C'est en ces termes que le psychiatre Guillermo Rendueles se réfère à l'expérience vécue par les ouvrières de l'usine de chemises Confecciones Gijón, plus connue sous le nom d'IKE, tout au long d'un conflit qui s'étala sur une dizaine d'années dont les quatre dernières virent l'occupation de l'usine par les plus irréductibles des ouvrières. Si le même Rendueles fait observer que « se souvenir est déjà résister », il note toutefois qu'il « serait excessivement injuste de ne considérer la lutte d'IKE qu'en termes d'héroïsme et de condamner leurs protagonistes à l'amertume du souvenir et de l'hommage ». Au-delà donc de la célébration d'un combat exemplaire à tous égards, il nous convie à voir dans le comportement des ouvrières d'IKE « un authentique manuel d'instructions pour agir dans le nouveau (et à la fois si ancien) capitalisme mondialisé ».

Quelques mots, pour commencer, des origines d'un conflit qui, s'il a eu l'honneur des « unes » des journaux de la région asturienne, n'est évidemment jamais parvenu à la connaissance de l'opinion publique française. La société textile Confecciones Gijón est fondée en 1952 par un entrepreneur de la région des Asturies, Enrique López. Elle se fait connaître dans la région par sa marque de chemises, baptisée IKE en hommage au président nord-américain Ike Eisenhower, le signataire des accords hispano-américains de 1953, qui allaient supposer l'intégration du franquisme dans le dispositif militaire des pays occidentaux. Ce nom, IKE, va désigner bientôt la société elle-même. À son meilleur moment d'activité, vers la fin des années 1970, elle dispose d'un effectif de 680 personnes, des femmes en grande majorité, et fabrique plus d'un million de chemises par an. À la fin des années 1980, la production est tombée à environ 200 000 chemises et l'entreprise ne donne plus de travail qu'à quelque 280 salariés. Entre-temps, l'industrie textile espagnole, comme celle des pays européens, a subi de plein fouet les effets des délocalisations vers les pays « émergents » les plus proches. En outre, les grandes sociétés sont victimes de la concurrence que leur font les petites entreprises textiles, plus « flexibles » et mieux adaptées aux aléas du marché de la mode. Dès avant sa « reconversion » officielle, au tout début des années 1980, le secteur avait déjà été affecté par une restructuration sauvage, qui s'était traduite par la disparition officielle de la moitié des emplois, dont une bonne part était purement et simplement tombée dans le secteur informel.

La longue marche des femmes d'IKE

Il faut attendre l'année 1983, et l'incorporation d'IKE au Plan de reconversion textile - imaginé et mis en œuvre par les inspirateurs de la politique économique du gouvernement « socialiste » de Felipe González[1] - pour que les salariées de l'entreprise prennent enfin le taureau par les cornes et décident de lutter pour la défense de leurs postes de travail. Dans ce combat, elles doivent faire face à la crise générale du secteur, aux relations de type paternaliste[2] et, partant, à l'absence de tradition de luttes qui le caractérisent - une chose qui mérite d'être relevée dans une région caractérisée pourtant par une forte tradition syndicale, socialiste pour l'essentiel ; ainsi qu'à la sous-estimation dans laquelle on tient le travail des femmes.

Elles vont aussi se heurter à des partis politiques de gauche qui ne souhaitent pas encourager des mobilisations sociales risquant de porter ombrage au nouveau gouvernement et, surtout, à une administration régionale dominée par ces mêmes partis, PSOE et Izquierda Unida. Quant aux « grands » syndicats, les Commissions ouvrières et l'UGT, qui ont accompagné les premières actions des ouvrières, ils acceptent en 1990 le énième plan social proposé par les autorités de la région et abandonnent la majorité des ouvrières à leur sort.

Le reprise de l'entreprise, en janvier 1987, par l'administration autonome de la Région ne change rien de fondamental aux problèmes auxquels doivent faire face les employées, bien au contraire. Conscientes de ce que l'entreprise ne parvient pas à sortir de la crise et lasses de percevoir en retard leurs maigres salaires - quelque 50 000 pesetas par mois -, les ouvrières, qui ne sont guère plus de quatre cent à ce moment-là, commencent à multiplier les actions de protestation : arrêts de travail bi-mensuels, occupation des locaux pendant quatre heures en janvier 1988, etc. Une douzaine de jours plus tard, la police charge une de leurs manifestations et quatre d'entre elles doivent être soignées de leurs blessures à l'hôpital. En février, les agents de l'« ordre » public interviennent à nouveau pour empêcher les ouvrières d'accéder aux bureaux du Conseil de l'industrie à Oviedo. Toujours en février, les salariées, recourant à des procédés empruntés aux travailleurs des chantiers navals de la région, interrompent le trafic dans certaines rues du centre de Gijón en dressant des barricades avec des pneus enflammés et bloquent pendant deux heures l'accès à la mairie. Fin 1989, elles décident d'un plan de mobilisations bi-hebdomadaires, le mardi et le jeudi.

C'est à ce moment-là, du reste, que l'unité syndicale commence à se briser : les syndicats CCOO [sigle espagnol des Commissions ouvrières] et UGT, minoritaires au sein du comité d'entreprise de l'usine, acceptent l'offre du Conseil de l'industrie, avant même que la Direction provinciale du travail ne se prononce sur la viabilité du plan social et entraînent avec eux quarante trois salariées. Cependant, la majorité des salariées, soit un peu plus de deux cent, ne veut pas du plan et le fait savoir à ses représentants, affiliés à la CSI (Corriente Sindical de Izquierdas) et à l'USO (Unión Sindical Obrera)[3]. À la fin janvier 1990, 3 500 personnes manifestent dans les rues de Gijón leur appui aux salariées d'IKE. En février, celles-ci coupent l'autoroute qui relie les deux grandes villes des Asturies, Gijón et Oviedo. En mars et avril, elles font de même dans plusieurs rues de Gijón et y dressent à nouveau des barricades de pneus enflammés. Enfin, quand la Direction provinciale du travail, qui a refusé le précédent, donne son accord à un nouveau plan social en juillet 1990, les ouvrières occupent l'usine[4].

« Quand nous avons occupé, nous ne pouvions pas imaginer que l'occupation allait durer si longtemps. Si on l'avait su, je crois qu'on ne l'aurait pas fait. Même pas pour rire. La vérité, c'est que nous ne savions pas où nous nous mettions. » C'est en ces termes que s'exprime Ana Carpintero, une des principales animatrices du mouvement, des propos confirmés par une de ses camarades qui tente de s'expliquer le manque de réaction des autorités et des représentants de l'« ordre » public : « Ils ne croyaient pas qu'on allait tenir autant qu'on a tenu, sinon ils nous auraient sans doute délogées. Ils ont dû penser : celles-là, des femmes mariées ou des célibataires qui vivent chez leurs parents, elles ne vont pas tenir. » Et pourtant, alors qu'elle a été décidée sur un coup de tête le jour même où les employées ont appris que l'usine ferme, l'occupation ne prendra fin que quatre ans plus tard...

À la fin octobre 1990, la mairie de la ville, la conseillère à l'Industrie, les syndicats UGT et Commissions ouvrières signent un nouvel accord qui prévoit l'embauche d'une centaine de salariées d'IKE, dans le cadre d'un projet textile qui serait géré par une entreprise privée ; et, dans des projets commerciaux, de soixante quinze à cent personnes de plus. L'accord est refusé par la CSI et l'USO puis par l'assemblée des salariées de l'usine, qui ne croient pas à la réalité des projets annoncés. Pour preuve de leur détermination, un groupe d'entre elles part à Madrid pour occuper l'ambassade de Cuba, trois jours à peine après la signature de l'accord. La semaine suivante, les ouvrières investissent durant trois heures un bateau sous pavillon des Bahamas qui vient de jeter l'ancre à Gijón. Une manifestation de solidarité convoquée pour le 31 janvier 1991 parvient à rassembler encore 3 000 personnes dans la ville. L'UGT et les CCOO signent à nouveau un accord, qui reprend et précise les dispositions de 1990 : on a enfin trouvé, semble-t-il, l'entreprise chargée du projet textile imaginé par les autorités autonomes de la Région. Mais il faut attendre mars 1992 pour que l'entreprise en question, Sicotex 5, acquière les deux terrains nécessaires à l'installation de la nouvelle usine ; et ce n'est qu'en janvier 1993 que le patron de cette entreprise basque daigne venir visiter un « chantier » encore parfaitement inexistant. En 2004, l'entrepreneur basque n'avait pas encore posé la première pierre de l'usine. Quant aux cours de formation prévus pour les salariées d'IKE postulantes à un emploi hypothétique chez Sicotex 5, leur déroulement fut encore plus calamiteux, puisqu'il s'avéra bien vite que le patron indélicat utilisait les « cours de formation » pour disposer d'une main-d'œuvre gratuite à raison de sept heures par jour. Et il en ira de même des promesses d'embauche dans le nouveau centre commercial dépendant de la chaîne de distribution Pryca, où seules trois ex-salariées d'IKE seront engagées au lieu de la centaine prévue tout d'abord.

Le syndicat CSI résumait comme suit la teneur du plan de « reconversion » des ouvrières d'IKE : « Cadeau de quarante millions à l'entrepreneur pour la réalisation de cours pour recycler les travailleurs. Cadeau à l'entrepreneur de travail dissimulé sous forme de cours. Cadeau des machines et autres subventions au patron. Vente à vil prix de deux terrains à Roces, un cadeau de plus pour l'entrepreneur. Et la dernière réalité : 277 travailleuses à la rue. »

L'occupation de l'usine

Une fois sûres que la police ne les délogera pas des lieux, les ouvrières organisent l'occupation de l'usine. Après quelques semaines épuisantes où elles restent sur place vingt-quatre heures sur vingt-quatre, elles décident d'établir des tours rigoureux d'occupation : matinée, après-midi et nuit. Pour chacune, une semaine d'occupation est suivie de trois semaines libres. Dans des lieux inhospitaliers où, au tout début, l'eau et l'électricité ont été coupées, elles organisent des ventes des marchandises qui sont restées en stock, tiennent des assemblées, font des affiches, préparent les actions à venir. En novembre 1990, elles mettent sur pied une « Rencontre de femmes », où elles accueillent des femmes de tout l'État espagnol, tout particulièrement les salariées de Charpo, une entreprise de conserverie galicienne, qui combattent contre le licenciement de plusieurs dizaines d'entre elles.

Bien que leur combat soit essentiellement fondé sur l'action directe, elles recourent à tous les moyens à leur disposition pour populariser leur cause, y compris l'intervention aux élections municipales de mai 1991 où elles se présentent sous le nom de « Femmes-IKE contre le chômage ». Enfin, conseillées par un cabinet d'avocats spécialisés dans le droit du travail, elles s'efforcent de mettre en jeu tous les recours (voire les subterfuges) légaux existants pour permettre à l'entreprise d'éponger ses dettes à l'égard des banques, de la Sécurité sociale et du Trésor public et de repartir à zéro sous une autre raison sociale. Quand il apparut que la nouvelle entreprise n'était pas plus viable que l'ancienne, celles des salariées qui n'avaient pas accepté les plans concoctés par les autorités régionales décidèrent de faire tout ce qui était en leur pouvoir pour s'emparer légalement des biens de l'entreprise, un projet auquel « elles étaient les seules à croire », confesse l'avocat Carlos Muñiz, qui précise toutefois que « leur infatigable esprit de lutte [lui] fit penser que cela valait la peine d'être tenté »[5].

La dernière bataille livrée par les salariées est menée contre la justice qui décide d'abord que l'État doit bénéficier d'un droit d'acquisition préférentiel sur les biens en question puis est contrainte d'opter pour une mise à l'encan publique. Les salariées d'IKE en lutte vont faire en sorte que les candidats possibles aux enchères ne puissent même pas entrer dans la salle où ont lieu les enchères et parviennent à s'adjuger les biens au détriment de leur seul concurrent pour le rachat des biens, le FOGASA (Fonds de garantie salariale), autrement dit le représentant de l'administration. C'est sur cet épisode que se clôt définitivement, en mars 1994, la longue bataille des ouvrières d'IKE qui, au moins, obtiennent satisfaction sur un point, à savoir que, « dans une situation de faillite, les biens de l'entreprise doivent aller aux travailleurs »[6]. Les biens seront rapidement vendus à un acheteur et les bénéfices partagés entre tous les salariés de l'ex-entreprise IKE, qu'ils aient participé ou pas à l'occupation des lieux. Les efforts consentis pendant plusieurs années ne furent pas entièrement vains même si les maîtres en résignation auront beau jeu de faire remarquer que, au bout du compte, les salariées d'IKE ne sont pas parvenues à l'objectif qu'elles avaient assigné à leur combat dès le tout début, c'est-à-dire la conservation de leurs postes de travail ; et que ce combat qui semblait perdu d'avance a bel et bien été perdu.

Leçons d'un combat exemplaire

Alors, quelles leçons peut-on tirer, en définitive, d'une expérience très emblématique de ce que sont aujourd'hui les luttes ouvrières dans les pays dits développés, où l'enjeu a cessé d'être la hausse des salaires ou l'amélioration des conditions de travail pour se réduire à la défense d'un mode de vie qui traduit l'attachement des ouvriers à leur travail - un travail qui, quoi qu'en disent les idéologues de la fin de la « centralité de la valeur travail », continue de structurer l'identité sociale des individus et de donner un sens à leur temps libre - et, au bout du compte, à la survivance de la condition ouvrière elle-même[7].

À l'évidence, cette expérience a été surtout une belle leçon de résistance aux diktats du « marché », d'autant plus précieuse qu'elle a eu lieu à une époque où règne la conviction qu'il ne sert plus à rien de résister contre des « lois » de l'économie (capitaliste) censées être aussi immuables que les lois de la nature. Rappelant que les ouvrières d'IKE se sont battues, avec peu de moyens et sans l'appui des « grands » syndicats, contre tout et contre tous, contre leurs patrons puis contre les autorités régionales et les partis, contre les juges, contre les forces de l'« ordre » - qui les rudoyèrent sans égards particuliers pour leur condition de femmes mais se souviennent encore des longues aiguilles industrielles qu'elles leur enfonçaient dans le ventre ; mais aussi contre ces citoyens qui, fâchés de les voir semer la zizanie dans l'ordre policé des villes, les invitaient très rudement à s'occuper un peu plus du soin de leurs foyers[8] ; contre leurs propres maris souvent, et surtout contre elles-mêmes, contre leur propre faiblesse, leur fatigue, le découragement accumulé, etc.

Guillermo Rendueles insiste sur le fait que ces femmes pas ou peu syndiquées, pas ou peu « politisées » au moment où on commença à envisager la fermeture de l'usine, ne se sont pas contentées de suivre l'exemple de leurs collègues mâles des autres secteurs industriels en capilotade de la région. « L'essentiel de la reconversion industrielle qui a marqué les années 1980 en condamnant les Asturies à vivre, plutôt mal du reste, du secteur tertiaire s'est déroulé sous le signe d'un fatalisme notable. Les actes de résistance [...] ont été très limités dans le temps et furent, avant tout, des démonstrations de force qui visaient à permettre aux syndicats de renforcer leur position autour de la table de négociations, lesquelles débouchèrent sur la pré-retraite pour les adultes et le départ pour les plus jeunes. Même un des rares espaces authentiques de résistance industrielle qui a perduré au cours des ans - le secteur naval - ne peut être comparé à la bataille d'IKE. »

Une fois le constat établi, il resterait encore à se demander pourquoi les femmes, ces femmes-là en tout cas, sont allées plus loin que tous leurs homologues masculins de la mine ou de la sidérurgie, pourquoi ces femmes-là, précisément, n'ont pas voulu « entendre raison », se satisfaire des plans concoctés par les experts de l'administration avec l'assentiment des « grands » syndicats, se résigner à cette pseudo-rationalité économique qui décide d'envoyer au rebut des femmes dotées pourtant d'une énergie incommensurable, se plier à la logique d'une époque où le vieux rêve du temps libéré par la grâce de la technique s'est réalisé dans le cauchemar du chômage massif pour de larges fractions du monde ouvrier.

[à suivre…]

Miguel Chueca

Publié dans la revue Gavroche (2009, n° 160), ce texte est issu d'une note de lecture (parue dans La Question sociale, hiver 2004-2005, n° 2) du livre IKE, retales de la reconversión. Trabajo femenino y conflicto social en la industria textil asturiana, publié sous la direction de Carlos Prieto aux éditions Ladinamo en 2004.
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Miguel Chueca a notamment rassemblé et présenté deux recueils de textes pour les éditions Agone : Déposséder les possédants. La grève générale aux « temps héroïques » du syndicalisme révolutionnaire (1895-1906) ; et, à paraître en automne 2010, d’Émile Pouget, L’Action directe et autres écrits syndicalistes (1903-1910).

Notes

[1] Le mot de « reconversion » est évidemment un euphémisme, très caractéristique de la novlangue des dominants : en vérité, il désigne un processus qui ne vise ni plus ni moins qu’à la disparition du secteur. Je rappelle que le PSOE vient de remporter les élections législatives en octobre 1982. On notera, à ce sujet, que la politique économique du gouvernement de González n’est pas inspirée par les rédacteurs du programme grâce auquel le PSOE est venu au pouvoir mais par Boyer et Solchaga, les représentants de l’aile la plus droitière et la plus néolibérale du parti socialiste.

[2] Une des ouvrières, Ana Carpintero, avoue que les employées d’IKE, souvent originaires de la campagne, entraient toutes dans l’usine par « enchufe [piston] ». Rendueles note que cette sorte de mécanisme paternaliste liait les ouvrières à l’usine et les conduisait à tolérer de nombreux abus. Par ailleurs, leur désir de ne pas trahir la confiance déposée en elles assurait de hauts indices de productivité.

[3] L’Union syndicale ouvrière est un syndicat lié à des secteurs progressistes de l’Église. Elle fut créée, clandestinement, au temps du franquisme et participa à la création des Commissions ouvrières, avant de s’en désolidariser au moment où la mainmise du PCE sur l’organisation devint une évidence pour tout le monde. Quant au syndicat CSI (en français : Courant syndical de gauche), il s’agit d’une organisation implantée uniquement dans les Asturies : fondée sur des postulats « assembléistes », elle lutte pour la défense de l’identité industrielle de la région.

[4] Étant donné que les femmes constituent l’immense majorité des employés de IKE, nous avons opté ici pour parler d’« ouvrières » et pas d’« ouvriers ». Ceci étant, dans un article paru dans le journal La Nueva España, le 15 décembre 1990, soit après six mois d’occupation, le journaliste se réfère à un « groupe de 160 femmes et trois hommes ».

[5] Carlos Prieto (dir.), IKE, retales de la reconversión. Trabajo femenino y conflicto social en la industria textil asturiana, Ladinamo, 2004, p. 114.

[6] Ibid., p. 119.

[7] À ce sujet, on rappellera les luttes menées en France par les salariés de Cellatex, d’Adelshoffen, de Forgeval ou encore de Moulinex, dont les menaces (déverser de l’acide sulfurique dans la Meuse, faire exploser des fûts de gaz, etc.) – assimilées un peu vite à une résurgence des tactiques du syndicalisme révolutionnaire des premières années du siècle passé – disaient assez le désespoir devant des mesures où ils voyaient, à juste titre, la fin de leur monde, « avec ses règles, ses habitudes, ses valeurs, sa culture, sa force, ses réalisations, les souvenirs qui y sont enfouis » (Danièle Linhart, avec Barbara Rist et Estelle Durand, Perte d’emploi, perte de soi, Érès, 2002, p. 33).

[8] Ana Carpintero fait remarquer que, si des hommes dressent des barricades dans les rues, on dira qu’« ils ne laissent pas travailler les autres », on les traitera de « hijos de puta », etc. En revanche, on convie les femmes d’IKE à « retourner chez elles », à « s’occuper de leurs torchons » ou à « aller faire le ménage ».