptement la réponse. Non seulement, le comité n’a pas accepté de me faire revenir mais, au contraire, il fait tout son possible pour me permettre de rester. Le consul, précise le texte, a « agi totalement de son propre chef ».

À présent, je ne sais plus où j’en suis et j’en ai par-­dessus la tête. Si ce n’étaient les supplications de Danny, je jetterais sans doute tout par-dessus bord et je m’en irais. Seuls Danny et l’idée de ce qui risque d’arriver à tant de réfugiés si je pars me retiennent à Marseille.

Même la villa Air-Bel n’est plus ce qu’elle était : elle est devenue étrangement silencieuse et compassée. Après le départ d’André [Breton] pour la Martinique, j’ai pris sa chambre au premier. Il reste encore quelques-uns de ses curieux collages en papier coloré sur le côté de l’embrasure de la fenêtre et sur l’une des portes ; et quelques-uns de ses coquillages et de ses papillons sur la cheminée. Mais c’est tout ce qui reste de lui, ça et le souvenir de son rire. Les surréalistes viendront encore un peu à la villa, mais ils semblent avoir perdu leur chef ; et, après un certain temps de malaise, ils repartent. Les jours des jeux et des concours de dessin sont finis. Parfois, dans cette vieille maison qui a l’allure d’une grange, j’ai l’impression d’habiter dans un tableau de Jacques Louis David.

Et puis, ceux qui habitent encore à la villa se disputent, et la plupart – y compris Jean et Maurice – déménagent. À la fin, il ne reste plus que les Bénédite, Charles Wolff et moi. Puis j’apprends que Danny assiste à des réunions clandestines du parti socialiste – même si je peux difficilement le lui reprocher, l’information me met mal à l’aise. Un peu plus tard, Jean me dit qu’il a rejoint un groupe gaulliste, qui s’appelle Libération 3. Il me demande si, d’après moi, les Anglais accepteraient de lui fournir des armes. C’est une idée exaltante, mais aussi assez troublante.

Vers la même époque, je découvre que notre ministre aux Affaires étrangères, Marcel Chaminade, publie une chronique hebdomadaire dans un journal fanatiquement pro-allemand et antisémite. Bien que son papier soit du simple reportage, je ne peux faire autrement que de le renvoyer. Cette découverte ébranle rudement ma confiance en moi. D’abord Dimitru, puis Chaminade. Combien d’ennemis ai-je naïvement fait entrer dans la place ?

  

Peu après, le consul américain me fait venir et me prévient que la Gestapo fait pression sur la police française pour qu’on m’arrête immédiatement. Quelques jours plus tard, vers six heures du soir, une estafette à moto envoyée par la préfecture se présente au bureau avec une convocation de l’intendant de la police de la région marseillaise, le capitaine de frégateRodellec du Porzic 4. Je suis prié de me présenter au local de l’intendant le lendemain matin à onze heures tapantes. Le fait de ne pas répondre à la présente entraînerait mon arrestation immédiate, précise aimablement la convocation.

Je vois Rodellec du Porzic le lendemain. À vrai dire, je suis curieux de faire sa connaissance. Je sais que c’est un officier de marine breton d’une vieille famille aristocratique, qu’il a été un bon ami de l’amiral Darlan, qu’il a été nommé à ce poste déplaisant par l’amiral, et que tous les mandats de perquisition qu’on m’a collés sous le nez le mois dernier portaient sa signature ou celle de son chef de cabinet.

J’arrive à son bureau à onze heures pile et il me fait poireauter dehors sur un banc pendant trois quarts d’heure – une forme subtile de torture. Quand l’interphone sonne enfin, on me fait entrer dans un grand bureau, avec une table de travail tout au fond, devant une grande fenêtre. Rodellec du Porzic est assis derrière la table, mais la lumière qui pénètre par la fenêtre est tellement éclatante que je ne parviens pas à voir clairement son visage pendant quelque temps.

Il me fait signe de m’asseoir sur une chaise en face de lui. Puis il ouvre un gros dossier et j’aperçois de temps à autre le papier à lettres bleu de mon comité pendant qu’il tourne lentement les pages. Finalement, il lève les yeux : « Vous avez causé beaucoup de désagréments à mon bon ami le consul général des États-Unis, déclare-t-il.

— J’imagine que le consul peut régler ses problèmes lui-même, dis-je.

— Mon ami le consul général me dit que votre gouvernement et le comité américain que vous représentez vous ont demandé l’un et l’autre de rentrer immédiatement aux États-Unis.

— Il y a erreur. Mes instructions sont de rester.

— L’affaire de votre secrétaire, poursuit-il, faisant manifestement allusion à Danny, aura de très graves conséquences pour vous.

— Je ne vois pas comment. Un de mes employés a commis une indélicatesse. Mais il a agi sous son entière responsabilité. Il n’y a aucune preuve que j’y aie été mêlé d’une quelconque manière.

— Dans la France nouvelle, nous n’avons pas besoin de preuves, reprend Rodellec du Porzic. Au temps de la République, on croyait qu’il valait mieux laisser une centaine de criminels en liberté qu’arrêter un innocent. Ça, c’est fini. Nous croyons qu’il vaut mieux arrêter cent innocents que laisser un seul criminel s’échapper.

— Je vois que nos idées sur les droits de l’homme sont très éloignées.

— Oui, lâche-t-il. Je sais qu’aux États-Unis vous adhérez encore à la vieille idée des droits de l’homme. Mais vous finirez par partager notre point de vue. C’est simplement une question de temps. Nous avons compris que la société est plus importante que l’individu. Vous finirez par y venir, vous aussi. »

Il s’interrompt pour refermer le dossier.

« Quand partez-vous ? » demande-t-il.

Je réponds que je n’ai pas de projet précis.

« À moins que vous ne quittiez la France de votre plein gré, reprend-il, je serai obligé de vous arrêter et de vous mettre en résidence forcée dans une petite ville loin de Marseille, où vous serez hors d’état de nuire. »

Je dois gagner du temps.

« Je vois, dis-je. Pourriez-vous m’accorder un peu de temps pour que je règle mes affaires et fasse venir quelqu’un d’Amérique pour reprendre ma place comme président du comité avant que je parte ? Je suis disposé à m’en aller, puisque vous insistez. Mais je veux m’assurer que le comité continuera à fonctionner après mon départ.

— Pourquoi vous intéressez-vous à ce point à votre comité ? s’étonne-t-il.

— Parce que c’est le seul espoir pour beaucoup de réfugiés.

— Je vois. Combien de temps vous faut-il ?

— Eh bien, je vais câbler à New York aujourd’hui même. Il va leur falloir un peu de temps pour trouver quelqu’un et encore un peu de temps pour qu’il obtienne son passeport et ses visas et pour qu’il arrive ici. Pouvez-vous me laisser jusqu’au 15 août ?

— Ce sera satisfaisant », conclut-il.

Je me lève pour partir. Puis je reviens sur mes pas pour lui poser une dernière question : « Dites-moi, franchement, pourquoi vous acharnez-vous sur moi ?

— Parce que vous protégez les Juifs et les antinazis. » 5 

Varian Fry

Extrait de Livrer sur demande... Quand les artistes, les dissidents et les Juifs fuyaient les nazis (Marseille, 1940-1941), traduit de l'anglais par Édith Hoch, Agone [2008], 2017.

Notes

1. Né à Strasbourg, Daniel Ungemach (dit « Daniel Bénédite » 1912-1990) fait des études de philosophie à la Sorbonne avant d’entrer à la préfecture de police en 1934, où il passe les concours de commis puis celui de chef de cabinet. Dès ses années d’étude, il milite activement à la Ligue d’action universitaire républicaine et socialiste, puis aux Étudiants socialistes, et aux Jeunesses socialistes, tout en fréquentant la revue Masses de René Lefeuvre. Membre de la SFIO, il participe à la tendance « Gauche révolutionnaire » de Marceau Pivert, puis, après sa fondation en juin 1938, au parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP). Mobilisé en 1939, il est agent de liaison pour le corps expéditionnaire anglais. Après la défaite, il démissionne de la préfecture. En octobre 1940, il rejoint Marseille à l’appel de Mary Jayne Gold, une riche Américaine vivant en France et que sa famille avait priseen pension durant les années 1930. Il fait alors la connaissance de Varian Fry, dont il devient l’un des plus proches collaborateurs, mettant ses compétences acquises à la préfecture de police ainsi que ses anciens réseaux professionnels et militants au service du CAS. Son épouse, Theo, d’origine anglaise, y sera secrétaire. Bénédite est d’abord chargé d’un rapport sur les camps d’internement de Vichy, dont il constate les conditions de vie inhumaines. Après le départ de Fry, en dépit du retrait financier et logistique progressif de ses employeurs aux États-Unis, il parvient à maintenir l’activité du CAS jusqu’en juin 1942. De janvier à juin 1943, il crée un chantier forestier à Régusse où, avec les fonds restants du CAS, il est en mesure de cacher des réfugiés : une centaine d’hommes y est passée et une quarantaine y a travaillé. Contribuant à mettre en place des planques de réfugiés en France et en Suisse, il participe à la résistance varoise, diffusant Franc-Tireurclandestinement. En mai, la colonie du Pélenq se transforme en maquis ; mais Bénédite est très vite arrêté (avec son bras droit, Josep Rebull), emprisonné à Brignoles, Draguignan puis, jusqu’au 16 août 1944, à Marseille, où il est libéré par les FFI. Fin 1944, Daniel Bénédite remet sur pied le CAS à Paris, avec Paul Schmierer, et rentre à nouveau en contact avec Fry et l’International Relief and Rescue Committee. Journaliste et administrateur à Franc-Tireuraprès la guerre, Bénédite devient l’un des responsables du Rassemblement démocratique révolutionnaire (RDR) et collabore à son hebdomadaire, La Gauche. Dans les années 1970, il édite chez Rombaldi une série d’ouvrages portant sur l’histoire des révoltes à travers les siècles. Atteint d’une grave maladie, il se donne la mort le 15 octobre 1990.

2. Résident général de France en Tunisie de juillet 1933 à mars 1936, puis à nouveau en juin 1940, Bernard Marcel Peyrouton (1887-1983) est responsable de l’exil des dirigeants nationalistes du Néo-Destour, dont Habib Bourguiba, dans le sud de la Tunisie. Appelé à Vichy à la fin juillet 1940, il devient ministre de l’Intérieur et, à ce titre, signe (aux côtés de Pétain, Pierre Laval, Raphaël Alibert, Charles Huntziger, René Belin, Paul Baudoin et François Darlan) et fait appliquer le texte discriminatoire du 3 octobre 1940 envers les Juifs. Il sera ensuite gouverneur de l’Algérie du 20 janvier au 3 juin 1943.

3. Les premiers mouvements de résistance apparaissent au Nord dans le courant de l’année 1940. En zone Sud, Libération-Sud se crée autour d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie en 1941 ; le Mouvement de libération nationale avec Henri Frenay ; et Liberté, fondé par des enseignants démocrates-chrétiens. [ndt]

4. Né à Lyon, Maurice de Rodellec du Porzic,(1894-1947) fait une carrière dans la Marine nationale, où il devient capitaine de vaisseau. Au début d’octobre 1940, il est nommé directeur des services de police de Marseille, illustrant la présence de militaires en congés d’armistice dans des cabinets ministériels et, surtout, dans la police du régime de Vichy.

5. Toujours en poste en janvier 1943, Maurice Rodellec du Porzic expliqua à Raymond-Raoul Lambert, responsable de l’UGIF, que les rafles devaient être entendues comme une « purge définitive de Marseille ». [ndt]