Etant donné que…

1/ nous vivons dans un monde où une minorité de gens très riches ne peut jouir de son existence que si son univers demeure inaccessible au reste du genre humain, car « son orgueil ne voudrait pas même devenir Dieu, s’il ne lui restait plus de malheureux à insulter et à traiter en esclaves, si le luxe de son bonheur ne devait plus être relevé par les angoisses de la misère, si l’étalage de ses richesses ne devait plus torturer les indigents et allumer leur désespoir » (Thomas More, L’Utopie, II, 8) ;

2/ le mode de vie ultra-dispendieux de ces richissimes gaspilleurs leur impose d’accaparer une part toujours plus grande des richesses, ressources et profits de toute nature qui devraient servir au contraire à satisfaire les besoins légitimes de l’immense multitude d’humains qu’on laisse croupir un peu partout ;

3/ le prélèvement de cette part de profits léonins implique le développement d’une production pour des marchés de masse incitant des millions de consommateurs à l’achat compulsif et excitant en permanence leurs désirs jusqu’à l’absurde ;

4/ pour la plupart, ces consommateurs sont des salariés modestes (quand ils ont un emploi) férocement exploités pour grossir les profits et qui doivent s’endetter à vie pour accéder au marché ;

5/ la masse des richesses disponibles n’est pas extensible à l’infini et les ultra-riches préfèrent la guerre sous toutes ses formes (même civile) à tout partage raisonnable au prorata des besoins de tous ;

6/ le maintien du taux de profit le plus élevé possible ne peut se faire qu’au prix d’un productivisme aveugle, d’une utilisation démentielle des ressources (y compris humaines) et d’atteintes criminelles à l’environnement ;

7/ la minorité des ultra-riches tient en mains, directement ou par serviteurs interposés, tous les moyens matériels et symboliques de faire fonctionner la « démocratie » à son avantage et il n’y a donc aucun moyen institutionnel légal de mettre fin à un tel désordre ;

8/ l’affaissement moral des masses comme des élites ne laisse plus subsister que des îlots de résistance à l’aliénation idéologique du monde occidental ;

9/ la propagande obsédante des féodalités politico-économiques capitalistes a installé partout des fantasmes de succès social et d’enrichissement personnel, même chez les pauvres à perpétuité ;

10/ tout le monde ne peut pas devenir ultra-riche vu que nous vivons…etc. (voir suite ci-dessus alinéa 1) ;

…Répondez aux questions suivantes :

a/ Combien de temps encore un système aussi aberrant et inhumain peut-il durer ?

b/ Les problèmes inextricables qu’il pose sont-ils susceptibles d’être résolus rationnellement et dignement, ou bien s’agit-il d’une nouvelle version de la quadrature du cercle ?

c/ Une politique comme celle de Sarkozy est-elle de nature à apporter de bonnes solutions ?

d/ Et celle des « socialistes » ?

e/ Alors pourquoi les Français les élisent-ils ? Serait-ce qu’ils se fichent pas mal des solutions faute d’être en mesure de voir où est le problème ?

On remarquera que l’énoncé est ainsi formulé qu’un enseignant peut facilement y introduire des données numériques (du type 20% les plus riches s’approprient 80% des richesses de la planète, revenu par habitant, coût d’une trithérapie, d’un puits, d’une école, etc.), de sorte que ce problème peut être proposé aussi bien comme exercice d’arithmétique, ou d’instruction civique, en CM2, que comme sujet de dissertation en classe de philosophie, ou en TP de licence d’économie, ou comme sujet de DEA en science politique, ou encore comme épreuve au concours d’entrée de l’INSEE et de l’ENA.

Envoyez-nous les meilleures réponses, elles seront publiées dans La Décroissance.

Alain Accardo

Chronique parue dans La Décroissance en octobre 2008. Et édité dans le recueil Engagements (2011)
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Dernier livre d'Alain Accardo aux éditions Agone, Introduction à une sociologie critique (2006)