On se demande pourtant si, avec un autre patronyme et surtout une autre paternité, le député-maire Vert Noël Mamère, appuyé par les caciques de son parti, aurait choisi pour se présenter à sa place la fille de José. L’argumentaire de l’heureuse élue pour justifier ce choix vaut, en tout cas, son pesant de carottes bio.

« Cécile Duflot, inconnue du public, a crevé tous les écrans en six mois. Elle a prouvé que l’on pouvait renouveler la classe politique, notamment avec des femmes. » On ne saurait mieux dire que la valeur d’une personnalité politique se mesure à l’audimat, ce qui laisse plutôt songeur de la part d’une future représentante – doit-on dire « tête d’affiche » ? – d’une organisation qui prétendait « faire de la politique autrement ». Quant à l’argument sexiste du « renouvellement de la classe politique » grâce aux femmes, on ne peut que se montrer dubitatif sur les bienfaits postulés de ce dernier au vu des prestations gouvernementales d’une Édith Cresson ou d’une Michèle Alliot-Marie, pour ne rien dite de celles de Magaret Thatcher ou de Condoleeza Rice. Il est vrai que Marie Bové parle de « classe politique », ce qui est déjà tout programme. « Hurler dans la rue, c’est bien, précise-t-elle, mais, aujourd’hui j’ai envie d’être sur les lieux de décision. »

De fait, tels qu’elle les énumère pour légitimer son désir de faire partie de ladite classe, les états de service de Marie Bové ne laissent planer aucun doute sur sa capacité d’adaptation : à un travail d’expertise pour le compte du PS à la Communauté urbaine de Bordeaux, dont elle semble se monter très fière, s’ajoutent, selon ses propres termes, « plein d’étiquettes : altermondialiste, antinucléiare, bobo [sic] car membre d’une association pour le maintien d’une agriculture paysanne, catho puisque j’ai travaillé sept ans pour le Comité catholique contre la faim ». On aura compris que la fille de contempteur de la mal-bouffe a fait ce qu’il fallait faire pour parvenir à ses fins : bouffer à tous les râteliers.

Jean-Pierre Garnier

Texte initialement paru dans Le Monde libertaire, n° 1571, 5 novembre 2009.
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Jean-Pierre Garnier est notamment l'auteur de Une violence éminemment contemporaine. Essais sur la ville, la petite-bourgeoisie intellectuelle et l'effacement des classes populaires à paraître en mars 2010 aux éditions Agone.