« ... Il est évident que si je crachais sur tout ce qu'on a fait, je pourrais m'exprimer. Mais par cette obligation de silence, on empêche aussi notre expérience de tirer son vrai bilan critique. » En lisant, et en relisant ces phrases prononcées par Jann-Marc Rouillan pendant son entretien avec /L'Express/, je ne trouve pas du tout le sens que les magistrats leur ont donné, un sens qui a permis à la justice de révoquer la semi-liberté de Jann-Marc Rouillan. Ce que je trouve, c'est exactement le contraire à un refus de se confronter aux faits du groupe Action Directe. La révocation a comme résultat exactement ce que Rouillan a anticipé : elle « empêche » un « vrai bilan critique » dont pas seulement la veuve de Georges Besse a besoin, mais aussi la France, et au-delà aussi des personnes (comme par exemple moi) qui trouvent urgent de savoir comment la violence arrive, comment elle essaie de se justifier et, finalement, comment elle est fructueusement critiquée par ceux qui l'ont commise. On ne peut pas provoquer ce bilan par un acte totalitaire comme cette révocation, en ajoutant une autre violence à la violence.

Peter Handke
Le 23 octobre 2008

Texte initialement publié sur Libé Marseille le 26 novembre 2008.
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Postscriptum de la rédaction

Sur les conditions de rupture du régime de semi-liberté de Jean-Marc Rouillan, lire le billet sur le blog Agone, sur l'analyse, par la juriste et professeure à l'Université de Reims Martine Herzog-Evans, lire le billet suivant ; compléments à lire sur Libé Marseille. Sur les réactions de soutien de la LCR-NPA, du Mrap, de Droits devant !, etc. lire également sur Libé Marseille.