Le renouvellement de l’engagement éditorial anticapitaliste s’est incarné un temps dans la figure d’Hugues Jallon. Ancien directeur littéraire de La Découverte – périodes Messier-Vivendi puis Seillière-Wendel et Planeta –, Hugues Jallon est arrivé pour la première fois au Seuil le 1er septembre 2010 comme « conseiller pour le développement éditorial auprès du PDG, Olivier Bétourné ». Un an plus tard, il est directeur éditorial du département des sciences humaines, mais en 2014 il revient s'installer à La Découverte comme PDG. Trois ans plus tard, Hugues Jallon ne résiste pas à la mission que le « représentant d’une droite, tempérée » confie à un « authentique homme de gauche », il retourne au Seuil…

Chaque fois qu’un micro enregistre le récit par Hugues Jallon de sa modeste mission éditoriale, il en ressort qu’en réponse au « recentrage de La Découverte sur l’universitaire », au cours des années 1980 (après la cession de sa maison par François Maspero), Hugues Jallon, recruté en 1997, a « cherché à lui redonner une certaine radicalité ». Il aurait ainsi « progressivement imposé des titres ancrés dans les nouvelles thématiques et les pratiques militantes » [1]. Comment cet ancien étudiant de Sciences Po, le « laminoir des élites françaises », poussé par quelques mois de militantisme chez les Verts à préparer l’ENA (qu’il rate), devient celui qui a permis à La Découverte de « renouer avec l’esprit militant de François Maspero » ?! Ce serait l’« effet génération »… [2]

Brisés par les « années glauques », les années Mitterrand, celles de la dissolution de la contestation radicale dans la gauche de gouvernement, elle-même convertie au « capitalisme libéral », les ex-soixante-huitards qui tenaient seuls la boutique depuis le départ du fondateur François Maspero auraient perdu la foi, l’odorat, l’ouïe et, pour certains, même la vue. D’un côté, ceux-là ne voulaient plus entendre parler de « produire de la littérature militante ». De l’autre, ils n’étaient plus capables de voir le renouveau de la contestation depuis le milieu des années 1990 et donc de sentir ce qui allait marcher.

Renouer l’édition avec l’esprit militant : la mission d’Hugues Jallon

Ces années-là, la chance allait changer de camp sous l’impulsion du jeune Jallon : les anciens de La Découverte s’étaient enfin décidés à ouvrir les yeux et les oreilles, à réactiver leurs filières. À commencer par la récupération de José Bové alors au pinacle de sa gloire, et de faire de bonnes affaires. La suite s’imposait : reprendre la « littérature militante » du temps de Maspero, que les « années glauques » avaient rendue invendable. L’industrieux Jallon met alors en place une étude de marché maison pour définir les priorités et les options de ce fonds pléthorique, en veillant à des équilibres entre des textes strictement politiques et les classiques de sciences humaines. Les lecteurs militants, jeunes et vieux, ne lui seront jamais assez redevables de cette remise en vente des classiques du marxisme et de l’anticolonialisme des années 1960 et 1970. D’autant que ce ne fut pas une mince affaire. Ressortir sans précaution, trente ans plus tard, les appels vengeurs d’un Malcolm X ? Voici comment l’auteure d’une thèse sur la gestion de l’héritage éditorial de La Découverte résume les états d’âme du jeune directeur littéraire : « Il réclamait une “contextualisation du propos”, le contenu lui paraissant trop décalé par rapport à l’époque de sa réédition. Selon lui, un texte réédité dont on ne rappellerait pas l’appartenance à un passé bel et bien révolu par une opération de marquage symbolique fort (nouvelle préface, avant-propos, etc.) serait en quelque sorte illisible et deviendrait même un “crime” éditorial contre les lecteurs. » Saurons-nous jamais combien de lecteurs en sont morts ?

Beaucoup plus épineux que Le Pouvoir noir de Malcolm X, les Textes politiques d’Ernesto « Che » Guevara. Pour Hugues Jallon, « Le Socialisme et l’Homme à Cuba, c’est un texte épouvantable. Et lâcher ça comme ça !… Alors, bon, je bidouillais un peu la quatrième [de couverture], en essayant de montrer quand même que, avec une prise de distance… Que c’était vraiment un document et que ça avait valeur de document. […] Je trouvais ça plutôt pas mal, in fine, de les publier parce que je sais qu’il y a des jeunes qui allaient se jeter là-dessus. [… Même si c’est] vraiment du stalinisme pur et dur. Voilà, je trouvais ça bien que ce soit à nouveau disponible ».

Que pensent les actionnaires de la remise en circulation de ces vieux appels à la révolution ? de cette vivification du stalinisme insurrectionnel dans une de leurs maisons ? Au printemps 2004, alors qu’Editis allait être racheté par Wendel, paraissait à La Découverte un titre de Mickaël Moreau, Le Gouvernement des riches, dont la couverture affichait une photo de Jean-Pierre Raffarin (alors Premier ministre) aux côtés d’Ernest-Antoine Seillière (alors président du Medef). On raconte qu’en découvrant la chose ce dernier aurait ri. L’idée de publier José Bové et Michael Moore aurait amusé le baron, rapporte André Schiffrin [3].

Bien sûr, c’est pour la galerie. Mais pas seulement. Comme le précise Hugues Jallon, « eux, ce qui les intéresse, c’est le chiffre final. La dernière ligne. Ils ne regardent pas en détail les comptes d’exploitation des titres [4] ». Du moment que les « grands équilibres » sont satisfaits, « on fait ce qu’on veut ». Bien sûr, « il nous faut des best-sellers ». Bien sûr, Hugues Jallon « aimerait faire plus de traductions » ; mais il doit se limiter aux « traductions qui marchent, [et à] des bouquins un peu porteurs ». Tout de même, Hugues Jallon « fait ce qu’il veut ».

L'ouverture d'une nouvelle zone de combats

Est-il plus efficace d’avancer sous la bannière de la critique sociale pour aider les hommes d’affaires à se sentir des bienfaiteurs de l’humanité ? Parmi les autres innovations introduites par Hugues Jallon dans La Découverte pour satisfaire les « grands équilibres » et faire rire les patrons, la plus ambitieuse qu’il a mis en œuvre force le respect par ses audaces : le lancement, en automne 2007, de la marque « Zones ». Il s’agit, comme toujours chez lui, de « renouveler son approche militante » [5]. Cette fois en « renouant avec la dimension tiers-mondiste des éditions Maspero » par des livres qui s’ouvriront sur les « problématiques du Sud ».

S’agit-il de faire renaître un texte aussi épouvantable que Le Socialisme et l’Homme ? Rien de tout cela, qui a « épouvanté » Hugues Jallon chez Guevara, ne sera, on s’en doute, au cœur de Zones. La « dimension tiers-mondiste » sera plutôt nourrie de l’importation radicale-chic à la française des post-colonial studies. Non pas les travaux pionniers – encore trop marqués par l’internationalisme marxiste et l’idéologie égalitariste, par exemple ceux du fondateur des subaltern studies ou de certains matérialistes des cultural studies britanniques –, mais la version après nettoyage idéologique par les campus outre-Atlantique, qui ont réussi à faire passer pour les « voix du Sud » quelques universitaires américano-mondialisés et leurs institutions locales plus ou moins florissantes [6].

Côté marketing, ces « Zones d’expérimentation » veulent aussi « toucher un public plus jeune et plus radical ». À cette fin, c’est un véritable « laboratoire éditorial dans le contenu et dans la forme » qui aurait été créé. Côté forme, l’étiquette Zones a été dotée d’un « graphisme recherché » pour que les « objets livres apportent une valeur ajoutée par rapport aux textes ».

Côté contenu, le manifeste de Zones n’a rien laissé au hasard. En trois pages bien fournies, on y évoque les « batailles qui s’annoncent » et la nécessité de « construire de nouvelles offensives » ; on y appelle les partisans de la « contre-culture, de l’activisme et des nouvelles formes de contestation » à « fourbir de nouvelles armes » et à « résister à l’oppression ». Que veut être Zones ? « Un espace de résistance éditoriale » en référence à ces lieux « périphériques, détournés et souvent louches, marginaux et subalternes, où se trament les rébellions ». On ne peut en douter : il s’agit là d’un appel à la révolte – sinon à la révolution. Des cris de guerre ont-ils été poussés dans les lieux signalés par l’intrépide manifeste ? Le Medef s’est-il demandé s’il devait alerter le gouvernement et ce dernier mobiliser ses unités anti-émeutes ? Car Zones va « esquisser le visage d’une nouvelle gauche de combat ». L’engagement politique du rédacteur de ce programme, recruté depuis au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), en propose peut-être les premiers traits : Grégoire Chamayou aurait rejoint le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA). [7].

Passages de relais en souplesse

En automne 2003 reparaissait la légendaire marque 10/18, chez Univers poche d’Editis, sous le nom « Fait et cause » et la direction d’Hugues Jallon. Quelque temps avant de partir chez les confrères à la pêche aux titres à reprendre en poche, le futur directeur de collection était allé visiter le Forum social mondial de Porto Alegre. De retour, il s’interrogeait parfois sur la « complexité » de son quotidien. Tiraillé par ce « grand écart » entre ses voyages militants et son métier d’« éditeur de gauche pour un grand groupe capitaliste », il lui arrivait même d’avouer que cette « schizophrénie au quotidien » lui donnait le « sentiment parfois d’être un agent double » [8].

Un article paraît-il de temps à autre dans la presse pour saluer le panache de ces petits éditeurs engagés ou militants (comme on veut) ? Tous « indignés, héritiers des Maspero et autres Champ libre »… La liste de ces fauchés et méritants qui « assurent la relève » finit souvent avec le label Zones et sa production de « pensée subversive » [9]. L’efficacité de la confusion mise en scène par Hugues Jallon se voit d’autant mieux que les espaces qu’il permet à Editis d’investir sont exigus. […]

Au moment où Hugues Jallon rejoint pour la première fois Le Seuil, il explique, débordant de gratitude mais toujours aussi pudique, qu’à ses yeux le catalogue de son futur employeur « est un socle impressionnant qui fait partie de [sa] formation intellectuelle ». Malgré le remplacement, depuis un moment, plus ou moins à la dérobée, de titres du fonds savant par des couvertures de Rika Zaraï ? Rien de grave : Seuil « garde toute son aura malgré l’instabilité de ces dernières années » [10]. On sait qu’Hugues Jallon a pris l’habitude de ce genre d’« instabilités » en plus de dix ans chez La Découverte.

Et on comprend que l’agent double, usé par ses grands écarts, ait un peu lâché l’une de ses allégeances. Mais quel « socle de sa formation intellectuelle » a-t-il retrouvé dans le catalogue du Seuil ? celui du « capitalisme libéral » incubé depuis trente ans par Jean-Claude Guillebaud [11] ? ou celui des valeurs morales du « catholicisme de gauche » originel mis en pratique par Claude Cherki ? Dans le doute, on peut suggérer que le nouveau « conseiller en développement éditorial », si habile pour sentir, entendre et voir les évolutions de la demande, a été recruté pour diversifier l’offre politico-intellectuelle du Seuil. Un audit a peut-être jugé l’image de la maison un peu trop appuyée, en période de renouvellement du marché contestataire, sur le réformisme social-libéral promu par Pierre Rosanvallon, ancien secrétaire général de la Fondation Saint-Simon, dans sa collection « La République des idées » [12]. Tout ce qu’Hugues Jallon avait (ré)insufflé dans La Découverte n’y est-il pas qualifié par Rosanvallon d’« archéoradicalisme » et d’« idéologie radicale-nostalgique » [13] ? On avait bien besoin ici des services que l’agent double a rendus ailleurs.

Toujours prêt à se montrer utile, Jallon aurait proposé lui-même son successeur. Issu de l’« édition indépendante “critique” », le nouveau directeur littéraire de La Découverte a en effet débuté sa carrière avec la création de sa propre maison, Les Prairies ordinaires. Interviewé en 2008 par Livres Hebdo dans la série des « Trente trentenaires qui font bouger l’édition », Rémy Toulouse est qualifié d’« éditeur militant de gauche » : en « indépendant, il prend modèle sur Éric Hazan et La Fabrique » [14]. Trois ans plus tard, interviewé pour sa promotion, le même Toulouse se déclare maintenant « proche, sur les plans éditorial et politique, de La Découverte ». Entre-temps, élève consciencieux, il a fait son apprentissage de « bon client » pour la presse, toujours disponible, signant par exemple, avec Hugues Jallon, une vague tribune qui ne mangeait pas de pain mais lui a permis d’être sur la photo avec François Gèze, Claude Durand et Françoise Nyssen [15]. Puis il s’émancipe et entre seul dans la cour des grands : entre les PDG de Gallimard et de Hachette Livre d’un côté, le président de la Bibliothèque nationale de France de l’autre, il donne lui aussi son avis sur les chances de survie du livre à l’ère d’Internet [16].

Parfois critiquant sans détour « la conversion des gros éditeurs aux diktats du marché », parfois rétablissant la « ligne de démarcation [non pas] entre les petits et les gros mais entre “l’édition marchande et l’édition militante” [17] », Rémy Toulouse se prépare surtout à toutes les souplesses avec sa conception d’une « ligne [éditoriale] mouvante, inquiète et non préétablie, qui refuse de répondre à la voix de son maître, quand bien même elle serait son propre maître » [18]. Presque un oxymoron à la Claude Durand. Mais déjà passé du bon côté de la lorgnette, prêt à témoigner pour le prochain haut fonctionnaire qui a besoin d’affirmer que « les menaces sur l’indépendance sont du pur fantasme » et qu’en vrai démocrate « tout le monde doit être traité sur un pied d’égalité ».

Sans conteste, Rémy Toulouse est impeccablement préparé à suivre la voie de son prédécesseur. Lui aussi est bien conscient des limites qu’un « ancrage générationnel » fait peser sur les maisons ne sachant pas se renouveler. Il annonce déjà que c’est dans la fidélité à la ligne éditoriale de La Découverte qu’il va l’« ouvrir aux théories et auteurs de demain » [19]. Que ceux-là se tiennent prêts.

En décembre 2010 était soutenue une thèse de sociologie consacrée à l’« édition indépendante “critique” en France au tournant du xxie siècle ». Si les Prairies ordinaires faisaient partie du corpus des éditeurs retenus, la thèse n’intégrait pas, et pour cause, la promotion de son directeur, trop récente. À l’impétrante, qui avait réalisé entretiens, analyses de correspondance multiples, établi profils de position et de disposition, habitus, etc., l’un des membres du jury demanda si on pouvait prévoir, grâce aux outils de son modèle, l’évolution d’une carrière comme celle de Rémy Toulouse [20]. À peine gênée par cette dérogation aux pudeurs académiques, la future docteure en sociologie n’a pas hésité à répondre positivement. Si la science sociale peut le déduire… Tournez manège !

Claude Durand venait du Seuil quand il est passé chez Grasset avant de recevoir la direction de Fayard ; premier directeur littéraire de La Découverte, Éric Vigne a rejoint Gallimard après être passé par Fayard ; longtemps en « duo avec Antoine Gallimard comme l’édition les aime, complexe, complémentaire, indissociable [21] », Teresa Cremisi s’envole en 2005 en prenant la tête de Flammarion, revient en 2012 pour négocier le rachat du second par le premier au sein du groupe Madrigall, qu’elle quitte en 2015 [22] ; arrivé au Seuil comme lecteur, Olivier Bétourné l’a quitté secrétaire général pour Fayard, d’où il est passé chez Albin Michel avant de revenir au Seuil ; patron de Stock, Jean-Marc Roberts a été formé au Seuil ; d’avoir succédé aux directions de Calmann-Lévy, Grasset et Fayard, Olivier Nora présente le plus prestigieux profil éditorial de Lagardère ; Henri Trubert, qui a commencé au Rocher (avant rachat), est passé par Fayard pour rejoindre la « galaxie Actes Sud » ; Olivier Rubinstein a fait ses classes chez Climats (avant rachat), Quai Voltaire puis Mille et Une Nuits avant de fructifier chez Denoël ; encore en début de carrière, Hugues Jallon a migré de La Découverte et 10/18 au Seuil en 2010, pour revenir diriger tout seul comme un grand La Découverte en 2014, tandis qu’à l’automne 2017 il rassure le chaland et les actionnaires au moment où Média-Participations absorbe le groupe Chanel-La Martinière [23].

Les enseignes sous lesquelles ces noms valsent et qu’on présente pour les besoins de la diversité de l’« offre culturelle » comme des « identités » ne correspondent plus à rien de ce qu’on y est ni de ce qu’on y fait. Pour reprendre une image de Robert Musil, elles ressemblent à ces uniformes qu’on est toujours prêt à ressortir du placard quand les circonstances semblent l’exiger. Mais les procédures contrebandières qu’ils perpétuent n’arrangent pas la situation déjà ambivalente d’un métier qui mêle indissociablement matérialité et symbolique pour manipuler l’argent et les idées. Et dont la nature intermédiaire n’est jamais aussi bien illustrée que par l’édition en « sciences sociales et humaines », caractérisée par une production d’« essais » bien pratique pour rassembler le plus savant et le plus commercial, le plus académique et le plus militant.

Thierry Discepolo

Lire le second volet, sur « Les fleurs et les fruits de la lutte du Seuil contre le grand capital ».

Extrait de La Trahison des éditeurs, Agone 2011 2017.

Notes

[1] Catherine Andreucci, « Hugues Jallon devient directeur éditorial des sciences humaines et documents du Seuil » ; Anne-Laure Walter, « Question de génération » ; puis Catherine Andreucci, « La politique autrement », Livres Hebdo, 14 juin 2011, 21 mars 2008, puis 14 mars 2008.

[2] Catherine Andreucci, « Hugues Jallon : l’engagé », Livres Hebdo, 4 juin 2010, no 824 ; la suite des propos d’Hugues Jallon qui suivent sont issus de la thèse de sociologie de Camille Joseph, « Les éditions La Découverte. La gestion d’un héritage éditorial », EHESS, juin 2010, p. 312 et suiv.

[3] André Schiffrin, Le Contrôle de la parole, La Fabrique, 2005, p. 20

[4] Hugues Jallon, cité par Camille Joseph, « Les éditions La Découverte… », op. cit. ; et « Les tiraillements de l’hérétique : le livre anticapitaliste chez les grands groupes d’édition français », IEP-Paris 8, 2005, p. 144.

[5] Propos d’Hugues Jallon et de Grégoire Chamayou rapportés par Catherine Andreucci, « “Zones” d’expérimentation », Livres Hebdo, 25 mai 2007, no 691 – sauf indication contraire, les citations de ce paragraphe et du suivant en sont extraites.

[6] Sur les origines d’une des principales écoles d’études postcoloniales issue du Sud, lire Isabelle Merle, « Les Subaltern Studies. Retour sur les principes fondateurs d’un projet historiographique de l’Inde coloniale », Genèses, 2004, vol. 3, no 56. Pour une critique académique de l’importation en France des études postcoloniales, lire par exemple Jean-François Bayart, Les Études postcoloniales, un carnaval académique (Karthala, 2010), et Jean-Loup Amselle, L’Occident décroché : enquête sur les postcolonialismes (Stock, 2008) – mais aussi la critique de François Cusset, plus édifiante que le livre même : « Le champ postcolonial et l’épouvantail postmoderne », Revue internationale des livres et des idées, 2008, n° 5. Sur les importateurs français les plus businesslike de ce concept médiatico-académique et l’usage qu’en font le directeur des éditions Amsterdam et l’historien free lance Pascal Blanchard, lire Camille Trabendi, « Exhiber l'exhibition, la dénoncer, et encaisser sur les deux tableaux ».

[7] Notre analyse de la collection Zones est déjà en ligne sous le titre « La mule du baron à la découverte du marché de la consommation contestataire »

[8] Cité par Camille Joseph, « Les tiraillements de l’hérétique… », art. cité, p. 144.

[9] Par exemple Olivier Pascal-Moussellard, « Livres de rage : les éditeurs “engagés” », Télérama, 31 mars 2008.

[10] Catherine Andreucci, « Hugues Jallon : l’engagé », art. cité.

[11] Lire Thierry Discepolo, « Pratiques éditoriales depuis les années 1980 (II) Les fleurs et les fruits de la lutte du Seuil contre le grand capital ».

[12] Sur le parcours politique et intellectuel de Pierre Rosanvallon, lire Christophe Gaubert, « Genèse sociale de Pierre Rosanvallon en “intellectuel de proposition” », Agone, 2009, no 41/42.

[13] Cité par Laurent Bonelli, « Quand Pierre Rosanvallon fustige un “déficit de compréhension” », Le Monde diplomatique, mai 2006.

[14] Catherine Andreucci, « Éditeur militant », Livres Hebdo, 14 mars 2008.

[15] « Dix éditeurs en défense des sciences humaines et sociales », Mediapart, 4 février 2009.

[16] Dossier « Le livre survivra-t-il à Internet ? », Le Monde, 31 octobre 2009.

[17] Catherine Andreucci, « Éditeur militant », art. cité.

[18] Olivier Pascal-Moussellard, « Livres de rage : les éditeurs “engagés” », op. cit. ; Catherine Andreucci, «  Éditeur militant », art. cité.

[19] Catherine Andreucci, « La Découverte : L’herbe est-elle plus verte ailleurs ? », Livres Hebdo, 27 août 2010.

[20] La question était posée par Bertrand Legendre à Sophie Noël, « L’édition indépendante “critique” en France au tournant du XXIe siècle. Une identité instable dans le champ éditorial », thèse de sociologie, EHESS, décembre 2010.

[21] « Teresa Cremisi, la flamme », propos recueillis par Paul-François Paoli, Le Figaro, 14 octobre 2007.

[22] Source, Gallimard.fr – consulté le 25 septembre 2017.

[23] On vient toutefois de voir qu'Hugues Jallon est moins rassurant pour certains auteurs – à l'impossible, nul n'est tenu : lire Serge Quadrupanin « Les éditions du Seuil prononcent une double peine contre Cesare Battisti ».