Laurence Parisot-Michel Destot, même combat !
Par Agone le jeudi 15 décembre 2011, 16:57 - La chronique de Jean-Pierre Garnier - Lien permanent
Lors de la « Nuit des rapaces », organisée le 9 novembre dans la salle Olympe de Gouges (Paris) par la joyeuse équipe de Fakir, où il s’était agi d’élire sous les huées du public le suppôt hexagonal le plus répugnant, le plus arrogant et le plus méritant du capitalisme transnational, Jean-Pierre Garnier avait proposé comme candidat Michel Destot, maire PS de Grenoble. Il confirme ici ce choix.
Pourquoi le choix de Michel Destot ? Pour une raison structurelle : signaler ou rappeler que le pouvoir de l'« oligarchie » (classe dominante) capitaliste ne pourrait s'exercer sans le concours actif des « oligarchies » locales issues de la petite bourgeoisie intellectuelle chargée de relayer la domination. Mais aussi, en raison du caractère particulièrement malfaisant de ce personnage qui, en plus des ses casquettes de maire et de président de l'Association des maires des grandes villes de France, porte celle de président de « Inventer à Gauche », un « cercle de réflexion réformiste et européen » censé aider le PS à justifier son appellation usurpée de « socialiste ».
Sous l'intitulé aussi pompeux que convenu de « Pour un socialisme européen », M. Destot et deux comparses livraient le 1er décembre dernier dans Le Monde une analyse de « la crise financière » et des propositions pour en sortir qui ne pouvaient qu'enchanter le patronat. Et qui l'enchantent certainement, puisque, sur la même page et dans les colonnes en vis-à-vis du journal, on pouvait lire un plaidoyer de la même eau signé par la lauréate de la « Nuit des rapaces », Laurence Parisot. L'horizon de l’une et de l’autre est le même. Une seule solution : plus d'intégration européenne. Seuls diffèrent le rythme auquel elle doit se poursuivre et les arguties mises en avant pour justifier cette option.
Pour la représentante des exploiteurs hexagonaux, il faut « créer d'urgence les États-Unis d'Europe ». Pour le notable « socialiste », il faut d'abord passer par la « création d'un petit groupe d'avant-garde » composé des six pays fondateurs de l'Europe plus l'Espagne, qui pourraient « entamer une coopération renforcée ». Dans les deux cas, ce qui reste de semblant de démocratie, c'est-à-dire pouvoir populaire, achèverait de se diluer pour d'être transféré à des instances européennes.
« Déléguons davantage notre souveraineté », brame Laurence Parisot. Commençons par nous doter d'« un budget commun substantiel en fusionnant une partie des budgets nationaux », clament Destot et ses deux complices ; et confions à une « agence européenne d'investissement » le soin d'identifier les « projets à haut rendement » – étant entendu que ne seraient retenus que ceux « financièrement rentables » – dans l'enseignement supérieur et la recherche, les infrastructures de transport et de communication intra-européennes, le secteur de l'énergie et de l'environnement. Et la Banque européenne d’investissement (BEI) fera le reste. Parallèlement, pour enduire cet échafaudage technocratique d’un vernis démocratique, seraient constituées des « listes transnationales » au sein du groupe d’avant-garde pour l’élection du Parlement européen, en attendant la désignation d’un président de l’Union par « élection directe au suffrage universel », qui viendrait couronner le tout.
Là où la patronne du MEDEF et le hiérarque du PS diffèrent, c'est dans le choix des arguments pour appuyer leurs préconisations. Mais on y décèle moins une divergence qu'une complémentarité. Solidarité de classe oblige, c'est l'inévitable nabab Waren Buffet qui est convoqué par Laurence Parisot, lequel, évoquant un « défaut majeur de la construction européenne », aurait ajouté – « non sans cynisme », commente Mme Parisot, orfèvre en la matière : « Il y a bien une dizaine de sociétés européennes attrayantes ». Et celle-ci de conclure : « Tout est dit. »
C’était sans compter avec Michel Destot, qui croit bon d’en rajouter une louche dans les colonnes voisines. Lui aussi s’inquiète de l’« échec de la construction européenne », mais, électorat de gauche oblige, cet échec signifierait ni plus ni moins que l’impossibilité de toute « alternative » puisque l’avenir de ladite construction ne fait qu’un avec l’« avenir du socialisme européen ». Pire encore : alors que, pour Mme Parisot, le « délitement de l’Union européenne » provoquerait « pour les peuples européens des décennies d’appauvrissement », Michel Destot voit plus loin : « On entrerait alors dans un cycle de désespérance avec baisse du niveau de vie, troubles sociaux, puis politiques. » Et de s’exclamer : « L’aventure n’est pas loin ! »
Quelle aventure ? Et pour qui ? Pour les « socialistes » – entendez les politiciens parés de cette étiquette – qui devrait faire face aux « surenchères des populismes de toute nature ». L’élu du peuple Michel Destot n’en dit pas plus, mais on aura deviné que ce populisme pluriel n’est pas uniquement incarné par Marine Le Pen. S’y profile aussi la figure détestable de Jean-Luc Mélanchon ; voire l’horrible spectre qui hantait l’Europe au milieu de l’avant-dernier siècle et qu’on avait cru définitivement exorcisé depuis la chute du mur de Berlin.
Jean-Pierre Garnier
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Jean-Pierre Garnier a publié aux éditions Agone : Une
violence éminemment contemporaine. Essais sur la ville, la petite-bourgeoisie
intellectuelle et l'effacement des classes populaires (2010).