À cet égard, il importe de préciser que le processus de civilisation a pour effet de façonner chez les individus des structures de pensée et de sensibilité qui informent un nouveau rapport spontané au monde en abaissant toujours davantage, dans une culture donnée, les seuils de tolérance aux différentes manifestations de la violence pulsionnelle et de la bestialité. De sorte que le même comportement, ou le même événement, qui paraissait précédemment « normal » et était parfaitement toléré par le plus grand nombre, finit par être perçu comme insupportable, moralement et physiquement : « C’est au-dessus de mes forces... monstrueux... abject... révoltant... à vomir... etc. » Dans cette perspective, on est en droit de dire, par exemple, qu’une civilisation où l’on se sent spontanément enclin à régler les conflits par la discussion et la négociation est plus avancée que celle où l’on incline à les régler par la force brute ; que des gens à qui la peine de mort ou l’esclavage ou l’exploitation des enfants apparaissent comme quelque chose d’ignoble sont plus civilisés que ceux qui pratiquent sans états d’âme les sacrifices humains ou l’asservissement de leurs semblables, etc. Pour dire les choses autrement, plus on s’attache à respecter la personne humaine, en tout individu, en toute circonstance et en tout lieu, plus on est civilisé ou, ce qui revient au même, plus on est humain.

S’agissant de la civilisation occidentale, il semblerait qu’avec la reconnaissance solennelle des droits de l’homme (y compris ceux des générations futures), à quoi s’est ajouté plus récemment un commencement de prise de conscience des droits des animaux, elle ait atteint un très haut niveau d’humanité, ou, si l’on préfère, d’humanisation des rapports sociaux en même temps que d’universalisme. Ce qui expliquerait, aux yeux de beaucoup, son hégémonie contemporaine, l’occidentalisation progressive des mœurs sur la planète – et corollairement les phénomènes plus ou moins virulents et ambigus de résistance à ce modèle.

Une union européenne rétrograde

Bien évidemment, cette thèse ne saurait être interprétée dans une optique platement évolutionniste comme l’affirmation que la civilisation ne cesse de progresser et de porter toujours plus loin l’idéal d’une humanité accomplie. On sait de reste aujourd’hui que non seulement la civilisation est fragile et périssable mais encore que son progrès même n’exclut pas des phases de régression barbare et des retours de sauvagerie. La démonstration la plus effrayante nous en a été donnée par la civilisation occidentale, au cours du XXe siècle en particulier, pour ne pas parler de l’immense et abominable entreprise colonialiste mise en œuvre depuis le XVIe siècle au nom même des prétentions à l’universalisme et à l’hégémonie de nos sociétés civilisées. Il n’en demeure pas moins qu’aux yeux de la grande majorité des peuples occidentaux, et peut-être aussi de quelques autres, notre civilisation apparaît comme une source de progrès humain à tous égards, digne de servir d’exemple au monde, en dépit de ses insuffisances et de ses contradictions.

C’est là toutefois un verdict que dément le mouvement actuel de notre civilisation, dont trop peu d’esprits semblent vouloir s’aviser. On peut en avoir une bonne indication si l’on considère, par exemple, l’opinion largement répandue, en France et ailleurs, à propos de la construction de l’Europe libérale : l’imposition technocratique d’un espace économique de libre-échange, pilotée par les oligarchies de la finance et de l’industrie, au mépris des acquis démocratiques et de la justice sociale, est célébrée comme un immense progrès du genre humain, sous le prétexte que, dans la logique de la mondialisation en cours, l’avenir serait à quelques grands ensembles capitalistes transnationaux de plus en plus intégrés où les États-nations seraient condamnés à être absorbés. Mais on ne voit pas pourquoi – sauf à confondre l’intérêt général avec celui des multinationales et des grands investisseurs – il faudrait, dans cette perspective, obliger les peuples européens à renoncer à des droits qu’ils ont conquis le plus souvent par la lutte et « harmoniser » toutes les politiques sociales et culturelles sur le modèle du moins-disant. Tel est le véritable contenu de la « politique de civilisation » chère à Sarkozy et consorts. La manipulation et le contresens sont ici évidents : les instances dirigeantes européennes, en accord avec les gouvernements nationaux, sont en train d’organiser, au nom d’un prétendu progrès de la civilisation (identifiée au marché mondial), une vaste entreprise de régression pour les travailleurs condamnés à payer de l’abandon de leurs droits, de la dégradation de leurs conditions de travail et de leur qualité de vie cet illusoire progrès vers l’universel. Ce n’est pas là une menace fantasmatique : c’est déjà le présent. Si on en voulait un exemple éloquent, il suffirait d’évoquer les arrêts significatifs de la Cour de justice européenne, dans les affaires Laval et Viking, qui sont une véritable agression contre l’exercice du droit de grève et la liberté syndicale des salariés1.

Le peuple français, pour sa part, s’est dressé contre ce nouveau despotisme en rejetant massivement le projet de traité pour une constitution européenne d’inspiration libérale. On ne saurait trop insister sur l’importance d’une telle victoire, qui ne doit rien à nos « élites » et que celles-ci s’emploient activement à annuler. Du coup, la menace qui pèse sur le devenir des sociétés européennes n’est pas écartée. D’autant moins qu’elle trouve un renfort efficace à l’intérieur même des courants « antilibéraux » sous forme d’illusions et de confusions entretenues sur la nature même du procès de civilisation. Rarement l’inculture historique et philosophique et la veulerie morale des élites soi-disant chargées de guider les masses auront été aussi agissantes.

L’individu aliéné

C’est dire que, pour permettre à notre civilisation d’échapper à la dictature du capital, il ne suffit pas d’une prise de position politique, si décisive soit-elle. Encore faut-il couper les adhérences que le système objectif plonge au plus profond de toute personnalité où il façonne, à notre insu même, des pulsions, des appétits, des goûts, des opinions, toute une subjectivité dont il se nourrit en retour. Il y a là une réalité fondamentale qui malheureusement reste ignorée de la plupart, comme une sorte de tache aveugle dans la vision des choses.

Nous, peuples européens qui avons déjà commencé à courber l’échine pour passer sous les fourches caudines du capitalisme, nous croyons toujours néanmoins être des parangons de civilisation et nous nous en gargarisons volontiers sans voir qu’il s’agit en réalité d’une civilisation réduite à sa dimension matérielle, celle du développement économique, qui n’en est qu’une composante, et pas nécessairement la plus admirable. Sans doute sommes-nous éblouis par la prolifération technologique qui s’est emparée de tous les secteurs de notre existence, même de la plus personnelle. Machines et appareils sont devenus indispensables jusque dans l’accomplissement des actes les plus ordinaires. Ils ont introduit dans notre culture et y renforcent toujours davantage la tendance à évaluer la personne par la mesure de la puissance matérielle (en CV, km/h, kWh, eV, Go, kbits, etc.) dont elle dispose et par le degré d’enrichissement, c’est-à-dire la mesure de la quantité d’argent amassée, de cet argent omnipotent qui est l’énergie convertible en toutes les autres. Le progrès de la civilisation se définit désormais par la « montée en puissance » technologique d’une population et par son adhésion au système économique productiviste-marchand-financier qui sous-tend cette croissance matérielle. Autrement dit, plus nous sommes capables d’acheter de choses et plus nos placements financiers nous rapportent, plus nous sommes censés être civilisés. L’être tend à se réduire à l’avoir.

L’hypertrophie de la dimension technologique de notre civilisation fait écran à la perception de l’involution actuelle de nos sociétés, c’est-à-dire au fait que nous sommes tout bonnement en train de faire marche arrière. Nous avons gagné en puissance mais nous avons perdu en humanité, et nous croyons compenser moralement cette perte en développant à grande échelle et à titre privé un humanitarisme d’organisation philanthropique, assez proche dans son principe de celui de la bourgeoisie du temps de Dickens ou de Zola, voire de l’époque médiévale. Notre régression n’est pas un retour à la lampe à huile mais un retour à des façons de penser, de percevoir et de sentir la réalité qu’on aurait pu croire dépassées, au moins chez les gens de gauche, héritiers de deux siècles de luttes pour la justice sociale, dépositaires du rationalisme des Lumières et des Encyclopédistes, de l’idéal républicain et du socialisme. L’idéal humaniste démocratique – c’est-à-dire la vision émancipatrice de l’humain-individuel-et-collectif qui a illuminé et guidé nos prédécesseurs et rayonné partout dans le monde – s’est dégradé en cette philosophie solipsiste et myope, cette bouillie idéologique qui confond la liberté avec l’individualisme sans frein, l’égalité et la solidarité avec le tribalisme communautaire, la fraternité avec l’humanitarisme compassionnel et la recherche du bonheur avec l’hédonisme jouisseur.

Barbarie de riches

Les légendes et les récits historiques ont imprimé dans la mémoire des peuples d’innombrables images de la barbarie des hommes, qui ont en commun de lui faire un visage cruel, haineux et terrifiant parfaitement reconnaissable, à quelque époque et en quelque lieu que ce soit. Ce visage hideux, nous le voyons constamment ressurgir au fil d’une actualité dont la violence sanglante semble inextinguible : à chaque instant, quelque part, des êtres humains massacrent, violent, torturent, asservissent, persécutent d’autres êtres humains innocents, faibles ou désarmés. Quelles que soient les causes qu’on assigne à ces dénis d’humanité, du moins la plupart des observateurs s’accordent-ils à leur donner le nom de « barbarie ». Remarquons néanmoins au passage que, comme on le sait aujourd’hui de façon certaine, une grande partie au moins de ces explosions de violence bestiale trouve soit ses causes directes, soit ses conditions permissives dans les mécanismes de la guerre économique et sociale attisée un peu partout par le capitalisme mondial.

Mais le caractère spectaculaire et bouleversant de cette barbarie dont les médias se repaissent fait passer à peu près inaperçu le fait caractéristique de notre temps, à savoir que nous nous enfonçons dans une autre forme de barbarie, qui n’est pas, quant à elle, vieille comme le monde mais que notre époque est en train d’inventer et d’installer, sous l’appellation flatteuse de « modernité » : barbarie de riches. Cette barbarie-là n’est pas hideuse, ni violente, ni répugnante. Non, au contraire, elle s’avance en musique et en dansant, sous un masque souriant, parée de tous les atours de la jeunesse, de la beauté, de l’intelligence et du talent ; ou plus exactement de ce qu’une propagande massive, une publicité démentielle et une information kaléidoscopique, instruments du mercantilisme régnant, s’emploient à nous présenter comme tels.

On pourrait être tenté de croire que, par rapport à la barbarie traditionnelle, la barbarie moderniste est exempte de violences physiques. Ce serait prendre bien à la légère les nuisances de plus en plus étendues et de plus en plus dommageables (toutes les formes de pollution – y compris par le bruit – et de destruction de l’environnement et des ressources naturelles) qui exercent leurs effets délétères sur l’équilibre et la santé des personnes.

La Mecque du capitalisme

Il n’en reste pas moins que la caractéristique de la barbarie de notre temps, c’est d’exercer une formidable violence symbolique, qui prend pour cibles l’entendement et la sensibilité de chaque individu, afin de coloniser celui-ci corps et âme, de le modeler et de l’orienter dans le sens de l’intégration la plus complète au système. Elle s’installe autour de nous et en nous avec notre assentiment. Pour obtenir notre adhésion, elle se contente de nous boucher intellectuellement et moralement toute autre issue que celle où la logique du système réclame que nous nous engagions, jour après jour, par chacun de nos choix. C’est ainsi que, pas à pas, une marche après l’autre, nous avons entrepris « librement » de descendre l’escalier qui conduit de l’idéal socialiste inter-nationaliste au rêve ploutocratique américain, notre nouvel internationalisme.

Après un temps de résistance, la civilisation occidentale européenne a fini par emboîter le pas à son avant-garde états-unienne qui, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, n’a cessé de renforcer son avance économique et par là de fasciner le Vieux Monde. En un demi-siècle, toutes les défenses sont tombées et il est à cet égard tout à fait significatif que les gouvernements européens, tous issus de la droite de droite ou de la gauche de droite, aient mis en place à Bruxelles une Commission européenne et une Cour de justice qui ne cachent rien de leur volonté d’allégeance politique, idéologique et culturelle, sinon économique, à la Mecque du capitalisme, en vue de donner aux peuples européens leurs nouvelles Écritures saintes sous forme d’une Constitution sacralisant explicitement les principes du néolibéralisme.

Ainsi, d’une administration à l'autre et d'une commission européenne à l’autre, la civilisation occidentale est-elle assurée de poursuivre sa marche suicidaire. Car c’est bien d’une autodestruction qu’il s’agit. Les États-Unis voudraient convaincre le monde « civilisé » que le seul véritable danger qui menace désormais la civilisation est le « terrorisme », et plus précisément celui de l’intégrisme islamique qu’ils ont substitué au communisme dans le rôle de l’immonde Bête à cornes de l’Apocalypse, en attendant de substituer à l’intégrisme islamique n’importe quelle opposition résolue à la dictature du Dollar-Dieu. On pourrait presque sourire d’entendre dénoncer l’intégrisme religieux dans une société de sectes qui pour sa part idolâtre Mammon, où l’on censure, au nom d’une lecture littérale de l’Ancien Testament, la théorie de l’évolution des espèces et où l’on pratique la peine de mort.

Tuer pour ne pas être tué

Le véritable mal dont souffrent la société américaine et, dans son sillage, les sociétés européennes, n’est pas exogène mais endogène. C’est la généralisation d’un mode de vie intimement lié à l’économie capitaliste, à sa violence consubstantielle et à sa logique fondamentale : celle de la transformation de tous les espaces sociaux en marchés à conquérir, soumis à une concurrence incessante qui ne peut que viser la disparition du concurrent, à coups de colt, de missiles ou d’OPA ; celle de la transformation de chaque agent en Homo œconomicus obsédé de performance et de rentabilité, endetté jusqu’aux yeux et aliéné par la frénésie de consommation.

Cette logique impitoyable a progressivement, au fil des générations, transformé la civilisation occidentale en paravent respectable à l’abri duquel règne la loi de la jungle sociale qui s’énonce : profit maximal dans un délai minimal. Tout le reste n’est plus que littérature et gesticulation politicienne. Dans les pays européens de longue histoire, comme la France, la consistance de l’héritage spirituel personnaliste (religieux, philosophique, juridique, etc.) et la force des luttes de classes ont longtemps freiné le processus de décomposition des rapports sociaux par la logique du profit. Ces freins ont sauté et les peuples européens, sous la conduite de leurs élites modernistes, rivalisent d’ardeur dans l’adoption de l’american way of life. Celui-ci ne consiste pas seulement à se rendre obèse en mangeant de la fast food devant la télé ! Les hommes et les femmes façonnés par une telle matrice sociale sont programmés pour la guerre de tous contre tous, dans un monde où il faut être un killer, tuer, au sens propre ou au sens figuré, pour ne pas être tué.

Ce n’est pas là une caricature inventée par les ennemis des États-Unis. C’est le tableau qu’ont donné de leur société, au fil des générations, de nombreux intellectuels et artistes américains eux-mêmes. C’est à l’un d’eux, Sinclair Lewis (prix Nobel de littérature en 1930), qu’on doit le terrifiant portrait de Babbitt (1922), incarnation archétypique de la middle class américaine, auprès duquel nos malheureux Bouvard et Pécuchet feraient figure de métaphysiciens tourmentés. Agent immobilier qui n’aspire qu’à s’enrichir et à devenir un notable de sa ville de Zénith, Babbitt est sincèrement convaincu que les commerçants américains comme lui, « les vrais mâles », comme il les appelle, sont la quintessence de la civilisation humaine. Imbu de puissance matérielle, plein de révérence pour « les gaillards qui ont du poil sur la poitrine et des machines à calculer dans leur bureau », bon père de famille, fidèle soutien de son Église, méprisant cordialement les intellectuels et les « profs », regardant avec commisération les Européens arriérés et « mangés aux vers », haïssant le socialisme, il appelle, au lendemain de la Première Guerre mondiale, le monde entier à adopter le modèle américain, du moins tel qu’il est incarné dans les hommes de sa trempe : « Voilà le type d’homme qui dirige aujourd’hui l’Amérique ; en réalité c’est l’idéal auquel doit tendre le monde entier, si un avenir convenable, bien équilibré, chrétien et hardi est réservé à notre vieille petite planète. » Une Seconde Guerre mondiale, un Reagan, un Fukuyama et deux Bush plus tard, il semble bien que l’appel de Babbitt a été entendu et que les horloges du Vieux Monde marquent désormais l’heure de Zénith. Ce ne sont ni la France, ni la Grande-Bretagne, ni l’Italie, ni l’Espagne, ni l’Allemagne, ni la Pologne qui y contrediront.

Pour une civilisation démocratique

On peut dire que le babbittisme est le noyau idéologique même de cette barbarie souriante dans laquelle le monde occidental est en train de sombrer, très consensuellement, très convivialement, avec caméras, flonflons et majorettes, tout en continuant à exhorter les autres peuples de la Terre à le suivre dans la voie de la « civilisation ». La barbarie n’a plus seulement le visage repoussant auquel des siècles d’atrocités inexpiables nous ont habitués. Elle a aussi de nos jours les dehors clean, soft et cool de cette asphyxiante médiocrité de cœur et d’esprit qui caractérise le style de vie made in USA, copié par toutes les petites bourgeoisies européennes, de gauche comme de droite, et qui non seulement réduit l’être humain à ne plus être qu’une vaniteuse et niaise machine à convoiter et à jouir mais encore alimente, inspire, fomente et soutient impunément toutes les ignominies possibles à la surface d’une « vieille petite planète » que l’avidité, l’aveuglement et l’égoïsme des puissances capitalistes et de leurs légions de Babbitt ont amenée au bord du chaos.

Contre ce fléau-là, il n’y a qu’une seule parade concevable : revenir, si c’est encore possible, à nos fondamentaux politiques et idéologiques, c’est-à-dire aux valeurs qui soutiennent et orientent les luttes historiques du peuple français et que résume le triptyque républicain « Liberté, Égalité, Fraternité » – auquel on pourrait ajouter aujourd’hui la valeur de « Simplicité ». Faut-il rappeler que l’idéal d’une démocratie véritable, inséparablement politique, économique et sociale, n’a encore jamais été réalisé nulle part et que, par conséquent, loin d’être une conception désuète du progrès humain, il demeure à ce jour la plus grande et la plus belle de toutes les utopies.

Alain Accardo

Extrait de Engagements. Chroniques et autres textes, 2000-2010 (Agone, 2011), la première version de ce texte parue en mai 2008 dans les Cahiers de l’Institut d’études économiques et sociales pour la décroissance, supplément au n° 49 de La Décroissance.

1. « Dans l’affaire Viking, une compagnie finlandaise de navigation souhaitait faire passer l’un de ses ferrys sous pavillon de complaisance estonien, afin de le soustraire à la convention collective finlandaise. L’affaire Laval concernait une société de construction lettone, qui employait en Suède des salariés lettons et refusait d’adhérer à la convention collective suédoise. » Dans ses arrêtés, la Cour de justice européenne – qui détient une part essentielle du pouvoir législatif dans l’Union – « reconnaît certes que le droit de grève fait “partie intégrante des principes généraux du droit communautaire”, mais elle interdit de s’en servir pour obliger les entreprises d’un pays A qui opèrent dans un pays B à respecter l’intégralité des lois et conventions collectives de ce pays B ». Lire Alain Supiot, Le Monde, 25 janvier 2008. [nde]