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  <title>éditions Agone</title>
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  <description>Blog des éditions Agone</description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Fri, 24 May 2013 23:10:31 +0200</pubDate>
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    <title>Les aliens</title>
    <link>http://blog.agone.org/post/2013/04/28/Les-aliens</link>
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    <pubDate>Sun, 28 Apr 2013 13:43:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agone</dc:creator>
        <category>La chronique d'Alain Accardo</category>
        <category>Changement-social</category><category>Classes-moyennes</category><category>Style-de-vie</category>    
    <description>&lt;h4&gt;De nombreux articles que je lis ont pour objet d’examiner les causes et les
effets de la crise du système capitaliste dans le monde. Bien que je sois
depuis longtemps édifié sur la malfaisance du capitalisme et passablement
instruit de ses principales évolutions, je lis ces textes avec attention parce
que j’y trouve toujours matière à combler l’une ou l’autre de mes nombreuses
lacunes et que, pour ce que j’en sais déjà, ils me rafraîchissent utilement la
mémoire. À défaut de pouvoir en parler plus longuement, je me bornerai à
faire ici une remarque que j’ai déjà eu l’occasion de développer ailleurs mais
qu’il me paraît nécessaire de réitérer aussi souvent qu’il est question
d’analyse critique du capitalisme. Cette remarque est la suivante.&lt;/h4&gt;    &lt;p&gt;Alors que les théoriciens révolutionnaires d’hier et d’aujourd’hui
rivalisent d’intelligence pour décortiquer le fonctionnement des structures
politico-économiques objectives de la machinerie capitaliste, jusque dans ses
moindres rouages, y compris dans les dimensions qui font le plus appel au
symbolique (comme le nouveau management, la gestion des ressources humaines ou
l’ingénierie sociale), ils restent d’une relative discrétion quand il s’agit
d’examiner plus précisément les &lt;em&gt;manifestations actuelles de
l’aliénation&lt;/em&gt; des travailleurs (en particulier ceux des classes moyennes)
par et dans le système qui les exploite et les opprime de mille façons.
Pourquoi cette retenue dans la mise en évidence des formes prises par un
phénomène dont on s’accorde depuis longtemps, et pas seulement dans la
tradition marxiste, à souligner l’ampleur et la gravité ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute la crainte bien connue de « désespérer Billancourt » et
de démobiliser les masses. À quoi s’ajoute probablement, aujourd’hui plus
que jamais, une forme de &lt;em&gt;politiquement-correct&lt;/em&gt; humaniste de gauche qui
s’interdit de porter atteinte à l’image du bon peuple (naguère du bon prolo,
désormais du bon salarié) combatif, lucide, généreux, inventif et déterminé,
dont la théorie affirme par ailleurs abstraitement que son être est
profondément aliéné.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ne serait-ce pas, plus fondamentalement, parce qu’à pousser trop loin
la critique des aliénations on déboucherait nécessairement sur une critique des
mœurs et donc, peu ou prou, sur une autocritique ; ne serait-ce pas qu’à
trop détailler les visages de l’aliénation on sait (mais sans le savoir, parce
qu’on préfère l’oublier entre-temps) qu’on verra apparaître inévitablement le
consternant, le révoltant, l’abject visage du bonheur dans la servitude,
affreusement révélateur des dégâts causés aux humains (individus et
collectivités) par leur socialisation sous le joug de l’argent-roi. Des humains
qui ne s’appartiennent plus et qui restent voués, &lt;em&gt;corps et âme&lt;/em&gt;, à leur
maître, le Capital, même s’il leur arrive de grogner un peu. Des humains
tellement aliénés qu’ils confondent dérèglement libertaire et libération,
infantilisation et émancipation, abandon aux pulsions et lutte contre le
système.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu d’observateurs s’interrogent sur la persistance de cette étrange et
paradoxale félicité de l’aliéné amoureux du mal qui le tue. Or c’est bien là le
problème qui se pose aux soi-disant citoyens des prétendues démocraties
aujourd’hui, y compris « de gauche » : si nous restons
irrémédiablement enlisés dans « la crise », n’est-ce pas parce que,
pour en sortir, il faudrait non seulement rompre avec la logique économique
capitaliste et répudier l’imposture de la démocratie bourgeoise qui en est
l’expression politique – programme déjà colossal –, mais il faudrait encore,
sinon abandonner totalement le style de vie qui a notre faveur et que le
capitalisme occidental et ses classes moyennes ont érigé en modèle universel,
du moins l’amender sérieusement ? C’est ce style vie calamiteux,
matériellement et moralement destructeur, dont les conditions permissives sont
la croissance indéfinie, la productivité sans aucune régulation et la
consommation à outrance, qui fait le bonheur à l’américaine, déjà atteint par
les uns, ardemment souhaité par les autres, de l’immense majorité des
contemporains, en même temps qu’il est la source objective de la plupart des
maux qui les tourmentent et qu’ils ont appris à aimer, comme le drogué sa
drogue. Il faudrait pouvoir nous désintoxiquer du capitalisme en changeant de
style de vie, car c’est en lui et par lui que se concentrent et se reproduisent
toutes nos aliénations. Cela serait une véritable révolution. Encore
faudrait-il la vouloir vraiment et cesser de croire qu’on peut vivre comme des
capitalistes en évitant de retomber dans les horreurs du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;Alain Accardo&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;——&lt;br /&gt;
Chronique parue dans le journal &lt;em&gt;La Décroissance&lt;/em&gt; du mois de mars
2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du même auteur, à paraître, &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://atheles.org/agone/elements/denotreservitudeinvolontaire&quot;&gt;De notre
servitude involontaire&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, (Agone, coll. « Éléments », mai
2013).&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Un « président normal » pour une France normalisée</title>
    <link>http://blog.agone.org/post/2013/04/24/Un-%C2%AB%C2%A0pr%C3%A9sident-normal%C2%A0%C2%BB-pour-une-France-normalis%C3%A9e</link>
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    <pubDate>Wed, 24 Apr 2013 15:36:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agone</dc:creator>
        <category>La chronique de Jean-Pierre Garnier</category>
        <category>Hollande-François</category><category>Parti-socialiste</category>    
    <description>&lt;h4&gt;L’an 2011 avait été celui du « Printemps arabe », du mouvement
des Indignés en Espagne et d'Occupy Wall Street au État-Unis. Tandis que peuple
grec exprimait sur la place Syntagma à Athènes son rejet des diktats imposés
par la « troïka » capitaliste, des foules de gens en colère
manifestaient pour en finir avec une dictature policière et la corruption des
dirigeants, sinon pour protester contre les politiques d’austérité inspirées
par banquiers et menées par les partis politiques à leur solde, ou encore pour
fustiger globalement « la Finance » dont les agissements spéculatifs
venaient de jeter à la rue des milliers d’habitants.&lt;/h4&gt;    &lt;p&gt;Rien de tout cela dans une France assoupie après la défaite cuisante contre
la réforme des retraites. Le seul mouvement de masse au cours de cette même
année avait été, le 25 juin, la « marche citoyenne des fiertés »
rassemblant dans la capitale des milliers de fiers citoyens soucieux de
manifester, non pas leur rejet d’un gouvernement qui continuait à mener tambour
battant sa politique de démantèlement des conquêtes sociales, mais leur
différence en matière de sexualité. Au-dessus du trio Bertrand Delanöe-Eva
Joly-Arielle Dombasle, qui plastronnaient en tête en tant que parrains,
flottait une bannière avec ce slogan « En 2011, je marche. En 2012, je
vote. » Et ils ont voté. Pour qui ? Dans leur immense majorité pour
celui qui allait se présenter à leurs yeux comme un président
« normal », par contraste avec son prédécesseur, qui concentrait sur
lui toute leur détestation, l’hyper-réactif et hyper-réactionnaire Nicolas
Sakozy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne reviendra que pour mémoire sur le discours de campagne de François
Hollande au Bourget, où celui-ci, pour galvaniser ses supporters, avait
déclaré, lui aussi, la guerre à « la Finance », cet
« adversaire » qui n’avait « pas de nom ni de visage ».
Pour peu qu’on se tienne informé par d’autres canaux que les médias dominants,
on savait pourtant que ledit ennemi avait plusieurs noms et plusieurs visages,
ceux, entre autres, des banquiers et des entrepreneurs du Cac 40, ainsi
que des économistes néo-libéraux qui conseillaient le vitupérateur. Bien plus,
on savait aussi que, après avoir constitué une partie de l’entourage du
président précédent, ces conseillers à gage s’apprêtaient à faire de même avec
son successeur. Sauf à croire qu’en changeant de lunettes pour ajouter une
touche de sérieux à son look de présidentiable François Hollande aurait
souffert d’une perte d’acuité de sa vision, il était évident pour lui que ces
soi-disant ennemis étaient de ses amis et qu’il pouvait compter sur eux comme
eux pouvaient compter sur lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inutile donc de s’étendre longuement sur la politique qui s’ensuivit et qui
consista à faire avaler au « peuple de gauche », comme on disait au
temps où la gauche politique existait encore en France, ce que la droite, même
« décomplexée », n’osait pas lui imposer. Le résultat est là :
signature du Traité européen intégrant l'inique « règle d'or » avec
un additif dérisoire sur la « croissance », cure d’austérité
renforcée, compression des dépenses sociales, hausse des impôts, flexibilité
accrue du marché du travail, etc. Accentuation de l’orientation sécuritaire en
matière de maintien de l’ordre. Alignement en politique étrangère sur la
« lutte contre le terrorisme » menée conjointement par les
États-Unis, Israël et les autres pays européens, avec comme prochaines cibles
les régimes syriens et iraniens. Et pour couronner, provisoirement, le tout,
une coûteuse expédition néocoloniale au Mali sous un prétexte humanitaire pour
permettre aux firmes françaises de continuer à piller et dévaster la
Françafrique ; tout en offrant à Lagardère et autres marchands de mort des
débouchés lucratifs, alors que la population française était sommée de se
serrer davantage la ceinture pour rétablir l’équilibre des comptes publics…
Bref, ce qu’on appelait la « deuxième gauche » vers la fin des années
1970, devenue hégémonique au cours de la calamiteuse décennie Mitterrand suivie
des piteuses années Jospin, a franchi, une fois de retour au pouvoir, un pas
supplémentaire et décisif dans la droitisation au point que seule l’étiquette
politicienne « degauche » qui lui reste accolée pour entretenir la
fiction d’un « pluralisme démocratique » peut la distinguer
maintenant de la droite traditionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amalgame simpliste et réducteur, rétorquerons ses intellectuels organiques
qui tiennent tribune dans &lt;em&gt;Libération&lt;/em&gt;, au &lt;em&gt;Monde&lt;/em&gt;, à
&lt;em&gt;Télérama&lt;/em&gt;, aux &lt;em&gt;InRockuptibles&lt;/em&gt;, qui pontifient sur
France-Culture et pavoisent sur Arte : vous oubliez l’essentiel, à savoir
la loi pour le mariage pour tous. N’a t-on pas vu descendre dans la rue des
dizaines de milliers de manifestant-e-s à deux reprises, une fois pour la
réclamer puis pour la soutenir ? Effectivement, tandis que les troupes
françaises débarquaient au Mali sans que les Français aient été même prévenus,
ni les parlementaires consultés, à l’appel d’une marionnette mise en place par
l’ancienne puissance coloniale pour donner un semblant de consistance à un
régime fantoche déliquescent garant des intérêts capitalistes français dans la
région, une marée humaine envahissait joyeusement les boulevards pour célébrer
l’avènement promis du « mariage pour tous » – et, pour les plus
technophiles, réclamer en prime la procréation assistée pour les couples
homosexuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela dans une période où s’intensifiait la régression sociale
orchestrée par un social-libéralisme de moins en moins social et de plus en
plus libéral. « Nous voulons nous marier et avoir des enfants comme
tout le monde ! », exigeait une foule en liesse. Voilà au moins des
« avancées sociétales » (comme disent les sociologues
d’accompagnement) qui ne coûtent pas un euro aux possédants tout en ayant
l’avantage de rapporter gros à leurs supplétifs politiques et leurs clientèles
électorales. L’émancipation collective qui mobilisait jadis le « peuple de
gauche » est, comme chacun sait, une revendication dépassée aux yeux de
cette « classe créative » qui forme l'avant-garde émancipée ayant
porté ce président socialiste à l’Élysée. Seule compte pour elle des
aspirations individualistes qui supportent mal la comparaison avec les idéaux
communistes de feu le mouvement ouvrier. Ce programme n’est même plus
social-démocrate, mais social-médiocrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu après la victoire électorale de Nicolas Sarkozy contre Ségolène Royal
lors de la présidentielle de 2007, Alain Badiou pronostiquait sans rire,
« la mort de l'intellectuel de gauche, qui, se félicitait-il, allait
sombrer en même temps que la gauche tout entière, avant de renaître de ses
cendres comme le phénix ! ». Une renaissance qui, selon lui, ne
pouvait s’effectuer « que selon le partage : ou radicalisme politique
de type nouveau, ou ralliement réactionnaire. Pas de milieu &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2013/04/24/#pnote-730729-1&quot; id=&quot;rev-pnote-730729-1&quot; name=&quot;rev-pnote-730729-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;». En fait, ladite gauche, à défaut de
sombrer, s’était déjà, dès le début des années 1980, métamorphosée en une
deuxième droite, mutation symbolisée par le « tournant de la
rigueur ». Un tournant que personne parmi l’intelligentisa
« marxiste » n’avait vu venir, alors qu’il avait été activement
préparé durant la décennie précédente avec l’aide leurs homologues
« réformistes » ralliés depuis longtemps à l’ordre capitaliste.
« Pas de milieu » ? N’en déplaise au Grand Timonier de la rue
d'Ulm, la soi-disant gauche revenue au pouvoir en 2012 renoue, dans ses
pratiques comme dans ses discours, avec la tradition d’une certaine droite,
celle précisément « du juste milieu ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous ne sommes plus au xixe siècle et dans la première moitié
début du xxe siècle, quand la bourgeoisie, pour assurer son hégémonie face
à la menace des assauts prolétariens, devait satisfaire, au moins en partie,
les intérêts de l’ancienne petite bourgeoisie (petits paysans, artisans,
commerçants, professions libérales traditionnelles). Legs d’un stade antérieur
du capitalisme, la petite production marchande, cette petite bourgeoisie,
également traditionaliste, fonctionnait comme classe-appui conservatrice au
service de la grande. Par la suite, la modernisation du système capitaliste est
allée de pair avec l’essor d’une nouvelle classe intermédiaire, diplômée et
salariée, préposée d’une manière ou d’une autre, directement ou non, à
l’encadrement des classes populaires (ingénieurs, cadres, techniciens,
enseignants, chercheurs, créateurs et « créatifs » en tout
genre) ; soit, plus précisément, aux tâches de médiation (conception,
organisation contrôle, inculcation) garantissant la reproduction des rapports
de domination entre dirigeants (privés ou étatiques) et exécutants (ouvriers et
employés). Cependant, alors que l’importance de cette classe médiane et
médiatrice, qui fait fructifier son capital intellectuel (scolaire et culturel)
en faisant le lien, sous le signe de l’« innovation », entre
bourgeoisie et prolétariat était allé croissante sur les plans démographiques,
économiques, politiques et idéologiques, l’existence et la fonction historique
de ce « troisième larron de l’Histoire » semblaient (et semblent
toujours) avoir échappé au regard perçant des « intellectuels
critiques » issus de ses rangs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute eût-il fallu, pour qu’il en fût autrement, que les experts ès
luttes de classes qui avaient proliféré dans les appareils universitaires après
Mai 68, à la faveur de la mise en place de la « nouvelle
société » puis du « libéralisme avancé », daignent appliquer à
la leur, la petite bourgeoisie intellectuelle (PBI), les outils d’analyse dont
ils faisaient par ailleurs amplement usage pour interpréter les transformations
en cours du reste de la société. Mais cela, il est vrai, eût été et reste en
grande de partie pour elle suicidaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d’être intronisé « nouveau philosophe », André Glucksmann
avait dévoilé, dans un article au vitriole qu’il devait renier par la suite, la
raison de l’incapacité de la PBI, marxiste ou non, à rendre compte de sa propre
raison d’être et de ce qui en découlait quant à son rôle historique. Comparant
l’irrésistible ascension de ce qu’on appelait encore alors les « nouvelles
couches moyennes » au cours des années d’après-guerre en France à celle de
la bourgeoisie humaniste et progressiste de l’ère de Lumières, Glucksmann
affirmait que « le propre d’une classe montante, c’est de s’avancer
masquée ». Y compris, très souvent. à ses propres yeux. Comme la
bourgeoisie plus de deux siècles auparavant, c’est au nom du peuple, en effet,
que la PBI fera valoir ses aspirations à postuler au statut de classe
dirigeante en lieu et place de la précédente. Mais alors que la première, sitôt
affermi son pouvoir, s’était empressée de troquer le concept conflictuel de
« peuple » pour celui, plus consensuel, de « nation »,
quand ce n’est pas d’« humanité » prise dans son ensemble, les élites
néo-petites bourgeoises, qu’avait radicalisées leur frustration de demeurer
écartées de la direction politique de la société, vont livrer bataille contre
la bourgeoisie au nom du prolétariat ou de la classe ouvrière – voire,
tiers-mondisme aidant, des « damnés de la terre ». D’où le rappel à
l’ordre de Glucksmann, maoïste à l’époque, dans l’article cité dont l’intitulé
résume le propos : « Nous ne sommes pas tous des
prolétaires &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2013/04/24/#pnote-730729-2&quot; id=&quot;rev-pnote-730729-2&quot; name=&quot;rev-pnote-730729-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd’hui, bien sûr, l’accession de la PBI, via ses politiciens
roses-verts, au statut de classe régnante – à défaut d’être réellement
dirigeante, ce qui aurait supposé qu’elle soit parvenue à l’emporter sur la
classe dominante désormais transnationalisée alors qu’elle lui est totalement
inféodée –, la dispense désormais de se présenter comme la porte-parole des
dominés. Le concept de « domination » est d’ailleurs lui-même
considéré par ses penseurs comme relevant d’une « langue de bois
surannée ». Comme évidemment celui d’« exploitation ». Quant au
concept de « classe », il a quasiment disparu du vocabulaire autorisé
dans les sciences sociales et ne subsiste plus que pour noyer l’identité et la
spécificité de la PBI dans ce magma inclassable dénommé « classes
moyennes » ; ou, au contraire, pour la valoriser sur le mode de
l’autocélébration sous l’appellation scientifiquement incontrôlée mais
médiatiquement certifiée de « classe créative ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-être pourra-t-on objecter qu’à côté du « ralliement
réactionnaire » dans lequel persiste effectivement une grande partie de
l’intelligentsia française depuis le milieu des années 1970 et surtout 1980 –
confirmant le jugement abrupte mais parfaitement fondé de l’historien marxiste
Perry Anderson, selon qui « Paris est aujourd’hui la capitale de la
réaction intellectuelle en Europe &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2013/04/24/#pnote-730729-3&quot; id=&quot;rev-pnote-730729-3&quot; name=&quot;rev-pnote-730729-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;» –, une minorité,
mettant à profit la « faillite du modèle néo-libéral », opte à
l’inverse pour le « radicalisme politique d’un type nouveau » prôné
par Alain Badiou. Encore faut-il s’entendre sur ce que désigne cette
formulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans aborder ici la question de son contenu théorique – ce qui exigerait au
moins un ouvrage entier qui ne ferait que s’ajouter aux piles de ceux déjà
publiés depuis une bonne dizaine d’années –, on peut noter que ce radicalisme
politique n’est guère « nouveau » dans la mesure où il renoue, dans
la manière dont il s’exprime, avec une vieille pratique qui remonte à la fin du
xixe siècle : le « socialisme de la chaire ». Certes, à
différence de ce dernier, professé par d’honorables universitaires, économistes
ou sociologues pour la plupart férus de « réformisme » et intégrés à
ce titre dans les instances dirigeantes des partis sociaux-démocrates, le
radicalisme en vogue aujourd’hui chez certains jeunes philosophes, historiens,
sociologues et géographes français est le fait de diplômés non encartés qui se
veulent résolument anticapitalistes. Une résolution qui, cependant, ne les
pousse jamais à se poser les problèmes concrets d’organisation et de stratégie,
et encore moins à essayer de passer de la théorie à la pratique. Si pratique il
y a pour ces marxistes académiques, elle ne peut-être autre que… théorique,
selon un précepte préconisé et mis en œuvre par Louis Althusser,
révolutionnaire de salles de cours qui reste une référence pour nombre d’entre
eux. Pour le reste, ils se borneront à faire comme tout le monde ou
presque : aller voter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le modèle éprouvé made in USA du « radicalisme de campus » où,
dans des établissements d’enseignement supérieur huppés, des professeurs
livrent à des étudiants des classes privilégiées soucieux de parfaire leur
culture générale de savantes théorisations critiques sur les diverses facettes
du monde capitaliste sans que le règne de la bourgeoisie en soit le moins du
monde perturbé, c’est dans l’ambiance feutrée des séminaires universitaires ou
le cadre solennel des amphithéâtres de la Sorbonne ou d’ailleurs, quand ce
n’est pas celui, plus intime, des librairies ou les cafés branchés, que les
marxistes de la chaire hexagonaux dissertent jusqu’à plus soif des moyens de
mettre Marx « en phase avec le XXe siècle ». Ainsi est-ce à qui
excellera le plus dans l’art de « prolonger »,
« actualiser » et « compléter » sa pensée, les derniers
dans cet exercice n’étant pas les vieux marxistes d’appareil, revenus de leurs
errements staliniens, trotskistes ou maoïstes et qui, après avoir falsifié,
édulcoré et censuré cette pensée pendant des décennies, prétendent, au soir
leur vie, la restituer dans son intégralité et son intégrité. Ce qui les amène
la plupart du temps à découvrir la lune, encore partiellement cachée toutefois,
puisque leurs redécouvertes consistent à piocher à leur convenance, sans
toujours citer les auteurs, dans les écrits de d'Anton Ciliga, de Waclav
Makhaïski, de Karl Korsch, d'Otto Rühle, de Paulo Mattick, d'Anton Pannekeok et
autres communistes dissidents du début du siècle dernier, ou encore dans
collection, plus récente, des revues Arguments et Socialisme ou barbarie. Si
nouveauté il y a, en fin de compte, elle est avant tout d’ordre générationnel
puisque c’est au sein d’une nouvelle vague de néo-petits bourgeois que le
« retour de Marx » commence à prendre racine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce retour a donné lieu à une multitude de « dossiers » et de
« numéros spéciaux », y compris dans la presse de marché, comme si
les journaleux qui y officient et les patrons qui les contrôlent savaient à
quoi s’en tenir sur sa portée subversive. Dans le lot de ces publications où
Marx est encensé au lieu d’être voué aux gémonies, comme cela est la règle
d’ordinaire, il convient de retenir-un hors série du Monde, intitulé
« Marx l’irréductible » &lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2013/04/24/''sic''&quot; title=&quot;''sic''&quot;&gt;''sic''&lt;/a&gt;
paru en 2011, où, au milieu de quelques signatures habituelles et obligées,
apparaît celle de quelqu’un qu’on n’aurait guère attendu en pareille compagnie,
et qui n’est autre que François Hollande. À l’époque où il n’était encore que
le Premier secrétaire du PS, il avait gratifié les lecteurs d’un hebdomadaire
situé « à gauche de la gauche » officielle d’un commentaire gratiné
sur le Manifeste communiste avec un titre qui ne l’était pas moins venant d’un
apparatchik de la deuxième droite : « Un texte de combat, une
invitation à la réflexion &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2013/04/24/#pnote-730729-4&quot; id=&quot;rev-pnote-730729-4&quot; name=&quot;rev-pnote-730729-4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;. » Mais c’est
en tant que candidat à l’élection présidentielle de 2012 que son commentaire
fut jugé digne d’être exhumé et porté à la connaissance des lecteurs du
supplément du Monde consacré Marx sous la rubrique « Comment lire le
manifeste ? ». Une lecture qui se réduit, dans le cas de Hollande, à
une série de platitudes sur « la libération humaine qui est par essence
une processus inachevé ». Si le ridicule tuait encore en France, certains
arrondissements parisiens ne seraient plus qu’un vaste cimetière. Mais il en
faudrait plus pour dissuader notre gauche radicale autoproclamée de céder à sa
pulsion électoraliste. Impossible de dresser la liste, car elle serait
interminable, des foudres de guerre de classe sur le papier qui sont allés
sagement déposer un bulletin dans l’urne, non seulement, au premier tour de la
présidentielle de 2012, en faveur d’un sémillant sénateur prônant une
« insurrection citoyenne » mais encore au second tour, sur
recommandation expresse de ce dernier, pour un énarque aussi solennel que
falot, candidat surprise ayant remplacé au pied levé le préféré du Parti de
Solférino et des milieux d’affaires, écarté pour cause de lubricité non
contrôlée mais à qui sans nul doute, féministes mises à part, les radicaux de
campus, sous l'alibi d'antisarkozysme, auraient également apporté leurs
voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant dire, au vu de tout ce qui précède, que l’« exception
française » que constituait un pays qui passait pour celui des
insurrections populaires et des révolutions, avec des intellectuels activement
engagés pour les faire aboutir, appartient pour le moment bel et bien au
passé.&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;Jean-Pierre Garnier&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;——&lt;br /&gt;
Du même auteur, vient de paraître, avec Louis Janover, aux éditions
Agone : &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://atheles.org/agone/contrefeux/ladeuxiemedroite/&quot;&gt;La Deuxième
Droite&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2013).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;
&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2013/04/24/#rev-pnote-730729-1&quot; id=&quot;pnote-730729-1&quot; name=&quot;pnote-730729-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Alain Badiou, Entretien n° 972, &lt;em&gt;Le Monde&lt;/em&gt;,
14 juillet 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2013/04/24/#rev-pnote-730729-2&quot; id=&quot;pnote-730729-2&quot; name=&quot;pnote-730729-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] André Glucksmann, &lt;em&gt;Les Temps modernes&lt;/em&gt;, n° 330
et 331, janvier et février 1974.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2013/04/24/#rev-pnote-730729-3&quot; id=&quot;pnote-730729-3&quot; name=&quot;pnote-730729-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] Perry Anderson, &lt;em&gt;In the tracks of historical
materialism&lt;/em&gt;, Verso 1983.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2013/04/24/#rev-pnote-730729-4&quot; id=&quot;pnote-730729-4&quot; name=&quot;pnote-730729-4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;em&gt;Regards&lt;/em&gt;, n° 34, mai 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://blog.agone.org/post/2013/04/24/Un-%C2%AB%C2%A0pr%C3%A9sident-normal%C2%A0%C2%BB-pour-une-France-normalis%C3%A9e#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Cassez-vous !</title>
    <link>http://blog.agone.org/post/2013/02/04/Cassez-vous</link>
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    <pubDate>Mon, 04 Feb 2013 10:08:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Agone</dc:creator>
        <category>La chronique d'Alain Accardo</category>
        <category>Changement-social</category>    
    <description>&lt;h4&gt;Il semblerait qu’une mode nouvelle fasse fureur parmi les nouveaux riches,
j’entends ceux que l’industrie culturelle de masse (écrivains, cinéastes,
acteurs, chanteurs, sportifs, etc.) a propulsés à des niveaux de fortune sans
commune mesure avec leur talent quel qu’il soit.&lt;/h4&gt;    &lt;p&gt;Installés en quelques années, voire en quelques mois, au sommet d’une
montagne de droits d’auteurs, de salaires démesurés, de cachets publicitaires
prodigieux, de royalties faramineuses, ils regardent du haut du trône où les a
placés, à tort ou à raison, l’engouement médiatiquement attisé de millions de
consommateurs, la foule innombrable de leurs concitoyens moins chanceux qui
s’exténuent à courir après le métro, le boulot et le dodo. Convaincus qu’ils ne
doivent leur réussite qu’à leur seul génie personnel, ils trouvent que ces
légions de gens ordinaires sont des gagne-petit minables menant une vie
forcément dépourvue d’intérêt puisqu’ils n’ont ni un compte bancaire en Suisse,
ni une résidence aux îles Caïman, ni une Ferrari dans leur garage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, écœurés par le spectacle déprimant de cette existence impécunieuse et
sans souffle, mais incapables de réaliser que c’est à cette médiocrité ambiante
même qu’ils doivent leur propre statut d’idoles, ils laissent tomber ce verdict
dédaigneux et désabusé : « J’en ai marre de ce pays, il n’est pas
digne de moi, je ne me sens plus Français, je me casse. Allez, ciao bande de
minus franchouillards, je m’évade, je vous laisse macérer dans votre cul de
basse-fosse hexagonale, dans le jus aigrelet de votre ressentiment, enfermés
dans le cagibi étouffant de vos réglementations tatillonnes, moi je passe par
le soupirail, je me tire, à moi l’air pur, les grands espaces &lt;em&gt;offshore&lt;/em&gt;
et les vastes ciels bleus des paradis fiscaux, à moi la &lt;em&gt;dolce vita&lt;/em&gt;, à
moi la pluie d’or, à moi la liberté ! Et que les traîne-savates se
démerdent dans ce pays de merde ! Rien à cirer ! »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pauvres petits-bourgeois gentilshommes, nouveaux émigrés de l’aristocratie
d’argent, si vous aviez seulement moitié autant de lucidité que vous avez
d’argent, vous comprendriez que votre évasion n’est qu’une fuite en avant vouée
à l’échec et que vous vous mentez à vous-même en présentant comme une soif de
liberté ce qui n’a jamais été qu’une &lt;em&gt;auri sacra fames&lt;/em&gt;, un exécrable
appétit pour le pognon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En vérité, vous ne trouverez pas ce que vous allez chercher ailleurs, car
votre argent, si facile et abondant soit-il, ne pourra pas acquérir ce qui vous
manque cruellement. Votre fortune ne permet d’acheter que des sensations, comme
celles que fabriquent les industries du luxe ; des sensations
superficielles et fugaces par nature, à renouveler constamment et qui
deviennent votre drogue. Vous pouvez bien acheter des sensations, mais pas du
sens. Celui-ci ne se vend pas chez Gucci, ni chez LVMH, ni chez Maserati, ni
chez Hermès, pas plus qu’à la City, à Wall Street ou à Moscou. Il ne se déguste
pas comme un alcool et ne s’injecte pas comme de l’héroïne. Vous pouvez
toujours partir en expédition au &lt;em&gt;Far West&lt;/em&gt; ou au &lt;em&gt;Far East&lt;/em&gt;,
vous n’y rencontrerez pas ce à quoi vous aspirez sans savoir le définir. Ce que
vous essayez de fuir, en alléguant tantôt un impôt « confiscatoire »,
tantôt un climat de tracasserie administrative, tantôt une insuffisance
d’esprit d’entreprise, ou encore l’atonie de la vie culturelle, c’est en
réalité l’insupportable sentiment d’absurdité et de dérision toujours prêt à
vous envahir dès l’instant que vous ne le tenez plus à distance au moyen de
votre argent et des divertissements incessants qu’il vous procure. Engendrés
par un monde en crise, formatés par un microcosme sans autre foi qu’un égotisme
inconsistant et sans autre loi que celle de l’argent, condamnés à disputer une
perpétuelle Transat en solitaire, vous espérez trouver ailleurs un supplément
de légitimité pour vous donner la certitude que votre réussite mondaine, vos
biens, vos oeuvres, font de vous quelque chose de plus que des marionnettes du
show-biz et que votre vie pèse plus qu’un pet-de-nonne. Je vous accorde que la
France actuelle n’est pas, loin s’en faut, le cadre idéal pour une vie
épanouissante. Mais a-t-on jamais trouvé d’oasis ailleurs que dans les
déserts ? En France pas moins qu’ailleurs : le capitalisme mondialisé
a les mêmes effets déstructurants partout. Les « stars » de la
&lt;em&gt;jet-set&lt;/em&gt; internationale en sont, comme vous, la triste illustration, à
qui pourrait s’appliquer le mot du poète latin Horace : « C’est
de ciel qu’ils changent, et non pas d’âme, ceux qui courent à travers les
mers. » Si vous voulez vraiment changer le monde, il y a largement de quoi
vous occuper en France. Si vous voulez changer seulement de fuseau horaire,
alors bon vent, on vous oubliera vite. Et votre départ assainira
l’atmosphère.&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;Alain Accardo&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Chronique parue dans le journal &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ladecroissance.net&quot;&gt;La Décroissance&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, du mois de février
2013.&lt;br /&gt;
——&lt;br /&gt;
Alain Accardo a publié plusieurs livres aux éditions Agone : &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/denotreservitudeinvolontaire&quot;&gt;De notre servitude
involontaire&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2001), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/introductionaunesociologiecritique&quot;&gt;Introduction à une
sociologie critique&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2006), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/journalistesprecairesjournalistesauquotidien&quot;&gt;Journalistes
précaires, journalistes au quotidien&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2006), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/lepetitbourgeoisgentilhomme&quot;&gt;Le Petit Bourgeois
Gentilhomme&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2009), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/engagements&quot;&gt;Engagements. Chroniques et autres textes
(2000-2010)&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2011).&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Un nouvel avatar de la « politique de la ville »</title>
    <link>http://blog.agone.org/post/1970/01/01/Un-nouvel-avatar-de-la-politique-de-la-ville</link>
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    <pubDate>Mon, 21 Jan 2013 19:00:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Agone</dc:creator>
        <category>La chronique de Jean-Pierre Garnier</category>
        <category>Contrôle-social</category><category>Ségrégation-sociale</category><category>ville</category>    
    <description>&lt;h3&gt;Après les « zones de sécurité prioritaires », l'enfumage
participatif&lt;/h3&gt;
&lt;h4&gt;Qu’on se le dise : la « politique de la ville » va connaître
un tournant. Ce n’est pas le premier. Depuis les fin des années 1970, elle en a
connu d’autres, sous cette appellation ou non, avec les résultats que l’on
sait. Mais celui-ci serait une fois de plus décisif si l’on en croit
l’orchestration médiatique dont il bénéficie.&lt;/h4&gt;    &lt;p&gt;Pour saluer ce tournant, l’un des deux quotidiens du social-libéralisme en a
fait sa une avec ce titre triomphaliste : « La banlieue passe à
l’acte » (&lt;em&gt;Libération&lt;/em&gt;, 9 janvier 2013). Certainement pas à
l’attaque, effectivement, puisque c’est dans une nouvelle forme de pacification
« &lt;em&gt;soft&lt;/em&gt; » que les jeunes habitants des « cités »
sont appelées à s’engager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La date choisie par le journal d’Edmond Rothschild pour faire part à ses
lecteurs de l’importance de l’événement n’était pas due au hasard. Le même
jour, le ministre délégué à la Ville, François Lamy, se rendait à Bobigny pour
une première « rencontre de concertation » avec les habitants des
quartiers. Avec la « participation », la « concertation » est en
effet l’un des maîtres mots résumant le nouveau cours de la « politique de
la ville ». Ce qui, à première vue, pourrait surprendre tant ces slogans creux
sont usés à force d’avoir accompagné le lancement des plans calamiteux qui se
sont succédé depuis les années 1980 pour résoudre la « crise des
banlieues ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu’à cela ne tienne ! Il suffira de changer le sens des mots pour
donner un tour novateur à ce qu’ils désignent. Pour ce faire, un
« concept » importé d’outre-Atlantique est mis en avant,
l’« &lt;em&gt;empowerment&lt;/em&gt; ». Si l’on s’en tient à sa définition officielle
– que les adeptes hexagonaux de la politique qu’il recouvre se sont contentés
de traduire mais gardant le terme dans sa langue originelle (pour faire savant
en même temps que paraître faire du neuf) –, il s’agirait de « donner du
pouvoir » aux gens qui en sont dépourvus, à ces citadins de deuxième zone
parqués dans les zones de relégation, pour en faire des acteurs à part entière,
et non plus de simples figurants, dans la « réhabilitation » de leurs
quartiers. Car, comme le soulignait finement l’un des plumitifs de &amp;quot;Libération&amp;quot;
dans le même dossier, si le « bilan urbain de la rénovation urbaine est
positif » – sans préciser pour qui –, le « bilan humain »
laisserait beaucoup à désirer. « Les gens ont l’impression que ces
politiques se menaient hors d’eux. Et parfois contre d’eux, déplorait ainsi un
leader associatif assermenté. C’est terrible, parce que cela les a éloignés
encore davantage de la politique. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion, dès lors, va de soi : pour les rapprocher de « la
politique » et, donc, en premier lieu, des politiciens du PS (qui comptent
bien tirer les bénéfices électoraux de ce rapprochement par le biais du droit
de vote accordé aux habitants d’origine étrangère), pourquoi ne pas les
persuader de « s’impliquer » (autre maître mot de l’idéologie
participationniste) dans la mise en œuvre de la « politique de la ville ».
Étant entendu, bien que cela ne soit pas crié sur les toits des barres et des
tours, qu’ils resteront plus que jamais tenus à l’écart de la définition les
grandes lignes de cette politique, de même que de celles de l’aménagement
urbain en général et, au-delà, de la politique économique qui,
« rigueur » accrue aidant, ne fera que « défavoriser »
davantage les « quartiers » qui le sont déjà.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l’&amp;quot;empowerment&amp;quot; n’est pas tant un nouveau « concept » qu'un
ensemble de recettes. Testées et théorisées par Saul Alinsky, sociologue et
activiste étasunien, « radical » autoproclamé et reconnu comme tel
par la Revue des livres (peu regardante, il est vrai, quant à l’usage
inflationniste, dans ses colonnes notamment, de ce qualificatif), ces recettes
furent mises en œuvre dans les quartiers pauvres des États-Unis au cours des
années 1960, au moment même où la révolte grondait dans les
ghettos &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/1970/01/01/#pnote-716136-1&quot; id=&quot;rev-pnote-716136-1&quot; name=&quot;rev-pnote-716136-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;. Ce n’était évidemment pas un hasard. Le
« &lt;em&gt;community organizing&lt;/em&gt; », dont Salinsky fut le promoteur
infatigable, ne visait pas à subvertir l’ordre capitaliste mais à neutraliser
la révolte des ghettos noirs en la canalisant et la détournant dans une voie
« positive », celle de la constitution des habitants en
« communautés » dont les représentants seraient habilités à négocier
quelques améliorations de leurs conditions d’existence en tant que citadins
avec les autorités locales voire les entreprises, sans remettre en cause le
système social dont ces conditions étaient le produit &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/1970/01/01/#pnote-716136-2&quot; id=&quot;rev-pnote-716136-2&quot; name=&quot;rev-pnote-716136-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s’agissait donc aucunement de « prendre le pouvoir », comme
en rêvaient à l’époque les leaders du Black Panther Party (emprisonnés les uns
après les autres quand ils n’étaient pas assassinés par le FBI) mais de
« dialoguer de manière conflictuelle » avec les pouvoirs en place, au
besoin en mettant un peu la pression sur eux par quelques actions collectives
extralégales – grèves des loyers, occupation de bureaux de fonctionnaires,
&lt;em&gt;sit-in&lt;/em&gt;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, le &amp;quot;community organizing&amp;quot; a peu de choses à voir avec
l’auto-détermination des fins et l’auto-organisation des moyens des couches
dominées dans une perspective de lutte contre la domination et l’exploitation
capitalistes. Il suppose l’existence d’« organisateurs », c’est-à-dire de
spécialistes formés à l’« animation », puisés parmi les militants
associatifs les plus dynamiques des quartiers populaires, mais aussi les plus
« responsables » ; eux-mêmes cornaqués par des universitaires, issus
eux aussi, si possible, du milieu à encadrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, c’est précisément là le rôle imparti en France, dans la « politique
de la ville » &lt;em&gt;new-look&lt;/em&gt;, à une élite diplômée ayant échappé à
l’« échec scolaire », c’est-à-dire à de jeunes cadres prêts à
encadrer, bénévolement, durant leurs loisirs, la jeunesse de leurs cités
(qu’ils les aient quittées ou qu’ils y soient restés) en appliquant les
préceptes de l’idéologie managériale en vigueur aussi bien dans les écoles de
commerces ou d’ingénieurs qu’ils ont fréquentées que dans leurs milieux
professionnels respectifs : « réussite »,
« coaching », « optimisation » et
« efficacité ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, ces « activistes » propres sur eux se disent
« engagés ». Mais pas au sens que revêtait ce terme à l'époque de la
« contestation » du système capitaliste. Au contraire, cet engagement
vise plutôt à le renforcer sur le « front urbain » en incitant les
jeunes gens des classes populaires à être partie prenante et agissante de la
soi-disant « politique de la ville » reliftée sous le signe, pourtant
bien défraîchi, de la « participation », auquel on ajoutera, pour
faire bon poids, l’inévitable qualificatif de « citoyenne ».
Autrement dit, il ne s’agit plus de militer contre l’ordre établi mais en sa
faveur, en l’aidant à se rétablir sur de nouvelles bases,
« démocratiques », comme l’avait noté le pape du situationnisme à
propos de la reconversion conservatrice de l’intelligentsia de gauche dans les
années 1970 &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/1970/01/01/#pnote-716136-3&quot; id=&quot;rev-pnote-716136-3&quot; name=&quot;rev-pnote-716136-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;. En réalité, sous couvert d’inciter les
habitants à « reprendre leur cité en mains », c’est à
s’« associer » à une reprise en main par l’État qu’ils sont
conviés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parallèlement à son lancement médiatique, cette stratégie est exposée sur le
mode hagiographique qui sied dans plusieurs ouvrages rédigés par des chercheurs
alignés, rompus à l’accompagnement « scientifique » des politiques
étatiques concernant « la ville », réduite en fait aux zones urbaines
dites « sensibles ». Ainsi retrouve-t-on quelques paladins de la
sociologie sociale-libérale d’inspiration tourainienne, tel Didier Lapeyronnie,
qui a troqué pour l’occasion son alter ego habituel, François Dubet, pour un
autre clone tourainien, Michel Kokoreff &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/1970/01/01/#pnote-716136-4&quot; id=&quot;rev-pnote-716136-4&quot; name=&quot;rev-pnote-716136-4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;. Figure
également dans cet aréopage de conseillers bien intentionnés à l’égard des
« cités » et de leurs habitats, l’indispensable Jacques Donzelot,
sociologue de son état et sociologue d’État, auteur d’un rapport pour le
&lt;em&gt;think tank&lt;/em&gt; « socialiste » Terra Nova, &lt;em&gt;Quartiers
populaires : mettre les gens en mouvement&lt;/em&gt;, dont l’intitulé devrait se
passer de commentaires &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/1970/01/01/#pnote-716136-5&quot; id=&quot;rev-pnote-716136-5&quot; name=&quot;rev-pnote-716136-5&quot;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;. On ne saurait
oublier, dans la liste, la sociologue Marie-Hélène Bacqué, grande prêtresse de
la « démocratie participative » et conseillère de Ségolène Royale
lors de sa résistible ascension présidentielle, qui s’est surpassée pour
intituler son nouvel opus&amp;quot; L’Empowerment, une pratique d’émancipation&amp;quot;
&lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/1970/01/01/#pnote-716136-6&quot; id=&quot;rev-pnote-716136-6&quot; name=&quot;rev-pnote-716136-6&quot;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une émancipation assez paradoxale puisque l’« initiative venue du bas
pour remontrer vers le haut », selon la définition canonique de
l’&lt;em&gt;empowerment&lt;/em&gt;, est en réalité impulsée d'en haut, c’est-à-dire par
l’État, depuis le ministère de la Ville jusqu’aux municipalités ; avec le
concours, dans les bureaux, de sociologues, géographes ou politologues à gages,
et sur le terrain, des « organisateurs ». Symbole de cet émancipation
par le haut, c’est à Marie-Hélène Bacqué et au leader associatif assermenté
déjà mentionné que le ministre de la Ville a confié une « mission
d’étude » dont les conclusions devraient servir de base à la mise en route
du « volet concertation » de la « politique de la ville ».
« Refaire la cité », comme le promet le tandem
Lapeyronnie-Kokoreff ? Ce sont plutôt leurs habitants qui risquent d’être,
une fois de plus, « refaits » !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inutile, pourtant, de s’étonner ou de s’indigner. Tout ce petit monde est
parfaitement dans son rôle. À des titres divers, en effet, ils appartiennent à
ce qu’un sociologue dissident appelle la « classe de
l’encadrement &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/1970/01/01/#pnote-716136-7&quot; id=&quot;rev-pnote-716136-7&quot; name=&quot;rev-pnote-716136-7&quot;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;» ; ou, pour rester dans la
filiation marxienne, à la « petite bourgeoisie
intellectuelle &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/1970/01/01/#pnote-716136-8&quot; id=&quot;rev-pnote-716136-8&quot; name=&quot;rev-pnote-716136-8&quot;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;». Conformément à la fonction de cette
classe dans la division capitaliste du travail, les tâches de
« médiation » auxquelles elle est préposée pour faire le lien entre
celles de direction, réservées, par définition, à la classe dirigeante, et
celles d’exécution, qui échoient aux classes populaires, correspondent  à
sa quadruple fonction : conception, organisation, contrôle et inculcation.
« Mission accomplie », pourront donc dire les idéologues et les
activistes néo-petits bourgeois de cette « politique de la ville »
une fois de plus revue et corrigée. À condition, toutefois, que ses effets
soient conformes à son impact normalisateur escompté.&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;Jean-Pierre Garnier&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;——&lt;br /&gt;
Jean-Pierre Garnier a publié aux éditions Agone : &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://atheles.org/agone/contrefeux/uneviolenceeminemmentcontemporaine/&quot;&gt;Une
violence éminemment contemporaine. Essais sur la ville, la petite-bourgeoisie
intellectuelle et l'effacement des classes populaires&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2010).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;
&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/1970/01/01/#rev-pnote-716136-1&quot; id=&quot;pnote-716136-1&quot; name=&quot;pnote-716136-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Daniel Zamora et Nic Görtz, « Être radical. Réflexions
made in USA pour radicaux pragmatiques », &lt;em&gt;La Revue des livres&lt;/em&gt;,
mai-juin 2012, n° 5&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/1970/01/01/#rev-pnote-716136-2&quot; id=&quot;pnote-716136-2&quot; name=&quot;pnote-716136-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Objet (ou sujet) d’une thèse élogieuse de l’étudiante
Hillary Rodham (avant de s’appeler Clinton), Alinsky était considéré comme un
modèle à suivre par Barak Obama quand il jouait les « éducateurs »
parmi les siens avant de devenir politicien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/1970/01/01/#rev-pnote-716136-3&quot; id=&quot;pnote-716136-3&quot; name=&quot;pnote-716136-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] Guy Debord, &lt;em&gt;Commentaires sur la société du
spectacle&lt;/em&gt; [1988], Gallimard, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/1970/01/01/#rev-pnote-716136-4&quot; id=&quot;pnote-716136-4&quot; name=&quot;pnote-716136-4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;] Didier Lapeyronnie et Michel Kokoreff, &lt;em&gt;Refaire la
cité&lt;/em&gt;, Seuil, coll. « La République des idées », 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/1970/01/01/#rev-pnote-716136-5&quot; id=&quot;pnote-716136-5&quot; name=&quot;pnote-716136-5&quot;&gt;5&lt;/a&gt;] Jacques Donzelot, &lt;em&gt;Quartiers populaires :
mettre les gens en mouvement&lt;/em&gt;, Terra Nova, Contribution n° 27,
2012.  Par ailleurs expert en « sécurité urbaine » qui doit
« être l’affaire de tous », comme il se plaît à le répéter, Donzelot
a eu la haute main sur le financement des cogitations de ses confrères via les
appels d’offres en direction des chercheurs émanant du PUCA (Plan urbanisme,
construction, architecture) dont il présidait le conseil scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/1970/01/01/#rev-pnote-716136-6&quot; id=&quot;pnote-716136-6&quot; name=&quot;pnote-716136-6&quot;&gt;6&lt;/a&gt;] Marie-Hélène Bacqué, &lt;em&gt;L’Empowerment, une pratique
d’émancipation&lt;/em&gt;, La Découverte, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/1970/01/01/#rev-pnote-716136-7&quot; id=&quot;pnote-716136-7&quot; name=&quot;pnote-716136-7&quot;&gt;7&lt;/a&gt;] Alain Bihr, &lt;em&gt;Entre bourgeoisie et prolétariat :
l'encadrement capitaliste&lt;/em&gt;, L'Harmattan, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/1970/01/01/#rev-pnote-716136-8&quot; id=&quot;pnote-716136-8&quot; name=&quot;pnote-716136-8&quot;&gt;8&lt;/a&gt;] Lire Jean-Pierre Garnier et Louis Janover, &lt;em&gt;La
Deuxième Droite&lt;/em&gt; [1986], Agone, à paraître en avril 2013 ; aussi Alain
Accardo, &lt;em&gt;Le Petit Bourgeois gentilhomme&lt;/em&gt;, Agone, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://blog.agone.org/post/1970/01/01/Un-nouvel-avatar-de-la-politique-de-la-ville#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>George Dandin</title>
    <link>http://blog.agone.org/post/2012/12/03/George-Dandin</link>
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    <pubDate>Mon, 03 Dec 2012 09:41:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Agone</dc:creator>
        <category>La chronique d'Alain Accardo</category>
        <category>Changement-social</category>    
    <description>&lt;h4&gt;En cette mi-novembre illuminée par la brillante conférence de presse de
François Hollande qui a convaincu les journalistes, sinon les salariés et les
chômeurs français, du devoir de voler inlassablement au secours des entreprises
privées, des banques et du patronat, on se sent encore plus ragaillardi par les
nouvelles arrivant d’une Europe méridionale en pleine ébullition.&lt;/h4&gt;    &lt;p&gt;De partout, de la place Syntagma d’Athènes à la Puerta del Sol de Madrid, de
la Piazza del Popolo de Rome à l’avenue de la Liberdade de Lisbonne, sont
parvenus aux manifestants parisiens les échos d’une colère populaire qui ne
cesse d’enfler et gronder contre les plans d’austérité et de régression sociale
mis en œuvre au nom de la lutte contre « la crise », avec le succès que
l’on sait pour toute l’économie de la zone européenne, implacablement
précipitée à la récession généralisée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout on entend invectiver contre les dirigeants en place. La même clameur
s’élève sous les fenêtres des palais gouvernementaux : « Dehors,
dégagez ! » Dehors les Lucas Papademos, Mariano Rajoy, Mario Monti, Pedro
Passos Coelho, Hollande et autres figures de proue de la droite ou de la
social-démocratie européennes, fervents adeptes du néolibéralisme dont certains
sont passés directement de leur fauteuil de manager de la banque Goldman Sachs
à un siège de premier ministre, sans que nos gardiens du temple démocratique y
trouvent à redire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De prime abord, le spectacle de ces mobilisations furieuses ou indignées ne
peut que réjouir tous ceux que désolait l’apathie des masses populaires. Leur
résignation ne serait-elle pas d’abord et surtout celle de leurs
« élites » et de leurs « représentants » ? On se reprend à
espérer que les peuples excédés vont se cabrer assez fort pour jeter à terre
ces aristocraties avides et ces clergés parasites à califourchon sur l’échine
du Tiers-État, comme les montraient jadis les gravures révolutionnaires. Puis,
à la réflexion, un doute s’installe : ne serait-on pas en train de prendre
ses désirs pour des réalités ? Ce n’est pas la première mobilisation à
laquelle on assiste ; pourquoi celle-ci serait-elle la bonne ? Même
un vieux canasson fourbu peut encore ruer dans les brancards. Il suffit de lui
faire sentir le mors pour le calmer et de lui mettre une poignée d’avoine dans
la musette. Et d’ailleurs, à bien y regarder, à bien les écouter, tous ces
manifestants, que réclament-ils exactement en dehors du départ de leurs
tourmenteurs ? Auraient-ils la naïveté de croire que ces derniers ne
seraient pas immédiatement remplacés par leurs jumeaux ? La Commission de
Bruxelles, la BCE, le FMI et Goldman Sachs regorgent de candidat(e)s à
caser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Réclamer un changement de gouvernance, c’est au mieux l’expression d’un
ras-le-bol, au pire un slogan creux. Ce qui importe, c’est de définir un
changement radical de politique. Mais précisément, a-t-on entendu jusqu’ici,
d’Athènes à Paris, de Rome à Madrid et Lisbonne, s’exprimer
&lt;em&gt;massivement&lt;/em&gt; un projet que l’on puisse qualifier expressément de
« radical » ou même de « politique » avec ce que cela
comporterait de vision d’ensemble et de principes fondamentaux en rupture
totale avec le néolibéralisme ? Ceux qui auraient les moyens
institutionnels de le faire, les appareils des grandes organisations politiques
et syndicales, sont depuis longtemps passés à l’ennemi et se préoccupent
seulement de contenir la grogne des salariés dans le registre des
revendications salariales et celles-ci dans les limites de la négociation de
bon ton entre « partenaires sociaux » de bonne compagnie. Qu’on ne
compte pas sur eux pour faire la révolution !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au fait, d’où sortent-ils, tous ces « représentants » du
peuple, ces délégués, ces députés, ces parlementaires et autres
porte-parole ? Ce sont, pour la plupart des élus, qui ont été portés au
pouvoir par le vote de leurs concitoyens. Ce sont les « solutions »
de ces gens-là qui sont, en dernier ressort, adoptées depuis des décennies par
les populations des « démocraties » européennes, élections après
élections, ce sont les plans concoctés par ces gens-là qui ont conduit les
nations à la crise et les citoyens au désespoir, et c’est à ces gens-là que
depuis des décennies, sans aucun discernement, les peuples soi-disant
souverains, donnent le bon Dieu sans confession en les élisant et réélisant à
tour de bras. Franchement, si un incorrigible chauffard, qui vous a déjà mis
dans le fossé, vous invitait à repartir avec lui, lui feriez-vous
confiance ? Alors ?…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, en entendant les clameurs qui montent des places publiques, on ne
peut s’empêcher de repenser à celui qui fut, au moins au théâtre, le premier à
faire une mésalliance de classe, le malheureux paysan peint par Molière et qui,
se découvrant cocu, se répétait tristement à lui-même : « Vous l'avez
voulu, George Dandin, vous l'avez voulu, cela vous sied fort bien et vous voilà
ajusté comme il faut, vous avez justement ce que vous méritez ».&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;Alain Accardo&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Chronique parue dans le journal &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ladecroissance.net&quot;&gt;La Décroissance&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, du mois de décembre
2012.&lt;br /&gt;
——&lt;br /&gt;
Alain Accardo a publié plusieurs livres aux éditions Agone : &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/denotreservitudeinvolontaire&quot;&gt;De notre servitude
involontaire&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2001), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/introductionaunesociologiecritique&quot;&gt;Introduction à une
sociologie critique&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2006), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/journalistesprecairesjournalistesauquotidien&quot;&gt;Journalistes
précaires, journalistes au quotidien&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2006), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/lepetitbourgeoisgentilhomme&quot;&gt;Le Petit Bourgeois
Gentilhomme&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2009), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/engagements&quot;&gt;Engagements. Chroniques et autres textes
(2000-2010)&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2011).&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>La « gauche populaire » du PS ou Comment récupérer le vote FN</title>
    <link>http://blog.agone.org/post/2012/11/02/La-gauche-populaire-du-PS</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:51ea0bc78032759797d0da116befde98</guid>
    <pubDate>Wed, 07 Nov 2012 09:52:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Agone</dc:creator>
        <category>La chronique de Jean-Pierre Garnier</category>
        <category>Classes-sociales</category><category>Parti-socialiste</category><category>Ville</category>    
    <description>&lt;h4&gt;Point de départ en forme de constat… ou de postulat : la
surreprésentation électorale du FN, qui fragilise la gauche, serait liée à
surreprésentation des couches populaires dans la France périurbaine et rurale
en déclin ; un territoire frappé par la désindustrialisation et le chômage
tandis que le contraste s’accroît avec la partie centrale des métropoles,
dynamiques et innovantes, colonisée par les « élites », classes
moyennes supérieures comprises, qui votent majoritairement pour le PS et les
Verts.&lt;/h4&gt;    &lt;p&gt;« La sociologie des grandes métropoles, à l'exception peut-être de
Marseille, est aujourd'hui très défavorable au FN », opinait le directeur
de l’IPSO, Jérôme Fourquet, dans &lt;em&gt;Le Monde&lt;/em&gt; (07.10.12), qui avait
commandé à cet institut de sondage une enquête sur les votes pour Marine
Le Pen à la dernière présidentielle dans 77 villes de plus de 4 000
habitants. « La gauche est forte là où le peuple est faible »,
diagnostiquait l’une des têtes pensantes de l’aile gauche de la deuxième
droite, qui se garde bien de s’interroger sur la nature de classe, éminemment
néo-petite bourgeoise, de ladite gauche &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/11/02/#pnote-703921-1&quot; id=&quot;rev-pnote-703921-1&quot; name=&quot;rev-pnote-703921-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il ne saurait être question de favoriser un « retour au
centre » des gueux ni même d’y enrayer la gentrification – soit le
dépeuplement (au sens propre du terme) des anciens quartiers populaires. Ce qui
reviendrait, pour les coalitions politiciennes rosâtres-verdâtres qui tiennent
les leviers de commande dans les municipalités, à se couper l’herbe électorale
sous les pieds. D’où la problématique formulée par les stratèges de la
« gauche populaire » du PS : comment renforcer la gauche en
périphérie, c’est-à-dire récupérer des voix captées par l’extrême droite ou
stérilisées par l’abstention ? Réponse : convaincre ses dirigeants et
ses militants de se préoccuper à nouveau du sort du peuple « disparu dans
le champ de vision des élites » gagnées par la
« prolophobie » &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/11/02/#pnote-703921-2&quot; id=&quot;rev-pnote-703921-2&quot; name=&quot;rev-pnote-703921-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À la suite de la parution d’un &lt;em&gt;Atlas des nouvelle fractures sociales en
France&lt;/em&gt; concocté par un duo de géographes « indépendants »
(c’est-à-dire ayant préféré monnayer leurs analyses et leurs conseils auprès
des élus locaux et de la technocratie aménageuse plutôt que de faire carrière à
l’université &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/11/02/#pnote-703921-3&quot; id=&quot;rev-pnote-703921-3&quot; name=&quot;rev-pnote-703921-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;), cette thématique avait été mise sur orbite
politico-idéologique en 2009, par un politologue et un professeur
d’histoire-géographie encartés au PS, dans un livre à l’intitulé évocateur,
&lt;em&gt;Recherche peuple désespérément&lt;/em&gt; &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/11/02/#pnote-703921-4&quot; id=&quot;rev-pnote-703921-4&quot; name=&quot;rev-pnote-703921-4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Monde remettait le couvert il y a peu avec ce titre en une :
« Comment la crise provoque de nouvelle fractures sociales »
(16.10.12). Titre lumineux… La fameuse crise, censée durer depuis le début des
années 1970, est une fois de plus invoquée pour masquer le passage à un nouveau
mode d’accumulation du capital fondé sur un quadruple processus
(transnationalisation-technologisation-financiarisation-flexibilisation) et
justifier la politique d’« austérité » qui accompagne ce processus,
rebaptisée « rigueur » par les « socialistes » au
pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours est-il que, à l’occasion de la publication de l’ouvrage d’un
économiste-urbaniste et expert auprès des pouvoirs en place – annonçant cette
fois-ci « une crise politique majeure » provenant de
l’intensification de la pseudo-crise économique –, le diagnostic déjà cent fois
entendu revient : le « sentiment d’abandon » d’une « France
péri-urbaine, invisible » précarisée par la désindustrialisation et la
restriction des dépenses publiques risque de faire le jeu de « tous les
populismes » &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/11/02/#pnote-703921-5&quot; id=&quot;rev-pnote-703921-5&quot; name=&quot;rev-pnote-703921-5&quot;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;. Entendez : du Front national. D’où
l’alternative, qui ne brille pas non plus par l’originalité : « Toute
la question de nature politique consistera à décider s’il faut s’accommoder de
cette tendance. Faut-il la freiner au nom de l’égalité ou l’encourager au nom
de la croissance ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu importe que l’égalité, inscrite depuis des lustres dans le
« Préambule des constitutions française »s, n’ait jamais été la tasse
de thé des « décideurs », qu’ils soient publics ou privés, et que la
croissance ait toujours été socialement et spatialement polarisée au profit des
classes favorisées. Ce qui commence à préoccuper les plus lucides des
bourgeois, grands ou petits petits, c’est le risque d’une crise politique,
c’est-à-dire d’un soulèvement populaire de grande ampleur qui, sans prendre la
forme d’une révolution avec à nouveau le socialisme ou le communisme pour
horizon, n’en ébranlerait pas moins sérieusement le capitalisme en France dans
ses fondations.&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;Jean-Pierre Garnier&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;——&lt;br /&gt;
Jean-Pierre Garnier a publié aux éditions Agone : &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://atheles.org/agone/contrefeux/uneviolenceeminemmentcontemporaine/&quot;&gt;Une
violence éminemment contemporaine. Essais sur la ville, la petite-bourgeoisie
intellectuelle et l'effacement des classes populaires&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2010).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;
&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/11/02/#rev-pnote-703921-1&quot; id=&quot;pnote-703921-1&quot; name=&quot;pnote-703921-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Christophe Guilluy, &lt;em&gt;Fractures françaises&lt;/em&gt;,
François Bourin, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/11/02/#rev-pnote-703921-2&quot; id=&quot;pnote-703921-2&quot; name=&quot;pnote-703921-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;em&gt;Ibid&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/11/02/#rev-pnote-703921-3&quot; id=&quot;pnote-703921-3&quot; name=&quot;pnote-703921-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] Chistophe Guilluy et Chrisotphe Noyer, &lt;em&gt;Atlas des
nouvelle fractures sociales en France&lt;/em&gt;, Autrement, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/11/02/#rev-pnote-703921-4&quot; id=&quot;pnote-703921-4&quot; name=&quot;pnote-703921-4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;] Gaël Brustier et Jean-Philippe Heulin, &lt;em&gt;Recherche
peuple désespérément&lt;/em&gt;, François Bourin, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/11/02/#rev-pnote-703921-5&quot; id=&quot;pnote-703921-5&quot; name=&quot;pnote-703921-5&quot;&gt;5&lt;/a&gt;] Laurent Davezies, &lt;em&gt;La crise qui vient : la
nouvelle fracture territoriale&lt;/em&gt;, PUF, coll. « La République des
idées », 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Le quota</title>
    <link>http://blog.agone.org/post/2012/11/05/Le-quota</link>
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    <pubDate>Mon, 05 Nov 2012 08:59:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Agone</dc:creator>
        <category>La chronique d'Alain Accardo</category>
        <category>Capitalisme</category><category>Changement-social</category>    
    <description>&lt;h4&gt;On a pu lire récemment dans la presse que, lors de l’affaire de faux
espionnage qui a secoué l’entreprise Renault en 2011 et qui a valu à trois de
ses cadres d’être accusés à tort et ignominieusement chassés, la direction de
l’entreprise avait envisagé l’éventualité que ses trois collaborateurs soient
conduits à un acte désespéré, et plus précisément à un suicide, par les
sanctions extrêmes qu’elle avait décidé de leur infliger.&lt;/h4&gt;    &lt;p&gt;Dans cette perspective pour le moins fâcheuse, les responsables de la
communication du groupe avaient été chargés de préparer deux communiqués, le
premier au cas où l’un des accusés aurait « tenté de mettre fin à ses
jours », et le second au cas où sa tentative aurait malheureusement réussi.
Comme l’a déclaré une porte-parole de la direction, « en tant
qu'entreprise du CAC 40, en cas de crise, notre communication envisage toutes
les possibilités et celle-ci en faisait partie ; c’était de l'anticipation
pure, des éléments de langage pour être prêt à répondre aux journalistes ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut mesurer la pureté de cette anticipation au fait que, dans
l’hypothèse où l’un des accusés aurait effectivement mis fin à ses jours, on
avait prévu de rajouter au texte initial du communiqué une phrase pour assurer
la famille du défunt que Renault « pensait particulièrement » à
elle ! Magnifique témoignage, on en conviendra, de la compétence
managériale et de la capacité des cadres supérieurs d’un grand groupe
industriel à tout planifier dans les moindres détails, et en même temps du
bouleversant degré de compassion et de chaleur humaine auquel ils sont capables
de s’élever.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut faire toutes sortes de commentaires autour de cette triste affaire.
Pour ma part, je me bornerai à remarquer qu’elle est, par bien des aspects,
exemplaire de ce qu’est devenu le monde dans lequel nous vivons. Ce monde est
en guerre et cette guerre est totale, simultanément, ou tour à tour,
économique, sociale, politique, militaire, psychologique, et même sainte. Elle
donne le droit à tous les états-majors de toutes les armées de la planète,
engagées sur tous les champs de bataille, chez France Télécom ou chez Renault
comme en Irak ou en Afghanistan, de faire en toute légalité, et en toute
fierté, autant de victimes qu’il en faut pour remporter la victoire, y compris
dans les rangs de leurs propres combattants, dont tous les hauts commandements
civils et militaires sont officiellement autorisés à sacrifier un certain
pourcentage. En retour, les sacrifiés ont l’assurance que la nation tout
entière gardera une pensée particulièrement émue pour leurs familles et que
leurs noms resteront gravés dans le marbre de quelque monument
commémoratif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La directrice de la communication de chez Renault était donc parfaitement
fondée à dire ce qu’elle a dit. Elle a prouvé qu’elle avait l’étoffe d’un vrai
manager et en a d’ailleurs été récompensée par une promotion au poste de chef
de cabinet du grand patron. Celui-ci, qui n’est assurément pas un novice, a
compris que cette femme était de la race des bons serviteurs du Capital, il a
reconnu en elle un de ces indispensables auxiliaires du patronat dont le zèle
inlassable permet aux états-majors des entreprises de mettre en œuvre leurs
stratégies économiques et de programmer sereinement, le cas échéant, au gré de
quelque plan social de restructuration-compression-fusion-délocalisation, la
mort économique d’un nombre déterminé de salarié-e-s. Et tant pis si dans le
feu de la bataille, quelques-un-e-s passent physiquement par la fenêtre ou se
tirent une balle dans la bouche ; ils font partie du quota de
« pertes » dûment prévu par les services de « gestion des
ressources humaines » qui n’ont plus qu’à publier la version appropriée
d’un communiqué pour les médias, celle qui comporte une « pensée
particulière » pour les familles des victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Posons-nous donc la question : que deviendrait le système capitaliste
dans son ensemble s’il n’était plus porté par l’adhésion servile, pas seulement
des cadres sur-diplômés et grassement rétribués, mais aussi et surtout, hélas,
des petits et moyens salariés qui sont la chair à canon de la guerre économique
et qui obéissent aveuglément à leurs généraux fous et à leurs officiers
supérieurs arrogants ? Eh bien, c’est tout simple, le système
s’effondrerait dans l’instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Alors, qu’est-ce qu’on attend pour le laisser tomber ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ah, c’est que, voyez-vous, le management actuel du groupe France, ce qu’on
appelle « la gauche socialiste », sa prétendue volonté de changement, ce
n’était rien que de l’« anticipation pure », de la pure fiction, rien que
des « éléments de langage », histoire de faire campagne et de décrocher
une promotion, quoi !&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;Alain Accardo&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Chronique parue dans le journal &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ladecroissance.net&quot;&gt;La Décroissance&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, du mois de novembre
2012.&lt;br /&gt;
——&lt;br /&gt;
Alain Accardo a publié plusieurs livres aux éditions Agone : &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/denotreservitudeinvolontaire&quot;&gt;De notre servitude
involontaire&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2001), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/introductionaunesociologiecritique&quot;&gt;Introduction à une
sociologie critique&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2006), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/journalistesprecairesjournalistesauquotidien&quot;&gt;Journalistes
précaires, journalistes au quotidien&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2006), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/lepetitbourgeoisgentilhomme&quot;&gt;Le Petit Bourgeois
Gentilhomme&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2009), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/engagements&quot;&gt;Engagements. Chroniques et autres textes
(2000-2010)&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2011).&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Et vogue la galère…</title>
    <link>http://blog.agone.org/post/2012/10/03/Et-vogue-la-galere</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:bf3baeb995122d58fe7267293d344be1</guid>
    <pubDate>Thu, 04 Oct 2012 17:33:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agone</dc:creator>
        <category>La chronique d'Alain Accardo</category>
        <category>Ordre-social</category>    
    <description>&lt;h4&gt;La rentrée a eu lieu. On nous avait prédit, comme d’habitude, qu’elle
serait socialement « chaude ». Comme d’habitude, il ne s’est rien passé.
Plus exactement, les choses ont suivi leur cours, celui que leur imprime ce que
les médias appellent « LA CRISE ». Une fois de plus, le capitalisme
international a réussi à transformer une catastrophe engendrée par son propre
fonctionnement en une espèce de &lt;em&gt;fatum&lt;/em&gt; transcendantal implacable auquel
les peuples ne pourraient espérer échapper qu’au prix de sacrifices redoublés.
La vraie droite, déguisée chez nous en fausse gauche, gouverne partout, au
détriment des travailleurs et dans l’intérêt des financiers.&lt;/h4&gt;    &lt;p&gt;Le peuple, ou plutôt la chiourme des petits et moyens salariés, hébétée par
les puissants stupéfiants qu’on lui administre, continue à ramer en cadence,
enchaînée aux bancs de la galère, tandis que ses chefs de nage
vocifèrent : « Gauche-droite, babord-tribord, allons, tas de
feignants, du nerf, souquez ferme si vous ne voulez pas finir sur les
récifs ! » Ça fait des générations que ça dure. Il y a là quantité de gens
dont les aïeuls des bisaïeuls étaient déjà avec Jean Valjean au bagne de
Toulon, c’est vous dire que tout de même, oui monsieur, tout de même, la
situation s’est bien améliorée. Avant, on ne s’évadait du château d’If que
cousu dans un linceul et jeté à la mer. Maintenant, il suffit à un employé de
multinationale de sauter librement par la fenêtre. Avant, le bagnard succombait
au scorbut et à la malaria. Le galérien d’aujourd’hui meurt en parfaite santé
d’un excès de stress au travail, à moins qu’il n’ait le privilège d’abréger sa
carrière avec son arme de service, ou au moyen d’une overdose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains observateurs en infèrent que les choses ont bien changé. Je reste
quant à moi plutôt sensible à la continuité d’un système de domination de
classe où, depuis la mainmise sur la Révolution française de la bourgeoisie
réactionnaire thermidorienne, il ne s’est rien passé de vraiment nouveau, je
veux dire rien qui permette d’affirmer qu’on est vraiment sorti de la
préhistoire humaine, sur le plan des structures objectives s’entend, même si,
sur le plan des mœurs, des manières, des relations interpersonnelles et des
pratiques culturelles, des effets de mode formels ont pu affecter, comme leur
nom l’indique, les modalités des rapports sociaux (dans le sens d’une
libéralisation croissante), à défaut de pouvoir en changer la matérialité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je persiste à dire, avec beaucoup d’autres, que si Marx ressuscitait
aujourd’hui, il pourrait, moyennant les corrections nécessaires pour prendre en
compte le degré de développement des forces productives actuelles, écrire de
nouveau &lt;em&gt;Le Capital&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Le Manifeste communiste&lt;/em&gt;. On ne manquera
pas de me dire que, précisément, l’un des changements les plus considérables
ayant modifié, du moins dans le monde occidental, le rapport des forces, c’est
l’élargissement de l’adhésion, volontaire et involontaire, des masses à un
système qui a su porter à un point de perfection inégalé les technologies de la
manipulation et l’art de faire croire que les choses changent ou qu’elles sont
sur le point de changer dans le bon sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois admettre que l’efficacité atteinte par le capitalisme contemporain
dans le processus de domestication inhérent à tous les régimes historiquement
connus de domination de l’homme par l’homme – processus qui fait du travailleur
exploité le complice reconnaissant de sa propre exploitation et le
bourreau-adjoint de ses semblables – demeure de nos jours un obstacle majeur à
la lutte révolutionnaire. Si à quelque chose malheur est bon, l’avantage de la
situation de crise aiguë où nous nous trouvons pourrait être de tirer les
galériens de leur hébétude et de leur faire prendre, avec la juste conscience
de leur situation et de leur force, le commandement de leur vaisseau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est ce que sembleraient indiquer les soubresauts qui ont commencé de
soulever, çà et là en Europe, les masses populaires. Ces mobilisations de
travailleurs inquiets, frustrés, furieux, sont-elles les signes avant-coureurs
d’une rupture prochaine avec le système, comme le croient les plus optimistes,
ou bien semblables à des chiens qui, d’avoir été trop battus, retroussent
parfois en grondant une babine sur leurs crocs avant de s’aplatir en gémissant
aux pieds de leur maître, les galériens vont-ils retourner docilement à leurs
bancs pour ramer en cadence ? On aimerait voir dans le simple fait de se
poser aujourd’hui la question un encouragement nouveau à ne pas désespérer.&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;Alain Accardo&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Chronique parue dans le journal &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ladecroissance.net&quot;&gt;La Décroissance&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, du mois d'octobre
2012.&lt;br /&gt;
——&lt;br /&gt;
Alain Accardo a publié plusieurs livres aux éditions Agone : &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/denotreservitudeinvolontaire&quot;&gt;De notre servitude
involontaire&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2001), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/introductionaunesociologiecritique&quot;&gt;Introduction à une
sociologie critique&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2006), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/journalistesprecairesjournalistesauquotidien&quot;&gt;Journalistes
précaires, journalistes au quotidien&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2006), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/lepetitbourgeoisgentilhomme&quot;&gt;Le Petit Bourgeois
Gentilhomme&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2009), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/engagements&quot;&gt;Engagements. Chroniques et autres textes
(2000-2010)&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2011).&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>La gauche bleu marine</title>
    <link>http://blog.agone.org/post/2012/09/20/La-gauche-bleu-marine</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:e48459f375a3f9ff747cfcf37ff26354</guid>
    <pubDate>Thu, 20 Sep 2012 11:45:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agone</dc:creator>
        <category>La chronique de Jean-Pierre Garnier</category>
        <category>Parti-socialiste</category><category>Politique-sécuritaire</category><category>Valls-Manuel</category>    
    <description>&lt;h4&gt;On savait passablement délavée la rose brandie par un poing, qui servent
encore d’emblème, de plus en plus discrètement il est vrai, au parti
socialiste. Depuis la première accession de celui-ci au pouvoir, le poing qui
symbolisait la lutte des travailleurs et les espérances socialistes a eu
tendance à s’effacer, laissant seule la rose en charge de galvaniser les
militants et les électeurs du parti. En réalité, le poing est toujours là, de
manière virtuelle et réelle à la fois. Il n’est plus brandi cependant contre
les possédants, mais, « culture de gouvernement » aidant, contre les
dépossédés qui s’avisent de se rebeller dans les zones de relégation où ils
sont parqués. Quant à la rose, on pourrait suggérer aux
« communicants » du PS de résolument la troquer pour une fleur,
fût-elle artificielle, d’une couleur plus adaptée, ne serait-ce le fait que
celle-ci ait déjà été adoptée par un parti encore plus droitier que lui.&lt;/h4&gt;    &lt;p&gt;La dérive sécuritaire du PS ne date évidemment pas d’hier mais du retour
place Beauvau du « socialiste » Pierre Joxe en 1988, lorsque les
mesures prises sous son égide pour endiguer la révolte d’une partie de la
jeunesse dans les « cités » avait valu au nouveau ministre de
l’Intérieur l’accusation ironique de plagiat par le tandem Pasqua-Pandraud,
orfèvres en matière de répression. Les années passant, le ralliement de la
gauche gouvernante à la défense de l’ordre bourgeois qualifié de
« républicain » a pris un tour de plus en plus décomplexé. Le
colloque « Des villes sûres pour des citoyens libres », mis en scène
en 1997 par Jean-Pierre Chevènement, avait déjà donné un coup d’accélérateur
dans ce sens. L’intronisation de Manuel Valls comme « premier flic »
de France ne constitue probablement qu’un point d’aboutissement provisoire car
il y a tout lieu de penser qu’il ne sera pas le dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, il faut bien reconnaître qu’il est difficile, pour ne pas dire
impossible, de distinguer aujourd’hui ce qui sépare l’ex-député-maire de
l’Essonne de ses homologues de l’UMP. Observant les premiers pas du nouveau
ministre de l’Intérieur, Xavier Bertrand opinait : « Valls ?
C’est Sarkozy sans le son ». « Manuel et moi, quelle
différence ? On parle le même langage… », confiera le député-maire de
Nice Christian Estrosi, l’une des figures des plus réactionnaires d’un parti
qui en compte beaucoup d’autres. Ce langage, c’est celui du tonfa et du
flash-ball. C’est aussi, pour justifier sur le plan théorique, c’est-à-dire
idéologique, l’« usage proportionné des armes non létales », le
langage du complice et compère de longue date de Manuel Valls, le flicologue
Alain Bauer. Une amitié qui remonte à leurs années communes à l'université de
Paris I-Tolbiac. L’un, inscrit en histoire, optera pour la politique
politicienne, tandis que l’autre, en droit, préférera les réseaux d’influence.
Tous les deux, pour faire avancer leurs carrières respectives, entreront au PS
et dans la franc-maçonnerie. Devenu officiellement conseiller en sécurité de
Nicolas Sarkozy après l’avoir été officieusement auprès de Michel Rocard, de
Jean-Pierre Chevènement et de maints autres notables « socialistes »,
Alain Bauer ne pouvait néanmoins s’afficher ouvertement aux côtés de Manuel
Valls alors que son copain achevait sa longue marche vers les sommets du Parti
et de l’État. Mais, nul doute qu’il continue en coulisse de lui prodiguer ses
conseils, bien qu’il se soit démis de toutes ses fonctions liées au ministère
de l'Intérieur – notamment de la présidence de l'Observatoire national de la
délinquance et des réponses pénales (ONDRP), qui a la haute main sur les
statistiques des crimes et des délits ; et de celle du groupe de contrôle
des fichiers de police et de gendarmerie. Ainsi Alain Bauer avoue-il avoir
« répondu aux questions posées par Manuel sur les personnalités des uns et
des autres au moment de la constitution du cabinet ». Renaud Vedel, par
exemple, doit faire partie de l’une d’elles : ancien directeur adjoint du
cabinet du préfet de police de Paris et nouveau directeur adjoint de celui de
Manuel Valls, il a rédigé, sous le règne sarkozien, deux rapports avec Alain
Bauer : celui sur la sécurité au quotidien en 2007 et le Livre blanc sur
la sécurité publique en 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne s’étonnera pas, dès lors, que Manuel Valls ait été pressenti par
Nicolas Sarkozy comme « ministre d’ouverture » lorsque celui-ci
officiait à l’Élysée. Mais il a eu assez de flair pour ne pas suivre les traces
de son ex-camarade de parti, incarnation comme lui de l’aile droite
« sociale-libérale », l’ex-maire « socialiste» sécuritaire de
Mulhouse, Jean-Marie Bockel, à qui sa défection pour un strapontin ministériel
puis un maroquin dans le gouvernement de Fillon risque de coûter son siège de
sénateur et la présidence de Mulhouse-Alsace-Agglomération.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 2003, Valls votait en faveur de l'amendement instituant le délit
d'« d’outrage au drapeau tricolore et à l’hymne national ». Il s'en
expliquait ainsi : « L’intention est bonne. L’objet difficilement
contestable. Il s’agissait de faire passer un message fort, et aussi de montrer
qu’au PS on ne laisse pas ce terrain là à la droite. » Et même à
l’extrême-droite. « Je veux réhabiliter le rôle de l'État et ne pas
laisser la nation à la droite et au FN, proclame Valls, qui a imposé &lt;em&gt;La
Marseillaise&lt;/em&gt; dans les meetings de François Hollande pendant la
présidentielle. Il ne faut pas laisser la nation au FN ». En privé, il
reconnaît d’ailleurs des mérites à Nicolas Sarkozy pour son premier passage à
l'Intérieur : « En 2002, il donne aux Français le sentiment qu'il
veut traiter un problème, et il le traite un peu. » Lui, compte bien le
traiter au fond. Un traitement de choc. En commençant par la création de zones
de sécurité prioritaires (ZSP). C’était là une promesse de campagne du candidat
Hollande contre la délinquance dans les « quartiers difficiles »,
appelés ainsi, non en raison des difficultés matérielles d’une population
précarisée, paupérisée et marginalisée par la récession et les politiques
d’« austérité », mais de la difficulté à y maintenir la « paix
civile », c’est-à-dire l’ordre. Les ZSP visent, selon Manuel Valls, à
mettre en place « une action de sécurité renforcée sur des territoires
bien ciblés, caractérisés par une délinquance enracinée et de forte attentes de
la population ». Le 2 septembre 2012, avant un déplacement à Mulhouse où
il avait annoncé le placement en ZSP d’un quartier sensible de cette ville,
Valls avait insisté sur ce caractère « ciblé », évoquant trafics de
drogue, cambriolages ou vols de colliers, phénomènes en forte augmentation.
À l’entendre, « il faut agir, là où la délinquance est ancrée »,
dans un « esprit de partenariat avec les élus qui en seront l'un des
pivots ». La « politique de la ville » révèle ainsi son vrai
visage aux yeux des gogos qui avaient pris au pied de la lettre les discours
médiatiques ou pseudo-scientifiques à vocation apologétique de journalistes et
de chercheurs vassalisés : celui d’une police de la ville. Mais la
pacification soft baptisée « prévention », dont l’échec est patent
(comme le confirmait un rapport publié en juillet dernier &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/09/20/#pnote-697903-1&quot; id=&quot;rev-pnote-697903-1&quot; name=&quot;rev-pnote-697903-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;, n’est plus de mise : place à la
pacification &lt;em&gt;hard&lt;/em&gt;. Celle réservée au nouvel ennemi intérieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travaux pratiques n’ont pas tardé à suivre, avec les effets en retour
habituels, comme le montreront les nuits chaudes des 12 et 13 août derniers
dans le quartier de la Briquetterie à Amiens-Nord : école maternelle et
gymnase incendiés, voitures calcinées et surtout policiers blessés par des
plombs de chevrotine. Ce quartier, déjà classé en zone urbaine sensible (ZUS),
avait justement été choisi pour faire partie des quinze premières ZSP annoncées
par Manuel Valls le 7 août 2012. Ce qui s’était traduit par une intensification
du harcèlement policier portant la population à ébullition dès le début du
mois. Et ce qui ne pouvait manquer d’arriver arriva. Il faut dire
qu’Amiens-Nord constitue depuis belle lurette une zone de chasse privilégiée
pour les forces du désordre. En mai 2009, elle avait été le théâtre
d’affrontements après la mort d’un jeune motard pourchassé par la police. En
octobre 2010, des habitants avaient caillassé des policiers une nuit durant
« sans raison précise ou connue » [sic] selon un rapport officiel. En
février 2012, deux voitures de la police municipale furent incendiées et des
habitants ont encore échangé des projectiles avec des policiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fort de l’impunité implicitement promise par la circulaire envoyée aux
préfets définissant les ZSP comme « correspondant à des territoires ciblés
dans lesquels les actes de délinquance ou d’incivilité sont structurellement
enracinés », la BAC a eu la bonne idée de faire brutalement irruption dans
un repas de deuil organisé en plein air sur la terrasse d’un immeuble par la
famille d’un jeune, mort trois jours auparavant dans un accident de moto. Après
avoir patrouillé dans le quartiers depuis le début de l’après-midi, les
gardiens de l'ordre trouvaient l’occasion de déployer le
« savoir-faire » vanté par Michèle Alliot-Marie pour sauver le régime
de Ben Ali : apostropher un automobiliste qui roulait en sens interdit.
L’interpellation par la BAC renforcée par les CRS s’effectua selon les
modalités habituelles dans les « cités » : gaz lacrimo et
tirs de flash-ball. Importunés par ce raffut et la gêne olfactive, deux membres
de la famille endeuillée osèrent protester. Mal leur en prit. « Le
contrôle a été très agressif, racontera la sœur du jeune homme décédé à une
journaliste. Mon père et mon oncle sont sortis pour leur demander de partir et
de respecter notre deuil. Puis ça a dégénéré, la brigade anticriminalité nous a
gazé avec des bombes lacrymogènes alors qu’il y avait des femmes et des
enfants. &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/09/20/#pnote-697903-2&quot; id=&quot;rev-pnote-697903-2&quot; name=&quot;rev-pnote-697903-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt; » La mère précisera : « Avec
les gendarmes mobiles, tout se passait très bien. Ce soir-là, il n’y avait pas
lieu de faire un contrôle. Ils sont venus nous provoquer comme des
cow-boys. » Avec les effets attendus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De barre en barre, de tour en tour, le téléphone arabe a fonctionné.
Harcelés, humiliés depuis des mois par des contrôles arbitraires, des dizaines
de jeunes accourus sur place ont riposté à la violence policière par la
violence populaire. Ce qui entraîna l’arrivée d’escouades de robocops sur les
lieux des affrontements, survolés par un hélicoptère ; comme cela fut le
cas, deux ans auparavant, à la Villeneuve de Grenoble, sous l’ère Sarkozy –
pour photographier les « sauvageons » en pleine action, comme aurait
dit Jean-Pierre Chevènement. L’ordre, ou ce qui en tient lieu, fut rétabli.
Mais Manuel Valls ne pouvait en rester là.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mardi suivant, le premier flic de France débarquait en force dans le
quartier pour bien montrer qu’aucun territoire de la République ne pouvait être
abandonné aux séditieux. Grand seigneur, il daigna écouter les doléances de la
mère et de la sœur du mort reçues dans l’Atrium, une antenne
« socio-cul » de la mairie dans les Quartiers-Nord d’Amiens. Mais pas
plus. « C’était un dialogue de sourds, dira la mère. Les forces de l’ordre
ont commis l’irréparable, mais il n'est pas question pour le ministre d’y
toucher. Il oublie la nuit de dimanche. On a été gazé comme des sauvages, comme
des bêtes. » Valls affirmera bien avoir « entendu le message de la
famille sur le dégradation des rapports avec la police », mais sans en
tirer les conclusions. Au contraire : « Rien ne peut excuser qu’on
tire sur les forces de l’ordre et qu’on brûle des équipements publics,
proclamera t-il. Je ne suis pas venu pour reprocher quoi que ce soit à la
police. » Il le pouvait d’autant moins que celle-ci venait de lui éviter,
sinon un lynchage, du moins d’être sérieusement malmené. Les voitures
officielles avaient été garées trop loin, et le cortège, mal renseigné de
surcroît, était parti dans la mauvaise direction, obligeant le ministre à
gagner prestement l’Atrium sous forte protection policière. C’est sous les
huées de la foule amassée de part et d’autre, bousculé par quelques jeunes en
furie, que M. Valls a dû faire son entrée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le maire PS d’Amiens, qui accompagnait le ministre lors de cette visite
mouvementée sur le terrain, et qui ne voulait, sans doute, pas être associé,
sous les yeux de ses turbulents administrés, à ces déclarations martiales,
tentera d’y mettre un bémol : « L’intervention de la police n’était
pas appropriée dans une situation de deuil. Beaucoup de gaz lacrymogène a été
utilisé, ce qui a été perçu comme une agression. » Autrement dit, la
police pourra continuer à gazer plein pot la « racaille », mais en
veillant à s’assurer auparavant que celle-ci ne soit pas en train de déplorer
un mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle morale tirer de cette énième histoire de « violences
urbaines » ? « Ces tensions, on s’y attend et on s’y
attendait », expliquait M. Valls à l’issue de sa visite à Amiens. Mais la
faute en reviendrait à l’ancien président de la République : « Ma
grande incompréhension, c’est pourquoi, lors de son quinquennat, Sarkozy a
laissé filer les choses dans ces quartiers. » « Les choses », ce
seraient le fait que « plusieurs générations n’ont connu que la
violence ». Pour le hiérarque « de gauche », comme pour ses
pairs « de droite », la violence ce sont « les trafics,
l’économie souterraine », non les discriminations, la répression, le
chômage, les emplois déqualifiés qui sont le lot commun d’une jeunesse sans
avenir et donc sans espoir. Et les « tensions » ne risquent guère de
s’atténuer dans les années qui viennent : « La France va bouger,
prédit la mère du jeune décédé. On n’est rien ici. Les jeunes sont déjà mal
dans leur peau. Ils n’ont rien à perdre. » Ils ont d’autant moins à perdre
que Manuel Valls lui-même concluait son tour de piste à Amiens par cette
prophétie dont la gauche au pouvoir, rééditant le tournant de la
« rigueur » en 1983, ne va pas manquer de hâter la réalisation :
« La crise économique, la croissance nulle, ce sont ces quartiers-là qui
vont en souffrir le plus. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son discours de va-t-en-guerre antilibéral prononcé au Bourget,
François Hollande avait déclaré qu’une fois élu il livrerait un combat sans
merci « contre un ennemi sans visage : la finance ». Devenu
Président de la République, il ne se montre pourtant pas plus physionomiste
qu’à l’époque où il n’était encore que candidat : non seulement la finance
a un ou plutôt plusieurs visages, mais nombre d’entre eux figurent en bonne
place au sein de son entourage proche, tel son ministre de l’Économie, Pierre
Moscovici, l’ex-vice-président du Cercle de l’industrie, ou son ministre du
Travail, Michel Sapin, artisan industrieux de la « désinflation
compétitive » chère à feu le Premier ministre Pierre Bérégovoy, sans
parler de la kyrielle de conseillers économiques affidés du gotha bancaire. Ce
qui n’empêche pas François Holande de persister à jouer les
matamore :« Je suis en situation de combat », affirmera-t-il sur
la chaîne de Bouygues à l’occasion de son show télévisé de
rentrée &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/09/20/#pnote-697903-3&quot; id=&quot;rev-pnote-697903-3&quot; name=&quot;rev-pnote-697903-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;. Mais, exit « la finance ». La
« bataille » dans laquelle il promet désormais de s’« engager
pleinement, en première ligne », c’est celle du
« redressement », à commencer par celui des comptes publics.
Autrement dit, de la « rigueur », bien qu’il se soit bien gardé de
prononcer le mot, aussi dévalué aux yeux du peuple que celui
d’« austérité » auquel il avait été substitué lorsque Fabius, Delors
et consorts avaient décidé d’entamer le « sale boulot » que la droite
ne s’était pas aventurée à effectuer. Mais la presse de marché ne s’y est pas
trompé. « Hollande assume un choc budgétaire sans précédent »,
titrait, par exemple, &lt;em&gt;Le Monde&lt;/em&gt; en première page, avec un autre gros
tire, dans une page intérieure, pour les lecteurs qui n’auraient pas compris
que « M. Hollande assume un plan de rigueur
historique » &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/09/20/#pnote-697903-4&quot; id=&quot;rev-pnote-697903-4&quot; name=&quot;rev-pnote-697903-4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dès lors, les prolétaires et leur progéniture doivent se le tenir pour
dit : la rigueur économique ira de pair avec la rigueur policière contre
ceux à qui elle n’aurait pas l’heur de plaire et qui auraient la fâcheuse idée
de manifester leur opposition autrement que par des manifestations
traîne-savates. Même du côté du Front de gauche, dont le leader se plaît
pourtant à fustiger une « politique d’austérité conduisant à
l’enlisement », ils n’ont rien non plus à attendre. L’un de ses experts en
matière urbaine, le géographe Guy Burgel faisait connaître, dans une tribune
publiée à l’occasion de la Fête de l’Humanité, sa manière à lui de
« combattre la ghettoïsation des quartiers » &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/09/20/#pnote-697903-5&quot; id=&quot;rev-pnote-697903-5&quot; name=&quot;rev-pnote-697903-5&quot;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;. La manière forte : selon lui,
« après la récidive des émeutes de banlieue à Amiens », Manuel Valls
aurait eu des « réactions immédiates appropriées &lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/09/20/%E2%80%A6&quot; title=&quot;…&quot;&gt;…&lt;/a&gt; pour rappeler que l’ordre républicain ne souffre d’aucune
exception, et que son irrespect frappe d’abord les pauvres des quartiers
déshérités ». Une appréciation en parfaite contradiction avec la réalité
sociale d’un quartier que notre universitaire aurait pu connaître s’il avait
seulement lu les enquêtes dont il n’a cessé de faire l’objet, à défaut d’y
avoir mis les pieds &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/09/20/#pnote-697903-6&quot; id=&quot;rev-pnote-697903-6&quot; name=&quot;rev-pnote-697903-6&quot;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le fait remarquer un observateur lucide, la « normalisation
hollandaise » va bon train à Amiens &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/09/20/#pnote-697903-7&quot; id=&quot;rev-pnote-697903-7&quot; name=&quot;rev-pnote-697903-7&quot;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;. Une
normalisation d’ailleurs très cohérente avec ce qui se fait sentir dans
d’autres domaines et en autres lieux. Sur le front économique, alignement sur
l’« agenda des marchés », sur le front diplomatique, alignement sur
le bellicisme impérialiste et sioniste. Il est par conséquent logique que
l’alignement sur le sécuritarisme n’épargne pas le front urbain.&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;Jean-Pierre Garnier&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;——&lt;br /&gt;
Jean-Pierre Garnier a publié aux éditions Agone : &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://atheles.org/agone/contrefeux/uneviolenceeminemmentcontemporaine/&quot;&gt;Une
violence éminemment contemporaine. Essais sur la ville, la petite-bourgeoisie
intellectuelle et l'effacement des classes populaires&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2010).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;
&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/09/20/#rev-pnote-697903-1&quot; id=&quot;pnote-697903-1&quot; name=&quot;pnote-697903-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Cour des comptes « La politique de la ville, une
décennie de réformes», Rapport public thématique, 17 juillet 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/09/20/#rev-pnote-697903-2&quot; id=&quot;pnote-697903-2&quot; name=&quot;pnote-697903-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Faïza Zerouala, « Ce jour-là, ils sont venus nous
provoquer comme des cow-boys », &lt;em&gt;Le Monde&lt;/em&gt;, 16 août 2012 – &lt;em&gt;idem&lt;/em&gt;
pour les citations suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/09/20/#rev-pnote-697903-3&quot; id=&quot;pnote-697903-3&quot; name=&quot;pnote-697903-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] Journal télévisé de TF1, 9 septembre 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/09/20/#rev-pnote-697903-4&quot; id=&quot;pnote-697903-4&quot; name=&quot;pnote-697903-4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;em&gt;Le Monde&lt;/em&gt;, 11 septembre 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/09/20/#rev-pnote-697903-5&quot; id=&quot;pnote-697903-5&quot; name=&quot;pnote-697903-5&quot;&gt;5&lt;/a&gt;] Guy Burgel, « Comment combattre la ghetthoïsation
des quartiers » &lt;em&gt;L’Humanité&lt;/em&gt;, 14-16 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/09/20/#rev-pnote-697903-6&quot; id=&quot;pnote-697903-6&quot; name=&quot;pnote-697903-6&quot;&gt;6&lt;/a&gt;] Lire François Ruffin, &lt;em&gt;Quartier Nord&lt;/em&gt;, Fayard,
2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/09/20/#rev-pnote-697903-7&quot; id=&quot;pnote-697903-7&quot; name=&quot;pnote-697903-7&quot;&gt;7&lt;/a&gt;] Gérard Deneux, &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://www.acontrecourant.info&quot;&gt;À contre-courant&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, septembre 2012,
n° 237.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://blog.agone.org/post/2012/09/20/La-gauche-bleu-marine#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Hippocrate et les hypocrites</title>
    <link>http://blog.agone.org/post/2012/09/06/Hippocrate-et-les-hypocrites</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:bbcb4e18936e081effb84019892c90a6</guid>
    <pubDate>Wed, 05 Sep 2012 16:34:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agone</dc:creator>
        <category>La chronique d'Alain Accardo</category>
        <category>Ordre-social</category><category>Santé-publique</category>    
    <description>&lt;h4&gt;Au début du mois d’août, une association girondine, « Le droit à la
santé pour tous », a publié un manifeste signé par 111 médecins (professeurs,
praticiens hospitaliers, généralistes libéraux et autres) dénonçant le
dépassement abusif d’honoraires de plus en plus pratiqué par les médecins du
secteur 2, au grand dam d’un nombre croissant de malades qui, faute de pouvoir
se payer des soins dont le coût excède largement le tarif remboursé par la
Sécu, renoncent à se soigner.&lt;/h4&gt;    &lt;p&gt;On comprend l’indignation et l’écœurement des médecins signataires qui
appellent leur corporation à ne pas imiter « les moins scrupuleux de
[leurs] confrères » et à refuser le dépassement d’honoraires. Ces médecins
soucieux de ne pas transformer leurs malades en un troupeau de vaches laitières
sont des « justes » qui méritent d’être salués : ils n’ont pas
oublié, quant à eux, qu’ils ont juré, en prononçant leur serment d’Hippocrate,
de ne pas se « laisser influencer par la soif du gain ». Dans le monde
effrayant que nous a fabriqué le mercantilisme libéral, il est réconfortant
d’entendre des appels comme celui-là, surtout de la part d’une profession où
l’on n’est guère enclin habituellement à contester l’ordre établi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chose est d’autant plus remarquable que, non contents de dénoncer les
dépassements « abusifs » de leurs collègues en proie à l’esprit de
lucre, ces médecins protestataires, par la voix du docteur Bernard Coadou, le
président de leur association, se sont permis d’administrer une leçon au
gouvernement socialiste, auquel ils ont reproché expressément sa
« frilosité »  : « Le gouvernement dit “On va s'attaquer
aux dépassements d'honoraires abusifs”. Nous, on a tendance à dire que tout
dépassement d'honoraires est abusif. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Docteur Coadou, vous et vos collègues signataires avez droit à un coup de
chapeau de tous les honnêtes gens, en particulier des plus pauvres, pour vos
qualités humaines et votre civisme. Je vous donne le mien très volontiers ici,
avec mes vœux pour la prospérité de votre association.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais permettez-moi d’ajouter une remarque : vous avez relevé à juste
raison que le gouvernement se propose non pas d’interdire les dépassements, qui
restent parfaitement légaux, mais uniquement d’empêcher les &lt;em&gt;abus&lt;/em&gt;. Dans
ces conditions, qui donc pourra juger du caractère abusif ou non d’un
dépassement sinon les praticiens eux-mêmes ? Autant dire que rien
n’empêchera les « moins scrupuleux » – et ils sont de plus en plus
nombreux – de tomber dans l’excès. Il faudra donc continuer à accorder une
confiance aveugle à des gens dont beaucoup n’en sont pas dignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du coup, vous taxez le gouvernement de « frilosité ». J’emploierais
plus volontiers le terme de « tartuferie », en précisant que les
socialistes, orfèvres en la matière, n’ont toutefois pas l’exclusivité de cette
affectation de vertu. En fait, l’hypocrisie qui consiste à prendre, apparemment
dans l’intérêt de tous, des mesures dont on sait d’avance que, faute de pouvoir
être vraiment appliquées, elles ne nuiront pas aux intérêts des lobbies (évadés
fiscaux, patrons voyous, commerçants poujadistes, etc.) qu’on veut ménager ou
favoriser, est un procédé bien rodé utilisé par tous les gouvernements sans
exception dans notre République.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons les choses franchement : c’est grâce à des impostures de ce
genre que le système capitaliste a pu s’assurer tant de complicités. Ce système
ne peut fonctionner qu’en spéculant sur l’incurable bêtise qui affecte la
plupart des citoyens à qui on a réussi à faire croire que le Marché, c’est le
lieu de rencontre de chaque liberté individuelle avec toutes les autres, et que
l’État n’est là que pour empêcher les excès et corriger les pratiques
frauduleuses d’une minorité de tricheurs. On se garde évidemment bien
d’insister sur le fait que toute confrontation sur le marché (celui de la
santé, de l’éducation, de l’emploi, du logement ou tout autre) s’effectue
inévitablement sur la base des rapports de forces préexistants, avec leurs
inégalités et leurs privilèges. Et que c’est précisément en abandonnant le
système à sa logique propre, en intervenant le moins possible ou seulement à la
marge, qu’on peut le mieux assurer la reproduction des rapports de domination.
C’est ça la liberté telle que la conçoivent les adeptes du libéralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On espère que l’association « Le droit à la santé pour tous »
saura poursuivre sa réflexion critique sur le système de santé en particulier
et social en général, et qu’elle ne manquera pas d’adresser un jour prochain,
pas seulement aux « moins scrupuleux » des médecins mais à toute la
corporation, un appel à cesser d’apporter massivement leur soutien aux tartufes
patentés de l’UMP et du PS.&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;Alain Accardo&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Chronique parue dans le journal &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ladecroissance.net&quot;&gt;La Décroissance&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, du mois de septembre
2012.&lt;br /&gt;
——&lt;br /&gt;
Alain Accardo a publié plusieurs livres aux éditions Agone : &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/denotreservitudeinvolontaire&quot;&gt;De notre servitude
involontaire&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2001), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/introductionaunesociologiecritique&quot;&gt;Introduction à une
sociologie critique&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2006), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/journalistesprecairesjournalistesauquotidien&quot;&gt;Journalistes
précaires, journalistes au quotidien&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2006), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/lepetitbourgeoisgentilhomme&quot;&gt;Le Petit Bourgeois
Gentilhomme&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2009), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/engagements&quot;&gt;Engagements. Chroniques et autres textes
(2000-2010)&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2011).&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Tenir le cap</title>
    <link>http://blog.agone.org/post/2012/07/10/Tenir-le-cap</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:598e89b583780b0d27b40e9de74d9bae</guid>
    <pubDate>Tue, 10 Jul 2012 20:10:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agone</dc:creator>
        <category>À quoi servent les livres</category>
        <category>Edition</category>    
    <description>&lt;h3&gt;Entretien sur l'édition « engagée »&lt;/h3&gt;
&lt;h4&gt;Au milieu du silence verbeux de la campagne électorale des présidentielles,
&lt;em&gt;Le Matricule des anges&lt;/em&gt; interrogeait trois éditeurs ayant choisi
« de publier des textes qui questionnent frontalement l'ordre du monde.
Éditeurs &amp;quot;engagés&amp;quot; donc, au nom d'une certaine idée de la fonction du livre, de
sa capacité à jouer un rôle moteur dans la transformation sociale qu'ils
appellent de leurs vœux ».&lt;/h4&gt;    &lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Pour une maison comme Agone, que signifie être aujourd'hui un éditeur
engagé ? Le contexte contemporain (sur le plan idéologique tout au moins)
est-il favorable à la diffusion de pensées radicales sur le monde ?&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui comme hier, le sens de l'engagement éditorial se trouve d'abord
(contre toute forme d'amateurisme, serait-il militant et radical irréprochable)
dans le respect du meilleur niveau professionnel des divers corps de métiers
qui le composent. Ensuite il s'agit d'intégrer dans sa production les savoirs
positifs (dont l'université reste encore, malgré tout, le principal
dépositaire) mis au service de la compréhension du monde par ses lecteurs et
ses lectrices. Enfin, résister aux logiques marketing (usage de la publicité et
service des grands médias) et à la quête du profit pour lui-même –
contradictoires avec une politique de fonds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant à la faveur du contexte idéologique contemporain pour la diffusion de
&amp;quot;pensées radicales&amp;quot;, ne sommes-nous pas de plain-pied dans l'ère de la plus
grande confusion ?... Où la visibilité de la pensée critique nourrit surtout un
marché de la contestation que se partagent des auteurs (archéo- ou
néo-contestataires, de Badiou à Onfray) et des collections radicales-chics
développées par des éditeurs propriétés de grands et de petits groupes, avec
l'aide active des médias officiels à leur place d'auxiliaire de l'ordre
dominant. Ce qui n'augure rien de bon &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/07/10/#pnote-689343-1&quot; id=&quot;rev-pnote-689343-1&quot; name=&quot;rev-pnote-689343-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Agone est essentiellement un éditeur d'essais mais la littérature occupe
une place importante dans votre catalogue, essentiellement sous forme de
rééditions ou de publications d'inédits d'auteurs importants. Comment
envisagez-vous l'équilibre essais/fiction dans votre production à venir
?&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas prévu de changement majeur de l'« équilibre
essais/fiction » ; d'ailleurs conçu comme un travail de complémentarité et
de passage, entre les deux domaines, au nom de la littérature comme production
singulière de connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous n'avons pas abandonné l'idée de publier plus d'auteurs français
contemporains, qui trouveraient leur place dans une collection tournant le dos
au formalisme gratuit, aux innovations à but lucratif, ou à la littérature
pure, qui abrite, dans la religion littéraire française, l'incubation des
sentiments les plus douteux.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Certains de vos livres sont d'une lecture exigeante. Avez-vous une idée
précise de votre/vos public(s) de lecteurs ? Vos livres parviennent-ils
jusqu'à ceux dont ils cherchent à décrire et éclairer les violences (sociales,
économiques) qu'ils subissent ?&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le niveau d'&amp;quot;exigence&amp;quot; — pour ne dire, pudiquement, de &amp;quot;difficulté&amp;quot; — des
livres que nous éditons est très varié. Pour ne parler que des parutions du
semestre en cours, &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://atheles.org/agone/elements/lindustriedumensonge/&quot;&gt;L'Industrie du
mensonge&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://atheles.org/agone/dossiersnoirs/arevaenafrique/&quot;&gt;Areva en
Afrique&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://atheles.org/agone/contrefeux/labioentrebusinessetprojetdesociete/index.html&quot;&gt;
La bio, entre business et projet de société&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; ne demandent aucune
compétence particulière, sinon de s'intéresser à ces sujets – dont les titres
indiquent clairement leur intérêt général.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'ampleur du public touché, on doit penser que des ouvrages aussi
différents que &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://atheles.org/agone/elements/lopinioncasetravaillepoche/&quot;&gt;L'opinion, ça
se travaille&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://atheles.org/agone/elements/delaguerrecommepolitiqueetrangeredesetatsunispoche/&quot;&gt;
De la guerre comme politique étrangère des États-Unis&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://atheles.org/agone/memoiressociales/unehistoirepopulairedesetatsunis/&quot;&gt;L'Histoire
populaire des Etats-Unis&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, avec des tirages de 20 000 à
60 000 exemplaires, ont rempli leur fonction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si certains livres, tout aussi importants sur des thèmes sociaux,
économique ou politique, sont plus difficiles à lire, c'est notre travail
d'éditeur de les rendre accessibles (par un appareil de notes, des annexes,
pré- ou postface). D'abord, parce que certains propos ne supportent pas la
simplification, qui est le premier chemin du mépris du propos (et du lecteur) –
un savoir au rabais, adapté à la grande distribution, n'est, parfois, pas
vraiment un savoir &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/07/10/#pnote-689343-2&quot; id=&quot;rev-pnote-689343-2&quot; name=&quot;rev-pnote-689343-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt; ; ensuite, élever le niveau de
compétence des lecteurs devrait faire partie de tout projet éditorial engagé,
en particulier au service de ceux et celles qu'il s'agit d'&amp;quot;éclairer sur les
violences (sociales, économiques) qu'ils subissent&amp;quot;, au sens de fournir des
instruments intellectuels leur permettant d'intégrer les expériences propres
dans un ensemble de causes plus larges (en particulier socio-historiques) – et
donc augmenter leurs moyens de lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y'a-t-il d'autre moyen en éditeur de &amp;quot;questionner l'ordre du monde&amp;quot; pour
&amp;quot;jouer un rôle moteur dans la transformation sociale&amp;quot; ?&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;Entretien avec Thierry Discepolo, par Jean Laurenti&lt;br /&gt;
A l'occasion d'un article paru dans &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://www.lmda.net/&quot;&gt;Le
Matricule des anges&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, mai 2012&lt;br /&gt;&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;——&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;
&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/07/10/#rev-pnote-689343-1&quot; id=&quot;pnote-689343-1&quot; name=&quot;pnote-689343-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Sur les apories du marché de la contestation, lire
Pierre Rimbert, &lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2009/05/RIMBERT/17064&quot;&gt;« Contestation à
consommer pour classes cultivée »&lt;/a&gt;, &lt;em&gt;Le Monde diplomatique&lt;/em&gt;, mai
2009, p. 18-19 ; Thierry Discepolo, &lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2009/10/07/La-mule-du-baron-a-la-decouverte-du-marche-de-la-consommation-contestataire&quot;&gt;
« La mule du baron à la découverte du marché de la consommation contestataire
»&lt;/a&gt; ; Jean-Pierre Garnier, &lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2011/02/14/Un-spectre-accommodant&quot;&gt;« Un spectre accommodant »&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/07/10/#rev-pnote-689343-2&quot; id=&quot;pnote-689343-2&quot; name=&quot;pnote-689343-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Sur les contradictions des livres critiques « grand
public » diffusés en masse, lire Thierry Discepolo, &lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2011/02/01/L-anticapitalisme-de-Kempf-a-Guillebaud&quot;&gt;«
L’&amp;quot;anticapitalisme&amp;quot; d’Hervé Kempf à Jean-Claude Guillebaud »&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Apaisement</title>
    <link>http://blog.agone.org/post/2012/07/04/Apaisement</link>
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    <pubDate>Thu, 05 Jul 2012 14:21:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agone</dc:creator>
        <category>La chronique d'Alain Accardo</category>
        <category>Bourdieu-Pierre</category><category>Domination-symbolique</category><category>Ordre-social</category><category>Pamuk-Orhan</category><category>Parti-socialiste</category>    
    <description>&lt;h4&gt;Après quelques vigoureux coups de menton de son candidat – campagne
électorale oblige – pour faire croire qu’il était fermement décidé à combattre
les inégalités et le pouvoir de l’argent, le parti socialiste a rapidement
retrouvé son style habituel, celui qu’incarne si bien dans toute sa personne
François Hollande et dont le qualificatif le moins désobligeant pourrait
être : lénifiant.&lt;/h4&gt;    &lt;p&gt;À peine élu, ce parfait représentant de l’inconsistance politique a entonné
à nouveau l’antienne chère à tous les partisans de la collaboration de classes,
sur le thème iréniste du « nécessaire apaisement » dont les Français
auraient, paraît-il, besoin. Et tous les candidats socialistes de bramer à sa
suite que « les Français ont besoin d’être rassemblés ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quiconque a tant soit peu d’expérience de la vie politique sait que la
notion même de « rassemblement » est généralement de droite et
qu’elle est pratiquement toujours utilisée, assortie d’une invocation à
« l’unité républicaine », pour regrouper le peuple derrière la
bourgeoisie dominante. Cela peut se vérifier dans l’histoire de nos cinq
Républiques. L’appel à l’unité républicaine – « La République est notre
mère à tous » – étant lui-même une version laïque de l’exhortation
chrétienne à la fraternité universelle – « Nous sommes tous les enfants du
Seigneur » –, on saisit mieux pourquoi, la bénédiction tacite de l’Église
aidant, il est si important aux yeux de tous les gouvernements bourgeois, y
compris « socialistes » (dont c’est la raison d’être), de réunir le
pays sous leur bannière, c’est-à-dire de soumettre l’immense majorité des
classes populaires et des classes moyennes à la politique des classes
dirigeantes et possédantes. En pratique, « l’unité républicaine »,
c’est celle du carrosse et de l’attelage, c’est la mise en sourdine des
revendications des salariés, la domestication des organisations syndicales, la
culpabilisation des oppositions, l’obéissance aux lois du marché, la
mobilisation pour le seul « intérêt général » qui vaille, celui des
banques et des grandes entreprises ; bref, « l’unité
républicaine », c’est l’antidote à la lutte des classes, qui est l’unique
danger de nature à inquiéter vraiment les riches et les maîtres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien sachez, Mesdames et Messieurs les Rassembleurs de la République,
que, pour ma part – et nous sommes quelques-uns de même farine –, je ne veux
être ni rassemblé, ni réuni, ni rapproché, si peu que ce soit, et encore moins
bien sûr confondu avec la masse d’humanoïdes, gredins et/ou imbéciles qui, pour
préserver de dérisoires gratifications présentes ou à venir, s’obstinent à
faire le jeu des prédateurs de la féodalité capitaliste et à ne pas reconnaître
leur part de responsabilité dans le fonctionnement du système corrompu,
perverti et barbare qu’ils osent qualifier de &lt;em&gt;res publica&lt;/em&gt; alors qu’il
est confisqué par toutes les mafias. Je me refuse à donner l’accolade à tous
ceux qui se font, délibérément ou par défaut, les suppôts des partis de
l’« alternance », les amis et les serviteurs du grand Patronat, de la
Banque, du FMI et de la Commission de Bruxelles, les adeptes des paradis
fiscaux, les faux écolos du capitalisme vert, les crypto-fascistes, les cadres
de la gestion, de la com, de la pub, du journalisme, et tutti quanti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous entends ricaner bêtement : « Pauvre vieil atrabilaire, à
ce train-là il ne trouvera plus grand monde pour le lire ! » Cela
reste à vérifier. Mais se moquer de l’étendue de mes détestations, c’est faire
la preuve qu’on n’a pas encore vraiment compris par quels mécanismes
multiformes et inattendus un système social, le nôtre par exemple, parvient à
réaliser concrètement sa logique objective, c’est-à-dire à faire avaliser ses
aberrations et ses ignominies par la majeure partie d’une population qui, dans
le principe, n’est dépourvue ni d’intelligence ni de moralité, mais qu’il
transforme bientôt en une troupe de marionnettes hallucinées, avides et
dociles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors de grâce, Mesdames et Messieurs les promoteurs d’unité républicaine et
autres marchands d’apaisement, laissez-moi le soin de me rassembler moi-même
avec ceux qui me ressemblent, et permettez-moi d’exécrer, non pas tous les
autres, mais tout ce qui les abîme et les aliène.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son discours de remerciement pour le prix Nobel de littérature (2006),
l’écrivain turc Orhan Pamuk résumait en quelques pages admirables les raisons
pour lesquelles il avait consacré sa vie à la littérature. Entre autres
explications il avançait celle-ci : « J’écris parce que je suis fâché
contre vous tous, contre tout le monde. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces paroles surprenantes ne s’adressaient évidemment pas au seul public de
la prestigieuse académie suédoise mais, à travers lui, à tous ceux qui se font,
ingénument ou pas, les promoteurs de la civilisation occidentale, et donc aussi
à lui-même.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait en effet que ce qui a valu à Orhan Pamuk sa distinction littéraire,
c’est d’avoir su exprimer, tout au long de son œuvre, le déchirement –
personnellement vécu – de la conscience turque écartelée, surtout dans les
populations les plus occidentalisées et laïcisées, entre la fascination
amoureuse pour l’Europe occidentale et le refus de renier son héritage
oriental, sa culture traditionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s’agit pas là d’un problème qui concernerait uniquement les Turcs les
plus épris du modèle occidental. Le même problème, &lt;em&gt;mutatis mutandis&lt;/em&gt;,
empoisonne les rapports entre les nations occidentales et leurs ex-colonies
d’Asie, d’Afrique et d’Amérique. Leur littérature en témoigne aussi. À
l’intérieur des nations occidentales elles-mêmes, cette opposition se manifeste
sous de multiples formes qui structurent l’ordre établi. C’est que les rapports
de sens qui s’instaurent sur le plan symbolique sont indissociablement des
rapports de force et que le capital culturel concourt à la domination sociale
au même titre que les autres capitaux. La différence qui apparaît dans un
savoir-être, un savoir-faire ou un savoir-dire est inévitablement interprétée
comme l’indice d’une condition sociale supérieure (ou inférieure). Toute
différence socialement perçue a pour effet de glorifier ou d’humilier. Et dans
les cercles les plus huppés de la culture occidentale, prétendument si
démocratiques, le simple fait de ne pas être un héritier culturel suffit à
stigmatiser le « parvenu », le parent pauvre, le cousin de
province.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À cet égard, la plainte teintée de ressentiment qu’Orhan Pamuk, fin lettré
turc issu de la bourgeoisie d’Istanbul, osait adresser à ceux qui venaient de
lui décerner le prix Nobel rejoignait l’aveu éloquent d’un Pierre Bourdieu,
petit-fils de paysans béarnais élu au Collège de France : « Je
ne me suis jamais senti un intellectuel de plein droit. » Ce sont là des
réactions d’&lt;em&gt;outsiders&lt;/em&gt; écorchés vifs mais ayant saisi, à travers et
au-delà de leur expérience personnelle, deux choses essentielles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D’abord que leur brillante réussite individuelle s’inscrivait dans la
logique même d’un système qui ne distingue que pour mieux rejeter, car il ne
peut fonctionner que par l’exclusion, la frustration et l’humiliation du plus
grand nombre ; un système réservant à « l’élite » et ses élus le
cœur de l’empire (le « centre », comme dit Pamuk ; le
« foyer sacré des valeurs », comme dirait Bourdieu) et reléguant
dédaigneusement les autres dans leurs contrées lointaines et leur sentiment
d’indignité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite que la frontière, la ligne de partage entre dominants et dominés, ne
passait pas seulement entre métropole et province, entre l’École normale de la
rue d’Ulm et le lycée de Pau, ni entre la rive européenne et la rive asiatique
du Bosphore, mais plus subtilement à l’intérieur d’eux-mêmes, entre leurs
aspirations à s’accomplir dans le système et leur volonté d’en dénoncer les
aliénations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus encore, leur trajectoire quasi miraculeuse non seulement ne leur a pas
masqué ce qu’elle avait d’à contre-courant mais elle les a amenés à comprendre,
à la différence de la plupart des parvenus, qu’il était de leur devoir de
mettre leur notoriété au service de ceux qui sont condamnés à l’invisibilité et
à l’autocensure. À la voix de Bourdieu décrivant la « misère du
monde » et plaidant pour « une gauche vraiment de gauche », fait
écho celle de Pamuk prenant courageusement position à propos de la stratégie
occidentale de diabolisation du « terrorisme » : « Rien ne
peut davantage justifier le soutien aux “islamistes” que le refus et
l’incapacité de l’Occident à comprendre la colère des damnés de la
terre. &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/07/04/#pnote-686595-1&quot; id=&quot;rev-pnote-686595-1&quot; name=&quot;rev-pnote-686595-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une société, qu’elle soit occidentale ou orientale, qui perpétue ses
iniquités à la faveur d’un consensus aussi mensonger que meurtrier, on ne peut,
à moins d’être un social-démocrate « apaisant », que se fâcher avec
beaucoup, beaucoup de monde. Merci à Bourdieu et Pamuk de nous avoir rappelé
qu’il n’y a pas lieu de s’en excuser.&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;Alain Accardo&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Chronique parue (pour partie) dans le journal &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ladecroissance.net&quot;&gt;La Décroissance&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, du mois de juillet
2012.&lt;br /&gt;
——&lt;br /&gt;
Alain Accardo a publié plusieurs livres aux éditions Agone : &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/denotreservitudeinvolontaire&quot;&gt;De notre servitude
involontaire&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2001), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/introductionaunesociologiecritique&quot;&gt;Introduction à une
sociologie critique&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2006), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/journalistesprecairesjournalistesauquotidien&quot;&gt;Journalistes
précaires, journalistes au quotidien&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2006), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/lepetitbourgeoisgentilhomme&quot;&gt;Le Petit Bourgeois
Gentilhomme&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2009), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/engagements&quot;&gt;Engagements. Chroniques et autres textes
(2000-2010)&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2011).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;
&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/07/04/#rev-pnote-686595-1&quot; id=&quot;pnote-686595-1&quot; name=&quot;pnote-686595-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Orhan Pamuk, &lt;em&gt;D’autres couleurs&lt;/em&gt;, Gallimard,
2009, p. 361.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>« C’est nous les gars de la Marine… »</title>
    <link>http://blog.agone.org/post/2012/06/25/C-est-nous-les-gars-de-la-Marine</link>
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    <pubDate>Wed, 27 Jun 2012 09:28:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agone</dc:creator>
        <category>La chronique de Jean-Pierre Garnier</category>
        <category>Elections</category><category>Front-de-gauche</category><category>Front-national</category><category>Parti-socialiste</category>    
    <description>&lt;h3&gt;Histoires de pirateries électorales&lt;/h3&gt;
&lt;h4&gt;Face à la tourmente financière que François Hollande allait devoir
affronter s’il était élu président de la République, selon Jean-Luc Mélenchon
il faisait figure, avec ses propositions floues sur le plan économique, de
« capitaine de pédalo ».&lt;/h4&gt;    &lt;h4&gt;Ce qui n’empêchera pas le grand timonier du Front de gauche, sitôt connus
les résultats du premier tour de la présidentielle, de lui lancer une bouée de
sauvetage en sommant ses propres électeurs de voter au second tour pour
Hollande « sans rien demander en échange » ni « traîner les
pieds ». De fait, sans ce report de voix pour le renflouer, le « capitaine
de pédalo » aurait bel et bien coulé avec son embarcation.&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Cependant, n’en déplaise à Mélenchon, point n’était besoin pour Hollande de
disposer d’un plan de bataille contre les pirates des « marchés »
puisque son dessein n’était autre que de voguer de conserve avec eux. Le cap
avait déjà été fixé depuis longtemps : à la manœuvre, les plus émérites
d’entre eux, soit une trentaine d’entrepreneurs du CAC 40 regroupés dans
le Cercle de l’Industrie. Représentant les intérêts des trusts français à
l’échelle européenne, partenaire du MEDEF, de l’Institut de l’Entreprise et de
la Table ronde des Industriels européens, ce lobby patronal avait jusqu’à
récemment pour vice–président Pierre Moscovici, un énarque et politicien
arborant le fanion rose « socialiste ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, c’est à celui-ci que Hollande avait fait appel comme directeur de
campagne pour l’aider aller sus à « la finance », comme il l’avait
promis pour mobiliser ses troupes. Proche du milieu des affaires, comme on dit,
au point d’en faire partie, Moscovici était secondé, à moins que ce ne soit
l’inverse, par un autre forban diplômé, Michel Sapin, dont les états de service
au service de l’État, notamment comme ministre de l’Économie et des Finances
(1992-93) – en réalité, de la « désinflation compétitive » – laissait
augurer le meilleur, aux yeux des marchés, du « projet présidentiel »
dont Hollande lui avait confié la responsabilité. Lequel, sitôt arrivé à bon
port, c’est-à-dire à l’Élysée, s’empressera de propulser Moscovici et Sapin
respectivement à la tête du ministère des Finances et de celui du Travail,
postes stratégiques pour lancer les opérations de piraterie sociales-libérales
à venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mener à bien ce « changement » sans créer trop de remous, ce
fut le branle-bas de combat général. Non pour envoyer par le fond les galions
européens surchargés des richesses accumulées depuis trois décennies de
surexploitation et de spéculation mais pour les maintenir coûte que coûte à
flots. Tout le (beau) monde des affaires se retrouva sur le pont. À commencer
par les matelots brevetés en économie néo-libérale dont Hollande s’était
entouré durant sa campagne, les mêmes (Philippe Aghion, Elie Cohen, Jean-Hervé
Lorenzi, Daniel Cohen, Jean-Paul Fitoussi, etc.) qui avaient déjà conseillé les
gouvernants de droite, et qui, sans doute pour le faire oublier, s’étaient
publiquement en déclarés en faveur du candidat Hollande peu avant l’échéance
électorale. Le navire sarkozien commençant déjà à faire eau de toutes part, il
était effectivement temps pour eux d’opérer un transbordement. Mais, pas
question de virer de bord : plus que jamais, on prétextera la « crise
finances publiques » pour convaincre les travailleurs de se résoudre à
galérer indéfiniment entre austérité et régression sociale. En hissant
toutefois à leur intention un pavillon de complaisance susceptible de calmer
leurs apprehensions et même de leur redonner du cœur au ventre, avec inscrit en
grosses lettres le mot « croissance ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pirates sociaux-libéraux auraient pu naviguer sans encombre sur une mer
un peu calmée si une flibustière d’origine bretonne n’avait choisi de
s’embusquer non loin des rivages nordiques pour semer la confusion. Depuis des
mois, elle avait pris les devants en canonnant sans répit contre le
« système ultra-libéral » et les grandes compagnies qui mettaient sur
la paille les prolétaires restés à terre. Bien plus, elle tirait à boulets
rouges-bruns contre les « complices rosâtres » de ce système,
n’hésitant pas à subtiliser une partie de ses munitions au Front de gauche,
lui-même (dis)qualifié de « leurre » et de « rabatteur de voix
au profit du PS » par la bougresse, qui gagnait de la sorte une popularité
indéniable parmi la populace. Résultat : un score très honorable pour elle
au premier tour de la présidentielle, qui fit l’effet d’un coup de semonce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que les vigies perchées sur les hunes médiatiques signalaient
aussitôt le risque d’une bourrasque « extrémiste » dans quelques
zones délaissée de l’Hexagone, on ressortit à la hâte des malles
« républicaines » le drapeau noir de l’ordre brun (pas mal défraîchi
à force d’avoir trop servi comme épouvantail durant les années
Mitterrand), pour effrayer une fois de plus le « peuple de gauche »
devenu sceptique à l’égard du « socialisme de gouvernement », et
l’inciter à voter malgré tout pour ses représentants afin de « barrer la
route au fascisme ». Avec un certain succès, même si la vague rose
attendue n’eut pas l’ampleur escomptée et si l’importance des défections dans
l’électorat (plus de 43 % sans compter les bulletins blancs ou nuls, pour
ne rien dire des 12 % de non inscrits) en réduisit la portée. Est-ce à
dire que la flibusterie frontiste n’est plus à redouter ? On pourrait en
douter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des législatives, quelques craquements désagréables s’étaient fait
entendre dans la mâture du côté de l’aile gauche de la flotte sociale-libérale.
Habitués à nager entre deux eaux, les Verts étaient non seulement parvenus à
placer l’une des leurs sur le pont supérieur du navire amiral alors que le
rafiot écologiste était loin d’avoir fait le plein des voix ; mais, grâce
à une alliance tactique nouée au quartier général de Solferino, ils étaient
assurés de voir nombre de leurs candidats surnager aux élections suivantes. Ce
qui eut le don d’énerver les corsaires mélenchoniens, forts des suffrages
glanés par leur chef au premier tour de la présidentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que le navire du Front de gauche n’avait pas tardé à donner
sérieusement de la bande, déstabilisé par les dissensions au sein de
l’équipage. Tandis que les vieux briscards du PCF étaient tentés une fois de
plus de baisser leur pavillon rouge délavé pour s’accrocher à leur tour au
vaisseau amiral du PS et conserver ainsi les derniers sièges que leur avaient
laissés les législatives, certains jeunes loups de mer du Parti de gauche se
demandaient s’il ne valait pas mieux au contraire mettre résolument la barre à
l’extrême gauche. Pour éviter de sombrer, au lieu de prendre le
« fascisme » pour cible prioritaire, ils étaient partisans de faire
feu à nouveau sur « les marchés » par tous les sabords.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peine perdue, leur grand Timonier était bien décidé à débarquer au beau
milieu du fief de Marine la Flibustière pour l’affronter dans un duel
homérique, quitte à bousculer au passage un maire PS qui occupait déjà la
place. Ce qui donna lieu à un curieux chassé-croisé, le Front de Gauche
accusant le Front national de piller son argumentaire anticapitaliste alors que
celui-ci accusait celui-là d’être une force d’appoint au
social-libéralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui devait arriver arriva : alors qu’il avait rêvé de jeter Marine
par-dessus bord, ce fut Mélenchon qui tomba à l’eau. « Votre incapacité à
vous passer de moi relève de la psychiatrie », avait rétorqué la première
au second durant un débat télévisé à couteaux tirés. En réalité, la flibustière
savait fort bien à quoi tenait cette incapacité. Sans voir qu’il contribuerait
à renforcer le prestige de celle qu’il était allé imprudemment défier, le Grand
Timonier du Front de gauche avait besoin d’un adversaire à sa taille pour
s’imposer comme un corsaire d’envergure face aux pirates sociaux-libéraux qu’il
avait fait mine de combattre tout en se préparant à voler à leur secours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait ce qu’il en advint. Pour faire pièce au Front National dans une
bourgade devenue emblématique, un « Front républicain » fut
constitué. Un véritable front national, en fait, puisqu’il regroupait, outre le
PS, Les Verts et le Front de gauche, le Modem et l’UMP. Et Marine fut éliminée.
Mais les pirates de gauche et de droite qui se sont ligués pour se débarrasser
d’elle ne devraient pas trop pavoiser. La piraterie capitaliste à laquelle ils
ne manqueront pas de se livrer de plus belle dans l’avenir pourrait bien à la
longue faire passer, aux yeux du peuple dont ils se réclament, la flibustière
pour une justicière.&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;Jean-Pierre Garnier&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;——&lt;br /&gt;
Jean-Pierre Garnier a publié aux éditions Agone : &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://atheles.org/agone/contrefeux/uneviolenceeminemmentcontemporaine/&quot;&gt;Une
violence éminemment contemporaine. Essais sur la ville, la petite-bourgeoisie
intellectuelle et l'effacement des classes populaires&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2010).&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Quiproquo</title>
    <link>http://blog.agone.org/post/2012/06/04/Quiproquo</link>
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    <pubDate>Mon, 04 Jun 2012 17:51:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agone</dc:creator>
        <category>La chronique d'Alain Accardo</category>
        <category>Elections</category><category>Parti-socialiste</category>    
    <description>&lt;h4&gt;Dire que le résultat de l’élection présidentielle m’a laissé froid serait
mentir. Il m’a au contraire procuré des sentiments aussi vifs que
contrastés.&lt;/h4&gt;    &lt;p&gt;D’abord la joie : joie de voir l’icône de la droite française la plus
anti-sociale, la plus cynique et la plus arrogante que l’on ait connue depuis
longtemps mordre la poussière ; joie d’entendre les pleurs et les
grincements, les cris de haine et de dépit de ses partisans ulcérés par la
défaite ; joie d’observer les Copé, Dati et consorts adressant leurs
félicitations « républicaines » au vainqueur avec des remontées
d’acide chlorhydrique dans la voix. Bref, la défaite de Nicolas Sarkozy fut
pour moi un moment de bonheur intense comme la vie politique ne m’en offre plus
guère.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je n’ai pas l’hypocrisie de compatir au désespoir des vaincus, du moins
n’ai-je eu aucun mal à le comprendre : avec la chute de leur saint patron
déboulonné de son piédestal, c’est tout un univers qui s’écroule, un monde de
pouvoirs, d’honneurs, de privilèges, de bénéfices, de sinécures, et par-dessus
tout la conviction d’en profiter en toute légitimité, la certitude sereine
qu’un régime dominé par les riches et méprisant les pauvres est un ordre juste
et digne de respect.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel coup terrible pour tous ces électeurs de droite de réaliser que
désormais leur grand timonier n’était plus à la barre et que les espérances
mises dans la poursuite de son règne étaient devenues caduques ! Pleurez,
gémissez, fidèles de l’UMP, vos larmes sont un baume pour les blessures que
votre morgue et votre égoïsme ont infligées aux victimes de votre
politique…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors que j’aurais dû me laisser aller pleinement à ma joie, j’en étais
empêché par un sentiment de tristesse tout aussi intense, celle que me causait
la victoire de l’autre candidat. Je regardais avec accablement le spectacle de
tous ces supporters en liesse, que la présence des caméras mettait au bord de
l’hystérie, comme de vulgaires footeux dans un stade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant je comprenais l’affliction de la droite, autant l’enthousiasme de la
« gauche » me rendait perplexe. Qu’acclamaient donc tous ces gens, à
quoi rimait ce débordement de félicité ? De toute évidence j’assistais,
encore une fois, à un immense quiproquo, à la réédition de la grande imposture
née de la conjonction entre les ambitions des faussaires du PS et l’inculture
historico-politique de la classe moyenne, singulièrement de sa fraction la plus
inexpérimentée et la plus amnésique, celle pour laquelle le reniement du
socialisme par les « socialistes », le ralliement de la social-démocratie
au libéralisme et à la dictature des marchés financiers, c’est une histoire
tellement ancienne qu’elle se perd dans la nuit paléolithique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces foules délirant d’allégresse n’avaient apparemment pas écouté vraiment
les discours de Hollande, n’avaient rien perçu de ses prudences, de ses
faux-fuyants, de ses contorsions pour dissimuler son refus de porter le fer
dans la plaie. Une fois de plus une population de grenouilles prêtes à se
prosterner devant un soliveau faisait aveuglément confiance à un homme et à un
parti ayant largement démontré que leur seule vocation était de voler à la
rescousse de l’État capitaliste sous couvert de républicanisme inconsistant. On
sait hélas depuis longtemps que le propre de la pensée magique, c’est
l’imperméabilité à l’expérience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il était clair que la masse d’électeurs qui venaient de hisser Hollande sur
le pavois ne se comportaient pas en citoyens héritiers des Lumières mais plutôt
en suppôts obstinés d’une religion monarchiste, en croyants extasiés espérant
qu’à la fin du sacre, leur Roi thaumaturge viendrait toucher leurs
écrouelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le mal dont souffre la « gauche » française, ce n’est pas
celui de la scrofule. C’est un mal beaucoup plus profond et plus difficile à
soigner : celui d’un trop-plein de classes moyennes et d’un déficit de
classes populaires. Ce déséquilibre, en s’aggravant au fil du développement du
tertiaire et de la croissance, a entraîné la métamorphose de la
« gauche » originelle en une « deuxième gauche », qu’il serait
plus exact d’appeler « deuxième droite » tant la petite bourgeoisie
qui la constitue pour l’essentiel s’efforce de ressembler à la grande en tous
domaines, même si elle en a de moins en moins les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n’est pas l’orviétan du rebouteux Hollande et des autres charlatans du
PS qui va opérer les miracles attendus. Les gens qui, le 6 mai, chantaient
« On a gagné ! On a gagné ! » ne tarderont vraisemblablement pas
à se demander ce qu’ils ont gagné au juste. Peut-être commenceront-ils alors à
comprendre qu’ils avaient tort de confondre la lutte politique avec un match de
foot et de prendre un Hollande pour un Messi(e).&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;Alain Accardo&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Chronique initialement parue dans le journal &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ladecroissance.net&quot;&gt;La Décroissance&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, du mois de juin
2012.&lt;br /&gt;
——&lt;br /&gt;
Alain Accardo a publié plusieurs livres aux éditions Agone : &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/denotreservitudeinvolontaire&quot;&gt;De notre servitude
involontaire&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2001), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/introductionaunesociologiecritique&quot;&gt;Introduction à une
sociologie critique&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2006), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/journalistesprecairesjournalistesauquotidien&quot;&gt;Journalistes
précaires, journalistes au quotidien&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2006), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/lepetitbourgeoisgentilhomme&quot;&gt;Le Petit Bourgeois
Gentilhomme&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2009), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/engagements&quot;&gt;Engagements. Chroniques et autres textes
(2000-2010)&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2011).&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Grosses ficelles d’hier et lobbying d’aujourd’hui</title>
    <link>http://blog.agone.org/post/2012/04/18/Grosses-ficelles-d-hier-et-lobbying-d-aujourd%E2%80%99hui</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:54086ffc16eb87f2ace285aaede58d84</guid>
    <pubDate>Wed, 23 May 2012 11:22:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agone</dc:creator>
        <category>Inactualités</category>
        <category>Lobbying</category><category>Marketing</category><category>Veolia</category><category>Ville</category>    
    <description>&lt;h4&gt;Les manières brutales des « relations publiques », fusion de la presse
et de la publicité réalisée dans les premières années du XXe siècle, seraient
aujourd'hui dépassées. Ce domaine se serait même « démocratisé »…&lt;/h4&gt;    &lt;p&gt;Au début des années 2000, rue de la République, à Marseille, des dames
d’un certain âge s’interrogeaient sur la finalité des travaux qui
retournaient toute la chaussée. On leur avait dit que c’était pour installer
un tramway. Ce qu’elles ne pouvaient croire. Le tramway, elles l’avaient connu
dans leur jeunesse. Il passait justement dans cette rue. Et c’était « il
n’y a pas si longtemps ». Certaines regrettaient la machine bringuebalante
qui leur avaient permis d’aller, pour trois francs six sous et sans rien
demander à personne, d’un bout à l’autre de cette grande ville portuaire tout
en longueur entre la mer et des collines. D’autres dénigraient ce moyen de
locomotion archaïque, heureusement remplacé par la voiture. Au milieu de ces
débats enflammés, qui se déroulaient dans une boutique de corsets
thérapeutiques, les commerçants, qui prenaient les mesures de ces dames d’un
certain âge et de certaines proportions, leur suggéraient quelques-unes des
raisons pour lesquelles « on cassait tout pour reconstruire ce qu’on avait
détruit ». Toutes les conditions étaient-elles alors réunies pour
comprendre la réapparition du tramway au cœur d’une opération
immobilière ? Il ne fait pas de doute en revanche que cette logique
allait bientôt être brutalement comprise, lorsque, après les habitants les
plus modestes de ce coin oublié du centre-ville, certaines de nos dames
vénérables, sinon leurs voisines, seraient chassées à leur tour par leurs
bailleurs, sinon par l’augmentation des loyers ou l’éloignement des commerces
de bouche remplacés par des magasins de prêt-à-porter sous franchise. Sous
le vocabulaire de la « réhabilitation » et de la
« requalification » urbaine, le renouvellement des populations est le
prix social à payer pour « rénover » les quartiers
populaires &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/04/18/#pnote-677135-1&quot; id=&quot;rev-pnote-677135-1&quot; name=&quot;rev-pnote-677135-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À la même période où se déroulait cette discussion hautement politique
entre petites gens, Normand Baillargeon évoquait, dans son introduction à
l’édition française du livre de recettes de Bernays sur la manipulation de
l’opinion en démocratie, une « actualité immédiate » : le
retour du tramway, dont il est « périodiquement question dans les villes
nord-américaines ». On est donc en droit, comme nos Marseillaises d’un
autre temps, de se poser la question que se pose l’auteur québécois :
« Comment et pourquoi le tramway, qui est un moyen de transport commode,
sûr et infiniment plus écologique que la voiture et le moteur à combustion,
a disparu des grandes villes américaines au milieu des années 1950, alors
qu’il y était solidement et depuis longtemps
implanté ? &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/04/18/#pnote-677135-2&quot; id=&quot;rev-pnote-677135-2&quot; name=&quot;rev-pnote-677135-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt; » Si la réponse tient en un mot,
celui d’automobile, l’élimination du tramway, cette concurrence déloyale (aux
yeux des défenseurs des libertés individuelles qui voulaient livrer les
villes à la voiture individuelle), n’a rien de naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait dès les années 1920, rapporte Baillargeon, que General Motors,
Firestone et Standard Oil – directement intéressés à l’essor de
l’automobile, dont ils produisaient respectivement moteurs, pneus et carburant
– ont commencé à « convaincre » les gens ordinaires d’opter,
« en matière de transport urbain, pour une solution polluante, inefficace
et extrêmement coûteuse ». Suivant les méthodes éprouvées par les
pères de l’industrie des relations publiques, l’intermédiaire de la première
phase de l’opération fut la National City Lines : cette entreprise-écran
prit progressivement le contrôle des compagnies de tramways des plus grandes
villes américaines, avant de procéder à leur démantèlement au profit
d’autobus achetés par General Motors, Firestone et Standard Oil. Tout ceci
aurait sans doute été un peu trop brutal sans l’accompagnement
adéquat : un lobbying en faveur de la National Highway Users Conference
pour la construction d’autoroutes. En une génération, les voitures
individuelles et les autobus avaient remplacé les tramways dans la plupart des
grandes villes. Les États-Unis étant un modèle de démocratie, cette
machination fut découverte (en 1959) : traduites en justice et reconnues
coupables de conspiration criminelle, les trois compagnies durent acquitter une
amende de 5 000 dollars. C’est donc ce qu’on appelle une opération
globalement positive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Découvrir les grosses ficelles que les Ivy Lee, Bernays et autres
fondateurs des relations publiques ont imaginées pour leurs puissants clients
donne un peu l’impression d’avoir affaire à un autre temps, un autre
continent. Est-ce bien sûr ? N’est-ce pas plutôt que le continuum entre
le flux permanent de la publicité et la « gestion de crise »
(retourner une faute à l’avantage du fautif), en passant par la construction
de toutes pièces d’une « image » publique – indifféremment pour une
entreprise, un produit de consommation, une pop star ou une personnalité
politique –, est désormais partie intégrante de notre quotidien ? Au
point où il devient difficile de faire la différence entre les différents
secteurs de l’industrie des relations publiques, qui traitent tous leurs objets
de la même manière et sur le même plan : informer, éduquer, vendre et
distraire &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/04/18/#pnote-677135-3&quot; id=&quot;rev-pnote-677135-3&quot; name=&quot;rev-pnote-677135-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment les recettes des héritiers du « légendaire P.T. Barnum »
pourraient-elles être moins grossières ? Ainsi, qu’y a-t-il de subtil
dans les campagnes publicitaires d’EDF, GDF ou Areva ? Première anomalie
au genre, les consommateurs (français) n’ayant que depuis peu un choix
(limité) entre leurs fournisseurs en gaz et en électricité, ces monopoles
d’État n’avaient, à proprement parler, rien à vendre ; sans parler de
l’acquisition, par le grand public, des centrales nucléaires qu’Areva
commercialise, clés en mains. Pourtant, ces annonceurs dépenseraient parmi
les plus gros budgets publicitaires français. Et redoublent de fait cette
manne en libérant plus que jamais la « création publicitaire » des
astreintes habituelles, comme la mention, au moins, d’un produit de
consommation : des enfants qui courent, surtout des enfants, des bébés
aussi, surtout des bébés souriants, mais aussi des oiseaux qui volent
au-dessus des gratte-ciels et des cimes enneigées ; des bergers
tibétains qui poussent leurs troupeaux de yacks ; et un bus qui fait
traverser les Andes à des Andins radieux. Les mots-clés attribués par le
site Culturepub.fr – qui répertorie, avec une adhésion sans recul, des
milliers de spots d’annonceurs – à trois autres films publicitaires de GDF
parlent d’eux-mêmes : « apesanteur, bille, boule, bulle, eau,
esthétique, esthétisme, plume, vol » ; « bouddhiste,
écologie, esthétique, esthétisme, girafe, igloo, maman, mère et bébé,
nature, panda, papillon, planète, protection, respect, rizière,
savane » ; « amitié, bonheur, bonne année, copain, fête,
joie, réveillon ». Ces entreprises protègent le monde pour
« nous », et elles accompagnent les recoins les plus intimes de nos
vies : inusable fée Électricité, toujours bienfaisante, même
nucléaire, surtout nucléaire. Avant sa période strictement
poético-écologique, EDF déclinait le slogan « Aujourd’hui, 75 % de
l’électricité est nucléaire ». Désormais, son image publique est
codée « carbone, chaleur, changements climatiques, CO2, écologie,
économie, effet de serre, énergie, environnement, extrait, fumée, montage,
pollution, protection » et « abandon, anéantissement, civilisation,
culte, déforestation, désertification, environnement, érosion, hommage,
légende, mythe, nature, pluie, recherche, statue, tempête, vénération
» &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/04/18/#pnote-677135-4&quot; id=&quot;rev-pnote-677135-4&quot; name=&quot;rev-pnote-677135-4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme en temps de guerre la défense de la patrie, son honneur, etc., la
protection de l’environnement, de la biodiversité, etc. sont de nos jours
cuisinées (et mangées) à toutes les sauces. Et le nom du traiteur commence
souvent par « Fondation » – forme administrative des services de
propagande de toute multinationale qui façonne le monde pour nous et nous
accompagne jusque dans notre intimité. Avec ses faillites, ses mues et ses
renaissances, l’ex-Générale des eaux, ex-Vivendi et désormais Veolia
Environnement illustre ce qui se fait de plus raffiné en relations publiques.
D’abord, donc, changer de nom – ce qui change tout. Mais qui ne suffit pas
toujours, par exemple, à étouffer la responsabilité de Veolia Environnement
dans une catastrophe écologique comme celle qui a touché la Flandre, en
décembre 2009 : le déversement d’eaux usées dans la Senne causée par
la fermeture de la station d’épuration de Bruxelles-Nord gérée par sa
filiale Aquiris &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/04/18/#pnote-677135-5&quot; id=&quot;rev-pnote-677135-5&quot; name=&quot;rev-pnote-677135-5&quot;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle solution imaginera Hill &amp;amp; Knowlton, l’« une des plus grandes
agences américaines spécialisées dans la gestion de crise », engagée
par Veolia ? Une stratégie aussi subtile qu’un dépôt de plainte pour
diffamation, en 2010, contre le documentaire Water Makes Money ? Qui
dévoile ses pratiques de lobbying particulièrement intrusives, touchant des
associations de défense de l’environnement, l’administration publique de
plusieurs pays et allant jusqu’à la corruption de fonctionnaires, avec l’achat
de concessions sous forme de cadeaux pour les municipalités et la
dissimulation des prêts dont les intérêts exorbitants sont payés par les
usagers via la (sur)facturation du service d’eau privatisée $$&lt;em&gt;Water
Makes Money&lt;/em&gt;, documentaire de Leslie Franke et Herdolor Lorenz,
Allemagne/France, 2010 ; diffusé par la chaîne de télévision Arte dans
le cadre de sa programmation pour la Journée mondiale de l’eau, le 22 mars
2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En matière d’« innovation stratégique », on ne fait toujours
rien de mieux, un siècle après Ivy Lee, qui a recouvert l’image négative du
rôle social des grands patrons à coups de campagnes de presse relayant œuvres
de charité et fondations qui financent les universités et la recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, depuis septembre 2001 l’Institut Veolia Environnement, association à
but non lucratif, a-t-il été fondé pour réfléchir « sur les grandes
tendances qui émergent à l’interface entre société et environnement ».
Dans le détail, les rapports produits par l’Institut donnent peut-être,
parfois, l’impression de s’éloigner de l’intérêt général – comme
l’« analyse de la couverture financière des risques
catastrophiques », qui se « focalise sur le risque de
terrorisme », pour mettre à jour « les freins qu’ils opposent au
développement de marchés d’assurances et de réassurances » ; ou
l’histoire de la « révérence et de la vénération » des gens pour
l’eau, « qu’il faut mettre en lumière &lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/04/18/...&quot; title=&quot;...&quot;&gt;...&lt;/a&gt;
pour se comprendre mutuellement et éviter mésententes et
conflits » ; ou encore l’analyse des « conditions sous
lesquelles les entreprises sont exposées à une menace de contestation
économique ou sociale » et « des stratégies de couverture à
mobiliser face à une contestation émergente ». Pour ceux qui pourraient
douter de la mission scientifique de l’Institut, la multinationale s’offre les
services du professeur au Collège de France et titulaire de la chaire
d’immunologie moléculaire, membre de l’Académie des sciences, président du
Réseau d’immunologie à Singapour et directeur général honoraire de
l’Institut Pasteur Philippe Kourilsky, membre du conseil d’administration de
Veolia Environnement, au sein duquel il préside le Comité stratégique
recherche innovation et développement durable &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/04/18/#pnote-677135-6&quot; id=&quot;rev-pnote-677135-6&quot; name=&quot;rev-pnote-677135-6&quot;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Très au-dessus du retraitement des eaux usées, la Fondation Veolia
Environnement décerne depuis 2006 son « Prix du livre
environnement », une initiative destinée à « soutenir, encourager
et promouvoir les écrivains et les maisons d’édition qui concourent à la
sensibilisation du grand public aux enjeux majeurs de la planète ». Pour
réaliser ce programme, la cuvée 2011 s’était dotée d’un jury présidé par
le journaliste et écrivain de terroir Denis Tillinac, intime de Jacques Chirac
et soutien historique de Nicolas Sarkozy – personnalités politiques assez peu
associées aux luttes écologiques. Le livre primé est paru aux éditions du
Seuil, propriété du groupe Chanel, industrie parfumière diversifiée dans
les couverts Guy Degrenne, les montres Bell &amp;amp; Ross, les fusils de chasse
Holland &amp;amp; Holland et les maillots de bain Eres – toutes activités assez
peu en lien avec les « enjeux majeurs pour la planète ». Une
multinationale se devant de mener des actions internationales, la fondation
Veolia Environnement fait savoir par voie de presse qu’elle intervient en
priorité dans le domaine de la solidarité dans le monde, apportant aide
financière et compétences, en partenariat avec des organisations
humanitaires, partout où des caméras peuvent relayer son logo : en 2009
auprès des sinistrés du séisme en Indonésie et des réfugiés fuyant les
conflits en République démocratique du Congo ; aux côtés de la
Croix-Rouge dans sa lutte contre l’épidémie de choléra au Zimbabwe ;
dès le lendemain du tremblement de terre d’Haïti, en janvier 2010, où des
experts et des volontaires de Veolia Eau Guadeloupe sont intervenus pour
alimenter les sinistrés en eau. Serait-ce une sorte de « Robin des
eaux », qui dépense ailleurs, en stratégie de communication à
destination d’ici, ce qu’il a volé là ?&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;Thierry Discepolo&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;——&lt;br /&gt;
Extrait du complément au chapitre II, « Art de l’arnaque et science de la
propagande », de Sheldon Rampton et John Stauber, &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://atheles.org/agone/lindustriedumensonge&quot;&gt;L’Industrie du mensonge.
Relations publiques, lobbying &amp;amp; démocratie&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;,traduit de l’anglais
par Yves Coleman. Nouvelle édition préfacée, actualisée et complétée par
Nicolas Chevassus-au-Louis et Thierry Discepolo, Agone-« Éléments »,
Agone, 2012, p. 35-41.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;
&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/04/18/#rev-pnote-677135-1&quot; id=&quot;pnote-677135-1&quot; name=&quot;pnote-677135-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]  Sur ces questions, lire le dossier &lt;a href=&quot;http://atheles.org/agone/revueagone/agone38et39/&quot;&gt;« Villes et
résistances sociales »&lt;/a&gt;, &lt;em&gt;Agone&lt;/em&gt;, 2008, n° 38-39 ; spéc.
Alèssi Dell’Umbria, &lt;a href=&quot;http://revueagone.revues.org/197&quot;&gt;« Le
paysage contemporain de la ville de Marseille. Aux origines de
l’avant-dernière destruction (1960-2005) »&lt;/a&gt; ; et le documentaire
de Patrick Taliercio, &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://archive.org/details/LesIndesirables&quot;&gt;Les Indésirables&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; ;
également, Jean-Pierre Garnier, &lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2010/03/15/Renovation-urbaine-et-renouvellement-social&quot;&gt;« “Rénovation
urbaine” et renouvellement social »&lt;/a&gt;, BlogAgone, 16 mars 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/04/18/#rev-pnote-677135-2&quot; id=&quot;pnote-677135-2&quot; name=&quot;pnote-677135-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;]  Normand Baillargeon, préface à EdwardBernays,
&lt;em&gt;Propaganda, Comment manipuler l’opinion en démocratie&lt;/em&gt;, La
Découverte-« Zones », 2007, p. 21. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/04/18/#rev-pnote-677135-3&quot; id=&quot;pnote-677135-3&quot; name=&quot;pnote-677135-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;]  La confusion entre vendre et distraire est sans
doute la plus accomplie dans le commerce des produits dérivés associés à la
production cinématographique de masse. Si l’ancêtre et le leader incontesté
de ce système – loin devant les producteurs des « Spiderman » et
autres « Harry Potter » – est sans conteste le « Walt Disney’s
Wonderful World of Color » et ses parcs d’attraction, la sortie en France
du film &lt;em&gt;Tintin&lt;/em&gt;, réalisé par Steven Spielberg, a dérogé, en automne
2011, aux règles de (relative) discrétion : la campagne publicitaire
pour le film, pourtant massive, semble avoir été recouverte par celle de
Carrefour, qui mobilisait les protagonistes de la BD pour vendre leurs
figurines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/04/18/#rev-pnote-677135-4&quot; id=&quot;pnote-677135-4&quot; name=&quot;pnote-677135-4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;] Mots-clés retenus par &amp;lt;www.culturepub.fr&amp;gt;
respectivement pour les spots GDF « Par respect », 2001 ; « Les vœux », 2002.
Pour EDF, voir « Eather Island », 2008 ; « Not Easy Being Green », 2008 ; et,
sur la période « Assumons le nucléaire », par ex. « Le Bal » et « La perceuse
», 1992, ou « Le mage », 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/04/18/#rev-pnote-677135-5&quot; id=&quot;pnote-677135-5&quot; name=&quot;pnote-677135-5&quot;&gt;5&lt;/a&gt;] Marc Laimé, &lt;a href=&quot;http://blog.mondediplo.net/2010-01-06-Toulouse-Bruxelles-l-axe-du-mal-de-Veolia&quot;&gt;
« Toulouse-Bruxelles : l’axe du mal de Veolia »&lt;/a&gt;, BlogMondeDiplo, 6 janvier
2010 ; Francois Robert, « Senne polluée : l’autre explication », Le Soir
(Bruxelles), 6 janvier 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/04/18/#rev-pnote-677135-6&quot; id=&quot;pnote-677135-6&quot; name=&quot;pnote-677135-6&quot;&gt;6&lt;/a&gt;] Citation et données issues du site officiel de
l’&lt;a href=&quot;http://www.institut.veolia.org/fr&quot;&gt;Institut Veolia
Environnement&lt;/a&gt;, consulté le 11 novembre 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Ecrire à Jean-Marc Rouillan</title>
    <link>http://blog.agone.org/post/2012/05/18/Ecrire-a-Jean-Marc-Rouillan</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:283ba81d13aca8f90fa49740c8f848a6</guid>
    <pubDate>Fri, 18 May 2012 10:17:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agone</dc:creator>
        <category>Pour suivre JMarc Rouillan</category>
        <category>Justice</category><category>Prison</category>    
    <description>&lt;h4&gt;Depuis le 18 mai 2012, Jean-Marc Rouillan « bénéficie du régime de
liberté conditionnelle ».&lt;/h4&gt;    &lt;p&gt;Pour lui écrire (en n'oubliant pas de joindre des timbres et des enveloppes
à votre courrier pour faciliter les réponses) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Marc Rouillan&lt;br /&gt;
Chez Editions Agone&lt;br /&gt;
BP 70072&lt;br /&gt;
F-13192 Marseille cedex 20&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Statistique et fabrique d’un discours d’État : les chômeurs « fraudeurs »</title>
    <link>http://blog.agone.org/post/2012/05/03/Statistique-et-fabrique-d-un-discours-d-Etat-les-chomeurs-fraudeurs</link>
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    <pubDate>Mon, 07 May 2012 09:26:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agone</dc:creator>
        <category>Inactualités</category>
        <category>Chômage</category><category>Propagande</category>    
    <description>&lt;h4&gt;Le 8 mars 2012, Nicolas Sarkozy, président de la République et candidat
déclaré à sa succession, est interviewé, lors d’une émission matinale très
populaire, par Jean-Jacques Bourdin sur la radio RMC. Il n’y cesse, comme dans
la plupart de ses apparitions médiatiques, de mobiliser des statistiques dites
« officielles ».&lt;/h4&gt;    &lt;p&gt;Les chiffres permettent au candidat-président de raconter l’histoire
suivante : certes, le chômage a augmenté (« 17 % ») depuis
2007 en France, mais bien moins que dans d’autres pays européens
(« 281 % en Espagne ») – ce qui atteste de l’efficacité du
président « protecteur ». Mais s’il y a beaucoup de chômeurs
(« 2,8 millions ») ou de titulaires du RSA (« 1,8 millions
de foyers »), c’est parce que certains ne veulent pas travailler
(« 500 000 offres d’emploi non satisfaites ») ou se former
(seulement « 10 % de chômeurs en formation ») et profitent du
système d’indemnisation et de prise en charge (« la fraude ») qui
coûte cher aux Français (« 35 milliards d’euros » pour la
formation ; « 10 milliards » pour le RSA).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Français sont donc, pour une partie d’entre eux, responsables de leur
situation. Et le Président-candidat ne peut laisser passer ces
« abus ». C’est son devoir de s'opposer aux corps intermédiaires –
qui profitent eux aussi du système (« les organisations
socioprofessionnelles ») – en s’adressant directement aux Français
(« le référendum »). Il s’agira d’imposer la fermeté contre les
fraudeurs et les profiteurs en les obligeants à travailler et à se former.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette grille de lecture du chômage de masse et sa mise en scène médiatique
ne sont pas nouvelles ni le seul fait du Président-candidat. Des récits de ce
type se sont imposés, au-delà de la droite, parmi les élites bureaucratiques
depuis 1995 &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/05/03/#pnote-679545-1&quot; id=&quot;rev-pnote-679545-1&quot; name=&quot;rev-pnote-679545-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;De la manipulation des chiffres à la manipulation symbolique du monde
social&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;À quoi servent les chiffres dans ces discours ? D’abord, ils permettent
de qualifier le bilan du Président en s’appuyant sur le discours de la science
et de la raison. Ensuite, le langage statistique est le principal (voire
unique) moyen pour le candidat de parler de chômeurs, qu’il ne croise
jamais ; mais, en revanche, sur lesquels il peut agir. Enfin, il opère ce
que Pierre Bourdieu appelle une « manipulation symbolique du monde
social ». Par le langage statistique, Nicolas Sarkozy pastiche des figures
ou catégories typiques : les « chômeurs volontaires », les
« fraudeurs », les « fainéants » et les « bons »
chômeurs, ceux qui cherchent « vraiment » un travail. Le
Président-candidat se risque à redéfinir la catégorie de « chômeur »
(qui s’était imposée au sortir de la Seconde Guerre mondiale). Le
« chômeur » n’est plus celui qui n’a pas d’« emploi »
– c’est-à-dire un travail, à temps plein, en contrat à durée indéterminée (ou
déterminé) – mais celui qui n’est pas en « activité », terme qui
englobe des situations qui vont de « petits jobs » à des
« travaux d’intérêt collectif », le plus souvent à temps partiel, et
qui ne permettent pas de survivre sans aides sociales. La frontière n’est donc
plus ici entre chômeurs et salariés mais entre ceux « qui restent chez
eux » et ceux « qui ont une activité », entre les
« fraudeurs » et les « honnêtes » chômeurs et salariés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chiffres constituent ici la principale ressource du Président-candidat
pour imposer sa vision du problème du chômage. La formule « 2,8 millions
de chômeurs mais 500 000 offres d’emploi non satisfaites » construit
une chaîne logique : il y a des chômeurs qui ne veulent pas prendre les
emplois disponibles. Cette équation produit un effet de retournement : les
chômeurs ne sont pas au chômage parce qu’il n’y pas d’emplois – par exemple du
fait de la crise et de la faible croissance économique – mais parce qu’ils ne
veulent pas travailler. Elle introduit le discours de dénonciation de la
« culture de l’assistanat », des « abus » et de la
« fraude ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quand ce chiffre des « offres d’emploi non satisfaites »
est-il diffusé dans les médias ? Suivant une recension de la presse
écrite, il s’est d’abord diffusé au début des années 2000 par la voix du
Medef : en pleine renégociation sur l’indemnisation des chômeurs, les
responsables patronaux dénoncent le système de prise en charge des chômeurs,
qui ne les « inciterait » pas à chercher (et reprendre) un emploi. La
preuve par les chiffres : 800 000 offres d’emploi seraient alors non
pourvues. Le patronat propose donc un accompagnement plus coercitif des
chômeurs, avec des sanctions systématiques (diminution puis suppression des
indemnités) contre ceux qui ne recherchent pas « activement » un
emploi. Cette catégorie statistique est ensuite reprise, entre 2002 et 2004,
par le ministre des Affaires sociales François Fillon. Le chiffre sert alors à
légitimer le renforcement du suivi et du contrôle par l’ANPE – à partir de
2005, les chômeurs sont convoqués tous les mois – mais aussi le développement
des opérateurs privés de placements qui concurrencent l’ANPE. Enfin, le
chiffrage est remobilisé par Nicolas Sarkozy après son élection, en 2008 :
il s’agit d’une part de justifier le durcissement des politiques d’accueil des
étrangers – les emplois vacants doivent aller aux Français ; et, d’autre
part, de promouvoir de nouvelles réformes des politiques de gestion du chômage
en imposant des sanctions aux chômeurs qui refuseraient plus de deux
offres d’emplois « raisonnables ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment le chiffre des « offres d’emplois non satisfaites » est-il
fabriqué ? Si ce chiffre est bien produit par une administration d’État,
le Pôle Emploi, en revanche, il ne fait l’objet d’aucune « publication
officielle » d'administrations de la statistique publique comme l’INSEE ou
la DARES (service statistique du ministère du Travail). Parce que ces
institutions ont jusqu’ici considéré qu’il était peu fiable. Ce chiffre est
issu de la différence entre les offres d’emplois recueillies et les offres
d’emplois dites « satisfaites », celles où l’employeur a pourvu
l’offre et l’a signalé à Pôle Emploi &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/05/03/#pnote-679545-2&quot; id=&quot;rev-pnote-679545-2&quot; name=&quot;rev-pnote-679545-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;. En 2010, Le
résultat était de 440 000 offres d’emploi non satisfaites – ce qui est
proche du chiffre cité par Nicolas Sarkozy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le chiffre est approximativement « bon », l’équation « une
offre d’emploi non satisfaite est égale à un emploi laissé vacant » est en
revanche très fragile. Premièrement, il n’y a pas toujours une offre pour un
emploi, mais parfois deux offres. Le même emploi peut ainsi faire l’objet d’une
offre sous forme de CDD et d’un contrat d’intérim. Deuxièmement, une offre ne
veut pas toujours dire un emploi à pourvoir : beaucoup d’entreprises,
notamment dans les secteurs à forte rotation, déposent des offres pour se
constituer un portefeuille de candidatures et de CV. Troisièmement, une
« offre d’emploi non satisfaite » ne signifie pas nécessairement que
l’emploi n’a pas été pourvu. « La satisfaction » de l’offre repose
sur une déclaration volontaire de l’employeur. Mais il peut avoir pourvu
l’emploi par d’autres canaux que Pôle Emploi (bouche à oreille et réseaux
informels, petite annonce dans la presse, etc.) sans que cette dernière ne le
sache. De même, l’entreprise peut simplement renoncer à sa procédure de
recrutement sans retirer l’offre (le contrôle de Pôle Emploi est faible). Bref,
l’« offre d’emploi non satisfaite » n’est que rarement synonyme
d’« emploi » qui n’a pas trouvé preneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au final, la chaîne logique « offres d’emploi non satisfaites
= emplois vacants = chômeurs qui ne veulent pas travailler » relève
surtout de la manipulation statistique. Le chiffre permet en effet de donner
corps à la figure du « chômeur volontaire » pourtant quasi
inexistante dans la réalité &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/05/03/#pnote-679545-3&quot; id=&quot;rev-pnote-679545-3&quot; name=&quot;rev-pnote-679545-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;La fabrique des chiffres d’État&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Qu’est-ce qui rend possible la diffusion de cette catégorisation des
chômeurs ? Si ce discours et l’expertise statistique sur laquelle il
prétend s’appuyer ont fait l’objet d’une critique de la part des associations
de chômeurs, des statisticiens publics et de certains journalistes spécialisés,
en revanche, aucun haut fonctionnaire ou dirigeant gouvernemental ne les a
contestés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En la matière, l'État dispose du monopole sur les catégorisations et
classements « officiels » : ce sont les hauts fonctionnaires des
ministères – et notamment ceux issus du corps des administrateurs de l’INSEE –
qui labellisent les catégories statistiques. Ce sont eux qui choisissent de
donner de l’importance à certaines séries statistiques en les publiant et en
les communiquant au gouvernement et à la presse. Ils font aussi le choix de
« durcir » une statistique en en rappelant (ou non) sa fiabilité
(marges d’erreur, conditions de productions). Ils produisent ainsi, plus ou
moins, des vérités État. La fabrication des chiffres n’est pas le produit d’un
processus démocratique mais le fruit d’une décision où les hauts fonctionnaires
sont en position de force. L’État est dépositaire du pouvoir symbolique de
faire connaître certains problèmes mais aussi (voire surtout) à rendre
invisible d’autres « visions des divisions ». Par exemple
l’obstruction de ces administrateurs à produire et diffuser des indicateurs de
précarité tels que « l’emploi inadéquat », comme le demandait le
collectif « les Autres Chiffres du Chômage » en 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monopole de la catégorisation, l’État dispose aussi de celui de la diffusion
des chiffres « officiels ». Comment s’opère la division du travail de
commentaire sur les chiffres ? Si les services de l’État publient les
statistiques – par le biais de documents et d’un calendrier très codifiés –, en
revanche, les responsables gouvernementaux s’octroient un monopole du
commentaire sur le commentaire des statisticiens. Autrement dit, ce sont eux
qui communiquent auprès de la presse. Rares sont les expressions des
statisticiens publics dans les médias. Les responsables gouvernementaux peuvent
alors tout à fait, comme le Président dans sa campagne, jouer sur le sens et
l’interprétation des données.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce partage des rôles ne va pas sans tension lorsque les agents de
l’État considèrent que le gouvernement « instrumentalise » les
chiffres. En 2007, les statisticiens du ministère du Travail s’étaient
mobilisés (manifestations, grève) contre le gouvernement, accusé de communiquer
sur la baisse du chômage alors qu'ils avaient démontré la fragilité de ces
données. Leur autonomie et leur indépendance vis-à-vis du pouvoir politique est
un enjeu d’autant plus crucial qu’il est une condition de la reconnaissance des
chiffres qu’ils produisent et donc de leur légitimité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le même temps, ces différents services – et spécialement les hauts
fonctionnaires qui sont à leur tête – sont engagés dans des luttes pour
renforcer leur position (augmentation des crédits et des moyens, extension de
leur domaine d’intervention, etc.). La reprise des chiffres officiels dans le
débat public peut devenir un atout dans cette compétition, sous la forme
d'échanges de bons procédés entre hauts fonctionnaires et gouvernement. Par
exemple, depuis le milieu des années 2000, les hauts fonctionnaires du
ministère du Travail et de Pôle Emploi laissent le gouvernement communiquer sur
les chiffres du chômage alors même que ceux-ci ne sont pas encore publiés. Dans
le jargon administratif, cette pratique est qualifiée de « ruptures
d’embargo », qui permet aux ministres d’anticiper la sortie officielle des
chiffres et donc de maîtriser leur mise en récit avant tout autre acteur du
débat public.&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;L'invention des « chômeurs volontaires »&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;En plus de politiser les chiffres, les hauts fonctionnaires participent à
formuler les grilles de lecture des problèmes sociaux. Ainsi la figure des
« chômeurs volontaires » a-t-elle d'abord été produite par une série
d’experts. Jusqu’au début des années 1990, le chômage de masse reste expliqué
principalement par une faible croissance économique. Ce qu'il faut corriger par
une politique de créations d’emplois publics ou privés subventionnés, voire par
un partage du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bientôt se substitue une autre explication, promue par le patronat et
le ministère des Finances : le marché du travail serait trop
« rigide » en France et les chômeurs trop peu incités à reprendre un
emploi. La solution au chômage doit alors résider : d’une part dans la
flexibilisation du marché du travail (remise en cause du SMIC et exonération de
cotisations sociales, assouplissement des règles de licenciement) ;
d’autre part dans un effort pour faciliter la rencontre (le &lt;em&gt;matching&lt;/em&gt;)
entre l’offre et la demande de travail. Ces préconisations s’appuient notamment
sur la mise en avant d’un volume important d’emplois vacants, d’offres d’emploi
non satisfaites, ou de « tensions » et de problèmes de recrutement
sur le marché du travail (des constats douteux, comme on l'a vu). Ces rapports
officiels mettent l’accent sur la nécessité d’accroître la mobilité et la
rotation des chômeurs sur le marché du travail : ils justifient des
mesures pour accroître l’incitation au travail par un « accompagnement
personnalisé » – ce qui signifie entre autres une augmentation des
contrôles sur les demandeurs d’emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conversion des sommets de l’État à une approche néo-libérale du problème
du chômage (encourager le bon fonctionnement du marché du travail en facilitant
l’adéquation entre « offre » et « demande » de travail)
correspond aussi à une transformation des personnels à la tête des
administrations. Alors que le recrutement des hauts fonctionnaires en charge
des politiques d’emploi, notamment au ministère du Travail ou à l’ANPE, puisait
dans un vivier d'experts venus du catholicisme social et de la deuxième gauche
ou s’appuyait sur des économistes keynésiens et hétérodoxes, à la fin des
années 1990, les nouveaux hauts fonctionnaires de ces administrations sont
passés par le ministère des Finances, le FMI ou l’OCDE, où se sont imposés des
économistes libéraux. Ces experts, sans nécessairement parler de
« fraudes », mobilisent les concepts de l’économie classique – le
chômeur comme acteur économiquement rationnel (&lt;em&gt;homo oeconomicus&lt;/em&gt;) –
pour diffuser la figure du « chômeur volontaire » – c’est-à-dire qui
n’est pas « incité » à travailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette reformulation du « problème » du chômage trouve sa
traduction chiffrée dans la mise en avant des statistiques des emplois non
pourvus et symétriquement dans la redéfinition de la catégorie statistique du
chômage. En effet, en 2007, l’INSEE a modifié son interprétation de la
définition du chômage au sens du BIT 4. Alors que, jusque-là, l’Institut
défendait le principe selon lequel les demandeurs d’emploi inscrits à Pôle
Emploi sont considérés comme « recherchant » un emploi et donc comme
des « chômeurs », on insiste désormais sur la déclaration des actes
de recherche d’emploi (réponse à des petites annonces, envoi de CV, etc.).
Cette modification permet d'exclure de la catégorie de chômeur environ
200 000 personnes, diminuant d’un peu moins d’un point le taux de chômage.
En insistant donc sur les démarches de recherche d’emploi, la nouvelle
définition tend à faire disparaître des comptages ceux qui, pour de nombreuses
raisons, ne se montreraient pas « actifs » dans leur recherche
d’emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les récits du Président-candidat sont déjà solidifiés dans les discours
bureaucratiques, mis en forme par les chiffres « officiels » qui leur
donnent vie. Nicolas Sarkozy n’a plus qu’à retraduire la vulgate économique
dans un discours moral et politique : le chômeur qui n'a pas été
« incité » à travailler devient un « fraudeur ».&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;Étienne Penissat&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Une première version de ce texte est parue sur &lt;a href=&quot;http://blogs.mediapart.fr/edition/sociologie-politique-des-elections/article/100412/statistique-et-fabrique-d-un-discours&quot;&gt;
Mediapart&lt;/a&gt; le 10 avril 2012.&lt;br /&gt;
——&lt;br /&gt;
Chercheur au CNRS (CERAPS, Lille 2), membre du comité de lecture de la &lt;a href=&quot;http://atheles.org/agone/revueagone/index.html&quot;&gt;revue Agone&lt;/a&gt;, il coordonne
le numéro 50 « Réprimer &amp;amp; domestiquer : stratégies
patronales » (à paraître en janvier 2013).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;
&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/05/03/#rev-pnote-679545-1&quot; id=&quot;pnote-679545-1&quot; name=&quot;pnote-679545-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Lire Vincent Dubois, &lt;a href=&quot;http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/66/06/74/PDF/Dubois_surveiller.pdf&quot;&gt;« La
promotion du contrôle : retour sur la construction politique de la fraude
sociale comme problème public »&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/05/03/#rev-pnote-679545-2&quot; id=&quot;pnote-679545-2&quot; name=&quot;pnote-679545-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Cf. la &lt;a href=&quot;http://acdc2007.free.fr/76011.pdf&quot;&gt;note
du collectif ACDC&lt;/a&gt;. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/05/03/#rev-pnote-679545-3&quot; id=&quot;pnote-679545-3&quot; name=&quot;pnote-679545-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] Seuls 2 % des chômeurs interrogés déclarent ne pas
vouloir travailler à l’avenir, essentiellement pour des raisons de santé
(DARES, « La question financière : une préoccupation importante des
actifs sans être perçue comme le principal frein au retour à l’emploi »,
Premières Informations. Premières Synthèses, juin 2008, n°24.1).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Déconnection</title>
    <link>http://blog.agone.org/post/2012/05/02/Deconnection</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:ead88db8eaaba1895c74594ebe1b1b22</guid>
    <pubDate>Wed, 02 May 2012 16:51:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agone</dc:creator>
        <category>La chronique d'Alain Accardo</category>
        <category>Elections</category><category>Médias</category>    
    <description>&lt;h4&gt;J’ai suivi cette campagne électorale comme la précédente, avec un sentiment
grandissant d’irréalité, comme si j’assistais à un spectacle un peu étrange,
voire ésotérique, monté par des bateleurs pour rameuter les badauds.&lt;/h4&gt;    &lt;p&gt;Il me semble que cet effet de déréalisation, ressenti par beaucoup, est lié
à la quasi-monopolisation du travail d’information, singulièrement en matière
politique, par les grands médias et leurs journalistes. La dimension
dramaturgique ou, si l’on préfère, la part de théâtralité inhérente à toute vie
sociale, est devenue une fin en soi à mesure que s’est étendue la mise en scène
par les médias des différents aspects de notre existence. Aujourd’hui le
processus de théâtralisation est achevé : tout, la vie publique, la vie
privée, la vie intime, tout est transformé en représentations et nous sommes
tous acteurs et spectateurs à la fois. Les élections, comme le reste, ne sont
plus qu’un spectacle déconnecté de la réalité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De surcroît, ce spectacle est réalisé par une des pires espèces de
professionnels que la classe moyenne ait historiquement engendrées : les
journalistes. Quand on allait naguère au théâtre, c’était pour voir jouer une
pièce dont l’auteur savait l’art de représenter, au moyen d’habiles fictions,
les problèmes réels de la condition humaine. Aujourd’hui, les médias viennent à
domicile, sous apparence de nous informer d’une « actualité », présentée
comme authentique – mais profondément falsifiée –, nous donner la
représentation artificieuse d’un monde réduit à la vision qu’on en a depuis les
salles de rédaction des entreprises de presse. Les auteurs ne s’appellent plus
Sophocle, Molière ou Tchékhov mais Pujadas, Calvi ou Giesbert. Des écrivains de
génie aux scénaristes interchangeables, on mesure le chemin parcouru.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les campagnes électorales sont le moment rêvé pour déployer leur talent de
mise en scène. Leur emprise sur la représentation est totale. Des trois coups
du régisseur aux commentaires du critique théâtral, de la distribution des
rôles au choix des décors, des éclairages à la direction des comédiens, ils
fabriquent littéralement sous nos yeux une pièce qui prétend montrer la réalité
alors qu’elle n’en est que la caricature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À chaque élection, les journalistes reprennent ces manipulations dont dépend
leur standing matériel et symbolique. Pour donner l’impression que le spectacle
se renouvelle, ils introduisent chaque fois quelques variantes scénographiques,
telles que le « grand oral » auquel ils ont décidé de soumettre les
candidat(e)s de la présidentielle comme si c’étaient de simples étudiant(e)s de
Sciences Po. Nul doute que la prochaine étape verra les journalistes s’ériger
carrément en jury d’admission pour désigner le meilleur des prétendants et
l’introniser eux-mêmes. La souveraineté populaire aura alors vécu – ou plutôt
elle sera enfin tout entière transférée entre les mains d’un clergé
journalistique faisant et défaisant à sa guise les cardinaux papables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant la consécration suprême, les journalistes poursuivent, élection
après élection, leur entreprise de démolition du débat démocratique. Le
procédé, rodé et ritualisé au fil des années, demeure fondamentalement le
même : convoquer le personnel politique sur des tréteaux médiatiques
dressés tout exprès, des espèces de rings où le fin du fin est d’acculer les
candidats dans les cordes en les malmenant, ou bien de les lancer les uns
contre les autres comme des coqs de combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines personnalités, plus intelligentes ou moins conciliantes que les
autres, se rebiffent et volent dans les plumes de leurs tourmenteurs. Mais dans
l’ensemble elles font preuve d’une inlassable complaisance, quand ce n’est pas
de connivence, tant est grand leur souci de se faire bien voir d’une
corporation qui contrôle étroitement l’accès à l’expression publique. Ainsi se
sont vidées de leur contenu les campagnes électorales, transformées en comédies
insipides, destinées à faire croire à la permanence d’un combat politique, dans
une société dont les élites ne reconnaissent plus en fait que le pouvoir du
Marché. Réglées dans les moindres détails par leurs ordonnateurs, avec leurs
litanies de questions vicieuses et de réponses tactiques, allant rarement à
l’essentiel, elles ne sont plus que des liturgies d’apparence démocratique dont
les croyants du dimanche savent d’avance qu’elles n’engagent à rien pour la
semaine à venir. Un sentiment d’irréalité, disais-je…&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;Alain Accardo&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Chronique initialement parue dans le journal &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ladecroissance.net&quot;&gt;La Décroissance&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, du mois de mai
2012.&lt;br /&gt;
——&lt;br /&gt;
Alain Accardo a publié plusieurs livres aux éditions Agone : &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/denotreservitudeinvolontaire&quot;&gt;De notre servitude
involontaire&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2001), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/introductionaunesociologiecritique&quot;&gt;Introduction à une
sociologie critique&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2006), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/journalistesprecairesjournalistesauquotidien&quot;&gt;Journalistes
précaires, journalistes au quotidien&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2006), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/lepetitbourgeoisgentilhomme&quot;&gt;Le Petit Bourgeois
Gentilhomme&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2009), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/engagements&quot;&gt;Engagements. Chroniques et autres textes
(2000-2010)&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2011).&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Les dindons de la farce électorale</title>
    <link>http://blog.agone.org/post/2012/04/26/Les-dindons-de-la-farce-electorale</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:a8856169e659782deb3392a5852b5e2a</guid>
    <pubDate>Thu, 26 Apr 2012 16:59:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agone</dc:creator>
        <category>La chronique de Jean-Pierre Garnier</category>
        <category>Elections</category><category>Front-de-gauche</category><category>Parti-socialiste</category>    
    <description>&lt;h3&gt;&lt;em&gt;Bis repetita placent&lt;/em&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;h4&gt;L’appel unanime à voter Hollande au deuxième tour de l’élection
présidentielle de la part de la « gauche de gauche », c’est-à-dire de
celle qui se positionne à gauche du Parti socialiste, depuis le Front de Gauche
jusqu’au Nouveau Parti Anticapitaliste et à Lutte ouvrière, donne une nette
impression de déjà vu…&lt;/h4&gt;    &lt;p&gt;À la veille de la présidentielle de 1981, ce qu’on appelait alors encore
l’« extrême gauche » avait convié ses maigres troupes à aider
François Mitterrand à conquérir l’Élysée. L’argumentation était peu ou prou la
même que celle avancée aujourd’hui. Il fallait « battre Giscard »
comme il faut maintenant « battre Sarkozy». Une fois sauté le verrou que
constituait la présence de la droite à la tête de l’État, il ne resterait
plus qu’à pousser la gauche gouvernementale à accomplir ses promesses grâce à
la mobilisation dans la rue et sur les lieux de travail d’un « peuple de
gauche » galvanisé par l’accession au pouvoir de ses représentants. On
sait ce qu’il en est advenu. Et pourtant…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par bien des aspects, on a l’impression aujourd’hui d’un &lt;em&gt;remake&lt;/em&gt;
d’une stratégie dont l’expérience a prouvé qu’elle ne pouvait conduire
qu’à l’échec. Avec, parmi ceux qui l’ont faite leur, la même hargne à
l’encontre de ceux, peu nombreux, qui osent mettre en doute son bien fondé et
son efficacité. À l’époque aussi, rares étaient les esprits clairvoyants – non
parce qu’ils étaient plus intelligents mais parce qu’ils ne prenaient pas leurs
désirs de « révolution » pour la réalité – qui pronostiquaient, sur
la base d’une analyse matérialiste des forces sociales qui s’affrontaient
alors, des lendemains qui ne pouvaient que déchanter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En anticipant le ralliement d’une gauche néo-petite bourgeoise éprise de
« réalisme » au marché, à l’entreprise et au profit, c’est-à-dire au
capitalisme ; en prévoyant le désenchantement et la démoralisation qui
n’allaient pas manquer de s’ensuivre parmi les ouvriers et les employés qui
avaient crû en elle ; en avertissant même que cette désillusion allait
faire le lit de la droite réactionnaire ; les esprits clairvoyants
apparaissaient comme des rabat-joie et des oiseaux de mauvais augure – qui
n’avaient droit pour toute réponse qu’à l’injure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel fut le cas, par exemple, pour un article écrit au cours de la folle
soirée du 10 mai 1981, prise de la Bastille dérisoire d’une foule électorale en
délire, dont une décennie de gestion sociale-libérale confirmera
rétrospectivement le caractère dérisoire &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/04/26/#pnote-678485-1&quot; id=&quot;rev-pnote-678485-1&quot; name=&quot;rev-pnote-678485-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;. Il suscita une
bordée d’invectives de la part des lecteurs qui avaient participé à la
« fête ». Une décennie de gestion sociale-libérale montrera que le
seul tort des auteurs fut d’avoir eu raison trop tôt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le début de l’article mentionné aurait d’ailleurs pu être repris tel quel
pour introduire celui-ci : « L’histoire, on l’a assez dit, parfois se
répète : ce qui, la première fois, se manifeste comme tragédie se
reproduit la seconde fois sous forme de farce. Mais aujourd’hui, la farce copie
la farce &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/04/26/#pnote-678485-2&quot; id=&quot;rev-pnote-678485-2&quot; name=&quot;rev-pnote-678485-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;». Au-delà la nature fondamentalement
farcesque d’une « démocratie représentative » où la délégation de
pouvoir rituelle à des politiciens professionnels reconduit la dépossession
politique des classes populaires, la farce consistait en l’occurrence à
substituer au « libéralisme avancé » un « socialisme de la
responsabilité ». L’un n’avait été que le premier pas dans la marche
triomphale d’un néolibéralisme passé à l’offensive après l’échec de la
« nouvelle société » mise trop tôt sur la rampe de lancement par
Jacques Chaban-Delmas, avec Jacques Delors comme conseiller en charge des
Affaires sociales et culturelles, puis des questions économiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan idéologique,ce libéralisme, pour se rénover, s’était affublé de
quelques oripeaux libertaires récupérés dans le florilège soixante-huitard pour
séduire les rescapés néo-petits bourgeois de la pseudo révolution de Mai en
pleine reconversion carriériste. Mais c’est précisément le « socialisme de
la responsabilité » qui permettra à ces derniers de parachever leur
irrésistible ascension. Responsabilité de quoi et devant qui ? De la mise
aux normes capitalistes européennes de l’économie et française devant un
patronat en voie de transnationalisation, sous la houlette de François
Mitterrand et de Pierre Mauroy puis de Laurent Fabius, avec le &lt;em&gt;come
back&lt;/em&gt; de Jacques Delors en Père-la-Rigueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, une trentaine d’années se sont écoulée depuis, et la conjoncture
politico-idéologique aujourd’hui est bien différente. Le « projet »
porté par le PS n’est plus « socialiste » – si tant est qu’il l’ait
jamais été autrement que sur le papier –, comme Lionel Jospin avait crû bon de
le signaler avant une défaite bien méritée. À tel point que Manuel Vals,
lieutenant très en vue de François Hollande, à qui ses pulsions sécuritaires
pourraient promettre un bel avenir au ministère de l’Intérieur, avait proposé
de débaptiser le PS de son appellation « socialiste » devenue
totalement incontrôlée, pour lui trouver une dénomination plus appropriée à sa
fonction de « gestionnaire loyal » du capitalisme. En attendant, on
peut suggérer en gardant les initiales, comme le font déjà de facétieux
gauchistes : « Parti Solferino ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est d’ailleurs là que la farce redouble une nouvelle fois la farce :
pour clore la parenthèse sarkoziste, François Hollande n’a rien d’autre à
offrir que la trilogie éculée
« changement-rassemblement-redressement » qui n’annonce rien d’autre
que la poursuite et même – crise financière aidant – le renforcement du cours
droitier emprunté par la « gauche de gouvernement ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, c’est à cette gauche-là que le Front de Gauche veut servir de force
d’appoint tout en assurant à ses électeurs que c’est pour la bonne cause :
non plus pour la révolution mais pour une « République sociale » – à
défaut d’être socialiste. Quand on parle du Front de gauche, il convient
évidemment de distinguer entre, d’une part, ses dirigeants, ses cadres, ses
experts et ses intellectuels organiques ; et d’autre part, la masse de ses
électeurs, elle-même assez diverse. La curée aux places (ou le souci de les
sauvegarder pour ce qui concerne les élus du PCF) suffit pour expliquer que les
premiers fassent la courte échelle à Hollande pour bénéficier en retour d’un
renvoi d’ascenseur aux élections suivantes. En revanche, on pourrait s’étonner
que la masse des électeurs leur emboîtent le pas sans se poser quelques
questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute peut-on imputer, pour ce qui est des plus âgés, à la mémoire que
tout Français qui se respecte se doit d’avoir courte, l’oubli du passé
mitterrandien voire mitterandolâtre que le leader du Front de gauche se refuse
à renier, oubli qui devrait inciter à une certaine méfiance à l’égard de ses
proclamations de tribune. De même peut-on admettre que l’ignorance ou
l’inattention les aient empêché de remarquer que la clique d’économistes liés
aux banques dont Hollande s’est entouré soient ceux-là mêmes qui ont prodigué
leurs conseils à Sarkozy et sa bande, cornaqués maintenant par Michel Sapin,
énarque « socialiste » comme son camarade de promotion et ardent
partisan du Traité de Maastricht, dont il avait été un artisan acharné quand il
officiait comme ministre de l’Économie et des Finances du gouvernement de
Pierre Bérégovoy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore que le « crétinisme parlementaire » (plutôt présidentiel
dans le cas présent) soit inhérent au « réformisme petit bourgeois »,
comme le déplorait Marx, n'allons pas jusqu'à considérer comme complètement
décérébré l'ensemble des électeurs du Front de gauche appelés à être les
dindons de la farce électorale. Nombreux sont ceux qui ont remarqué, pour s’en
agacer, la présence de moins en moins discrète, autour du candidat
« socialiste », de chevaux de retour mitterrandiens ou de poulains
jospiniens qui (avoir été prêts durant des mois à courir sous les couleurs
strauskaniennes si leur favori n’avait pas chuté) piaffent d’impatience en
sentant la victoire proche. Et rares sont certainement ceux qui nourrissent des
illusions à l’égard des intentions de cette équipe une fois installée dans les
hautes sphères gouvernementales. Si la plupart estiment sans doute, quand même,
pour s’en contenter, que, « malgré tout », la politique menée par la
nouvelle majorité, ne peut-être, « de toute façon », que meilleure
que celle de l’ancienne ; on peut imaginer que d’autres misent sur une
mobilisation populaire et un débordement à gauche dans la foulée de l’élan créé
par la défaite de la droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un pari audacieux. Mais, comme on l’a rappelé plus haut, ce pari a un air de
déjà vu et peut laisser sceptique si l’on tient compte de l’expérience passée.
« La situation aujourd’hui est totalement différence de celle de la fin
des années 1980 », objectent les stratèges de ce
« gauchissement » de la politique menée par la gauche au pouvoir sous
la pression des masses. En quoi ? La réponse est pour le moins
spécieuse : « C’est justement parce que le peuple n’attend pas
grand-chose d’une gauche de gouvernement qui, cette fois-ci, ne promet aucune
“rupture avec le capitalisme”, que les gens ne cèderont pas à la démoralisation
due à la trahison des promesses qui leur avait été faites. Si la “ rigueur ” a
pu passer sans susciter d’opposition massive et résolue, c’est parce que le
peuple attendait autre chose et s’est trouvé pris au dépourvu. Là, c’est lui
qui va imposer autre chose, faire en sorte que le gouvernement cède et le
suive, au lieu de céder aux patrons, aux financiers et aux injonctions de
l’Europe du capital. Sinon, il sautera ». Autrement dit, « battre
Sarkozy » en évitant que le Front national ne continue à gagner des voix
parmi la « France invisible » délaissés par un PS
« déprolétarisé » ne serait pas une fin en soi mais le moyen de créer
un « appel d’air » qui devrait donner à l’offensive populaire un
second souffle et aux idéaux d’émancipation collective une nouvelle
jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait mettre en doute la sincérité des défenseurs de cette
stratégie, engagés depuis des années aux côtés des travailleurs en lutte contre
la politique de régression sociale menée pour intégrer la France dans ce qu’on
n’ose plus appeler le « grand marché » européen. Mais la
« faisabilité », comme diraient les technocrates, de cette stratégie
pose problème. Pour la mettre en œuvre, il faudra, en effet, compter avec les
résistances non seulement de la droite, mais, comme aurait dit Georges
Marchais, de la « fausse gauche » gouvernementale, qui n’est, tout
bien pesé, qu’une « deuxième droite &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/04/26/#pnote-678485-3&quot; id=&quot;rev-pnote-678485-3&quot; name=&quot;rev-pnote-678485-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt; » ; et
même, au sein de la « vraie gauche » que représenterait le Front de
gauche, des caciques et des apparatchiks partidaires ou syndicaux, prompts à
freiner des deux pieds, comme on l’a encore constaté lors des mouvements
sociaux qui se sont succédés durant la dernière la décennie, lorsque ceux-ci
menacent de transformer les « partenaires sociaux » en adversaires
irréductibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant dire qu’un travail de longue haleine à la base de conscientisation et
d’organisation attend les militants adeptes de la stratégie du
« débordement » pour maintenir la combativité des dominés et garantir
leur autonomie par rapport aux sommets, toujours tentés de pactiser avec les
dominants. Sinon la farce copiera une fois de plus la farce aux dépens des
premiers, l’histoire se confondant alors avec ce qu’en ont toujours dit les
seconds : une infinie répétition.&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;Jean-Pierre Garnier&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;——&lt;br /&gt;
Jean-Pierre Garnier a publié aux éditions Agone : &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://atheles.org/agone/contrefeux/uneviolenceeminemmentcontemporaine/&quot;&gt;Une
violence éminemment contemporaine. Essais sur la ville, la petite-bourgeoisie
intellectuelle et l'effacement des classes populaires&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2010).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;
&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/04/26/#rev-pnote-678485-1&quot; id=&quot;pnote-678485-1&quot; name=&quot;pnote-678485-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] . Alain Bihr, Jean-Pierre Garnier, Louis Janover
et René Loureau, « Ils ont gagné », &lt;em&gt;NON !&lt;/em&gt;, juillet-août
1981 ; &lt;em&gt;Critique socialiste&lt;/em&gt;, juin 1981.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/04/26/#rev-pnote-678485-2&quot; id=&quot;pnote-678485-2&quot; name=&quot;pnote-678485-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;em&gt;Ibid.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://blog.agone.org/post/2012/04/26/#rev-pnote-678485-3&quot; id=&quot;pnote-678485-3&quot; name=&quot;pnote-678485-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] Jean-Pierre Garnier et Louis Janover, &lt;em&gt;La Deuxième
Droite&lt;/em&gt;, Robert Laffont, 1987.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Un double bilan de faillite</title>
    <link>http://blog.agone.org/post/2012/04/24/Un-double-bilan-de-faillite</link>
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    <pubDate>Tue, 24 Apr 2012 11:18:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Agone</dc:creator>
        <category>La chronique d'Alain Accardo</category>
        <category>Capitalisme</category><category>Démocratie-bourgeoise</category><category>Elections</category><category>Social-libéralisme</category>    
    <description>&lt;h4&gt;Rarement le pouvoir de classe de la grande bourgeoisie aura été aussi
arrogant et cynique qu’avec le sarkozysme. Autant que sous la monarchie de
Juillet, sans doute, où la richesse fut instituée comme condition de la
citoyenneté et où le banquier et président du conseil, Casimir Périer,
proclamait en 1831 : « Il faut que les ouvriers sachent bien qu'il
n'y a de remèdes pour eux que la patience et la résignation. » La même
inspiration nous a valu, en 2007, d'un côté le bouclier fiscal, de l'autre le
« travailler plus pour gagner plus » et à la suffisance bouffie du
monarque orléaniste ont répondu la vulgarité et l'inculture du monarque
présidentiel.&lt;/h4&gt;    &lt;p&gt;Au-delà, le sarkozysme n'est que le dernier avatar d'une contre-révolution
reagano-thatchérienne initiée, en France, au milieu des années 1980, par un
gouvernement socialiste qui fit du ministre Beregovoy l'instrument de la
déréglementation financière. On ne saurait l'oublier… Et puis Sarkozy vint. La
finance « décomplexée » et l'enrichissement des nantis furent
décrétés grandes causes nationales, la cupidité élevée au rang de vertu et, à
l'image des pratiques du monarque lui-même, l'ostentation des mœurs fastueuses
des grands encouragée ; il se trouva même des doctes, appelés économistes,
pour apporter la caution de la « science » aux débordements
monétaires des puissants… Ce n'est pas une fable, hélas ! Qui ne se
souvient des proclamations triomphantes de Dame Lagarde claironnant :
« Assez pensé maintenant ! Il faut réhabiliter le succès et son
corollaire l'argent » ? Sarkozy n'a pas inventé l'oligarchie, il en a
poussé jusqu'au bout la logique, pour en faire une authentique ploutocratie. Il
copine ostensiblement avec les fortunés, héritiers et parvenus, et se flanque
d'un appareil d'affidés, de mercenaires et de commis dont la médiocrité
garantit la fidélité au point qu'il faut les munir d'argumentaires préfabriqués
sous l'appellation pudique d'« éléments de langage ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sarkozy a réussi, un temps, à donner un nouvel élan aux recettes libérales
sévissant depuis trente ans, avant tout la baisse des impôts des possédants. On
connaît la ritournelle : libre-échange, déréglementations, privatisations
et compétitivité dans une concurrence pure et parfaite feront le bonheur de
tous par l'enrichissement indéfini de quelques-uns. Le sarkozysme, c'est à cet
égard la réactivation de l'anthropologie libérale du mérite et du talent :
ceux qui gagnent beaucoup d'argent, c'est qu'ils l'ont voulu et, par exemple,
les rémunérations obscènes des grands patrons ne sont dues qu'à leur compétence
irremplaçable… Sauf que l'on sait bien, aujourd'hui, qu'en réalité ces éminents
personnages se cooptent entre eux, à quelques dizaines, dans les conseils
d'administration du CAC 40 où ils constituent des « comités de
rémunération » s'attribuant réciproquement les revenus correspondant à
leur avidité et leur vanité. Une véritable mafia où le copinage, l'arrivisme et
le renvoi d'ascenseur tiennent aussi lieu de mérite et de talent. L'image même
du sarkozysme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, il y eut, à la suite de la crise de 2008, la farce de la
« moralisation » du capitalisme. Elle fit long feu. Comment un
système dont le principe fondateur est l'exploitation de l'homme par l'homme ne
serait-il pas profondément et définitivement immoral ? Là-dessus a surgi
l'affaire Woerth-Bettencourt, révélant au grand jour les connivences rémunérées
entre gros possédants et personnel politique. Quelle dignité pouvaient bien
avoir ces laquais de la sarkozie venant quémander des subsides à la table d'une
vieille femme richissime, laquelle les connaissait à peine, et qui repartaient,
toute honte bue, avec leur enveloppe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une crise l'autre. Pas plus que les précédentes nos grands économistes
officiels ne l'ont vue venir. En 2008, l'un des plus écoutés, M. Patrick Artus,
carillonnait : « Le pire est passé » (&lt;em&gt;Challenges&lt;/em&gt;, 3
avril 2008). Pas d'inquiétude, le même, aujourd'hui, continue de vaticiner… On
découvrit néanmoins que l'auto-régulation des marchés était une blague et la
« main invisible » un fantasme imaginé par le facétieux Adam Smith.
Parant au plus pressé, Sarkozy annonça qu'il fallait de la régulation. Les
économistes-chefs, de Boissieu (CAE) ou Lorenzi (Cercle des économistes),
feignirent la résipiscence : on n'a pas su tirer les leçons de l'affaire
Enron, nous n'avons plus le droit de nous rater ! Les &lt;em&gt;subprimes&lt;/em&gt;
leur étaient néanmoins passées sous le nez, trop occupés qu'ils étaient à
peaufiner leur théorie de la régression sociale comme « contrainte
incontournable » nécessaire à « l'exigence de rentabilité du capital
des entreprises ». Et voilà maintenant qu'ils nous font le coup d'une
« dette publique » entièrement fabriquée grâce à leurs
préconisations : baisse des recettes fiscales consécutive aux cadeaux
faits aux riches pour « investir » ; remise des États, pieds et
poings liés, à la rapacité des banques privées. Faut-il rappeler ici que tous
nos grands économistes sont des conseillers de ces mêmes banques et qu'ils y
ont donc des intérêts personnels ? Et ce sont ces quelques dizaines
d'éminences qui dispensent, comme un véritable clergé, oracles, sermons et
pénitences au petit peuple ignorant et soumis ! Mais cela permet à Sarkozy
de jouer au capitaine courageux dans la tempête… On ne remarque pas assez le
« courage » qu'il faut à tous ces prêcheurs d'austérité et de
« rigueur » pour exhorter les autres à des sacrifices dont eux-mêmes
ne pâtiront guère.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici la deuxième face du sarkozysme, une guerre impitoyable contre les
classes populaires fondée sur la représentation libérale de ces classes comme
inaptes, congénitalement paresseuses et potentiellement immorales. On reprit la
vieille distinction des physiocrates entre pauvreté méritante et pauvreté
méritée complétée par la fameuse théorie de l'individu rationnel. Ainsi les
gueux, fins calculateurs du rapport coût/avantage entre le travail et le
non-travail et suivant leur penchant naturel pour l'oisivité, se saisiraient de
la moindre occasion pour choisir le second. Le RSA, en 2009, est fondé sur ces
sordides autant qu'absurdes spéculations. On nous le vendit pourtant comme la
volonté « humaniste » du « bon » M. Hirsch appuyé par la
bienveillance présidentielle. Il ne manqua pas, même à gauche, de niaiseries
compatissantes : « Une bouffée d'oxygène », « C'est mieux que
rien »… Des balivernes compassionnelles comme autant d'insultes à la dignité
des pauvres alors que le RSA se fonde sur le travail comme « impératif
catégorique » en dehors duquel on est soit un misérable assisté soit un
chômeur volontaire mais toujours un fainéant. Le RSA créa ainsi un nouveau
statut, celui de « travailleur précaire assisté », sorte d'expérimentation
sur les chômeurs des niveaux de résistance et de résignation face à
l'inacceptable. On essaya de faire passer pour de la solidarité ce qui n'était
qu'une variable d'ajustement économique. L'objectif : renforcement de la
flexibilité et diminution d'un « coût du travail » qui, pour le
patronat, sera toujours trop élevé et dont il réclamera indéfiniment la baisse.
Même dessein, mieux avoué, dans les geignements perpétuels sur les cotisations
sociales patronales décrites comme d'insupportables « charges »
pénalisant la sacro-sainte compétitivité et privant les patrons de la joie
désintéressée d'embaucher. Tous les malheurs du monde viendraient de ces
« prélèvements obligatoires », pratiques « confiscatoires » d'un
« État-providence » glouton et dépensier !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quinquennat de Nicolas Sarkozy restera celui d'une remise en cause
systématique et agressive de toutes les formes de protection sociale. Les
grandes manifestations de 2010 contre la réforme des retraites, certes
inabouties, seront un moment majeur de la mobilisation populaire. Contrairement
aux idées reçues et aux intentions proclamées, la dénonciation du « modèle
social français » a des raisons moins économiques qu'idéologiques. Les
libéraux n'ont jamais admis que puissent être prévues et indemnisées
&lt;em&gt;solidairement&lt;/em&gt; les situations de non-travail provoquées par la maladie,
l'accident, le chômage, la vieillesse. Le prétendu État-providence n'aura
jamais été que le résultat d'une multitude de luttes sociales arrachant à
l'âpreté capitaliste ces acquis que les libéraux et leurs perroquets
médiatiques appellent avec mépris les « avantages sociaux ». Pour le
dogmatisme libéral les droits sociaux fondés sur la solidarité restent
illégitimes, il lui faut donc imposer la remise de soi au marché, c'est-à-dire
aux assurances privées. C'est la même démarche qui conduira Sarkozy au
démantèlement, déjà bien engagé, des services publics, démantèlement qui
pénalise avant tout les pauvres : démembrement de l'hôpital public,
amputation des moyens de l'école dont les conséquences sur le renforcement des
inégalités scolaires n'est pas pour déplaire, privatisations rampantes ou
assumées, tout doit être remis au privé conformément au fondamentalisme
libéral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sarkozysme a de même travaillé à la production idéologique de la
compulsion sécuritaire, à partir d'une double représentation des classes
populaires : d'une part des dominés-ilotes qu'il est nécessaire de dresser
et moraliser, ce fut le RSA ; d'autre part des dominés-rebelles dont il
faut prévenir les révoltes en les criminalisant, ou au moins en désamorcer les
manifestations, ce fut la construction du « sentiment d'insécurité ».
Comme André Tosel a pu le dire, la « désémancipation sociale »
provoquée par la destruction de l'État social a été complétée par une
« guerre civile préventive » délibérée où l'administration de la
nation se réduit peu à peu à un État pénal exacerbant le contrôle social et la
surveillance des populations. Sarkozy n'aura pas hésité à mettre en place ce
qui n'est pas une « dérive » sécuritaire mais une stratégie
préméditée, une véritable &lt;em&gt;xénophobie d'État&lt;/em&gt; (Jacques Rancière)
conduisant aux expulsions arbitraires, à l'inhumanité de la chasse aux
sans-papiers, aux Roms… Ce fut la lamentable opération « identité
nationale ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La « violence des jeunes dans les écoles et les quartiers » est
désormais considérée comme un fait qui ne se discute pas : comme si le
vrai problème de l'École était l'éventuelle présence d'un couteau dans un
cartable et non la violence symbolique permanente qu'est l'échec programmé des
enfants des classes populaires et qui peut les conduire à un ressentiment somme
toute compréhensible… La stigmatisation des immigrés des banlieues surfe sur
une islamophobie bricolée au nom d'une laïcité que l'on bafoue par ailleurs en
allant faire allégeance au pape. Le racisme d'Etat est une tradition
républicaine dont la fonction a été de légitimer la colonisation. La
colonisation active a disparu mais, par une sorte de rémanence, les
dispositions racistes qu'elle a induites continuent d'imprégner la mentalité
d'une large partie de nos contemporains, suscitant cette haine entre pauvres
qui est l'arme principale de Sarkozy dans la perpétuation du « sentiment
d'insécurité ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier point nous invite à porter notre attention sur le fait que la
mise en œuvre de toute politique implique l'existence d'un contexte objectif
qui conditionne dans une large mesure les buts qu'elle se propose et les moyens
qu'elle emploie. Un contexte pas seulement socio-économique mais aussi et
surtout socio-culturel et idéologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si le règne de Sarkozy a été, pour parodier la définition bien
connue de la démocratie, le pouvoir des riches par les riches et pour les
riches et si, à aucun autre moment sous la Ve République, les gouvernements en
place n'ont aussi outrancièrement servi de bureaux d'affaires à la grande
bourgeoisie possédante, c'est parce que le pouvoir sarkozien a bénéficié, plus
que jamais en « démocratie » bourgeoise, du soutien, ne serait-ce que
par défaut, d'un climat social et d'un environnement idéologique. On ne peut
qu'être frappé, quand on observe le déroulement de la vie politique de ces cinq
dernières années, par la quasi-annihilation de toute opposition digne de ce
nom, par la rareté et la mollesse des résistances. Non pas qu'il n'y ait pas eu
de luttes, de mobilisations ni même d'explosions sur les terrains les plus
divers. Le mécontentement et la colère sont peut-être même plus grands
aujourd'hui, du fait des effets calamiteux de « la crise », qu'ils ne
l'étaient précédemment. Mais on sait depuis longtemps qu'un climat de
« rogne et de grogne » ne suffit pas à alimenter un vrai combat pour
le changement. Encore faut-il des perspectives claires de nature à fédérer
revendications et aspirations dans un dessein cohérent ; encore faut-il
une espérance et une foi en un même idéal alliant le bonheur pour chacun à la
justice pour tous, la liberté et la fraternité, le respect des droits et le
sens du devoir, tous ces ingrédients de haute civilisation qui faisaient rêver
et marcher, vivre, se battre et parfois mourir nos aïeux, et qui font encore se
lever un peu partout dans le monde des peuples enfin réveillés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu partout mais malheureusement plus chez nous, républiques
occidentales, où deux ou trois siècles de développement capitaliste commercial,
industriel et financier couronnés par une union européenne ultra-libérale ont
façonné un &lt;em&gt;homo oeconomicus mediocris&lt;/em&gt; pour qui le sens de la vie
personnelle et collective se résume désormais à écumer les marchés, et qui en
conséquence entretient d'une génération à l'autre l'obsession de croître et
s'enrichir par tous les moyens. C'est le degré auquel chacun-e parvient à
satisfaire sa frénésie de consommation qui est devenu le critère principal de
classement social. Ce qui est déshonorant, ce n'est ni le vice ni le crime mais
de ne pas être en mesure de prendre place, sur un marché donné, parmi les
nantis, c'est-à-dire ceux qui ont suffisamment d'argent (peu importe sa
provenance) pour acheter plus que les autres, signe de la distinction
suprême.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons rappelé plus haut, ce n'est pas Sarkozy ni le milieu
auquel il appartient qui ont inventé ce style de vie inspiré depuis des
décennies par la barbarie &lt;em&gt;soft&lt;/em&gt; américaine. Lui et ses amis sont
eux-mêmes à la fois les produits et les propagateurs de cette aliénation
culturelle par la religion du Capital. Ils se sont seulement donné pour mission
de la parfaire, de la célébrer et de la naturaliser. Ils ont conscience d'être
à l'apogée du règne de l'Argent-roi et ne se préoccupent que de maintenir à son
zénith la domination du Capital sur le Travail, sans voir que le déclin a déjà
commencé. Sarkozy et les siens n'ont rien inventé, mais le moins qu'on puisse
dire, c'est qu'ils n'ont pas été les seuls à servir de palefreniers à
l'attelage de l'État capitaliste. Dans cette entreprise d'abaissement de la
France et de soumission généralisée aux injonctions de la Finance
internationale, la « droite républicaine » a été précédée par la
« gauche de gouvernement », qui a été la première en France, dès 1983, à
mettre en œuvre, à l'imitation de la social-démocratie allemande, le mot
d'ordre de Bad-Godesberg : « gestion loyale » du
capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des dernières décennies, le révisionnisme social-démocrate, lié à
la dérive politique droitière (dé-prolétarisation sociologique, abandon du
keynésianisme économique, etc.) de tous les partis socialistes et travaillistes
européens, a conduit ceux-ci à tourner successivement le dos à tous les
objectifs traditionnels de l'ancienne social-démocratie (voire dans certains
cas à refuser l'appellation même de « parti socialiste »), pour se rallier
à une forme ou une autre de social-libéralisme (tels la « troisième
voie » de Tony Blair ou le néo-libéralisme de Gerhard Schröder), de sorte
qu'on ne voit plus très bien ce qui différencie aujourd'hui un parti soi-disant
socialiste d'une droite très modérément sociale ou d'un « centrisme »
chrétien-démocrate. Rien ne distingue plus les différentes écuries en
compétition pour le pouvoir en dehors de la personnalité de leurs
représentants, dont les stratégies carriéristes pour passer d'un râtelier de
« gauche » à un râtelier de droite s'en trouvent grandement
facilitées.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La désertion de l'État social par le parti socialiste et son ralliement
doctrinal au social-libéralisme (sur le fond, même si l'inusable rhétorique de
l'égalité ne peut manquer de refaire surface pour la forme le temps d'une
campagne électorale), expliquent le statut privilégié qui lui a été reconnu
dans le système de l'« alternance républicaine » où il fait figure,
en face de la droite institutionnelle, de seule « opposition »
respectable, c'est-à-dire invertébrée et inoffensive pour le Capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le face à face Sarkozy-Hollande (à défaut d'un Strauss-Kahn, il faut s'en
souvenir !) médiatiquement orchestré, imposé par le système et benoîtement
accepté par l'ensemble des populations, donne la mesure de l'indifférentisme où
tombent toujours plus d'électeurs français. En vérité, en cette fin de
quinquennat, ce n'est pas un bilan de faillite politique qu'il faudrait
déposer, mais deux : celui de la droite républicaine et celui de la gauche
dite réformiste.&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;Alain Accardo &amp;amp; Gérard Loustalet-Sens&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Texte initialement parue dans le journal &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://www.lesarkophage.com&quot;&gt;Le Sarkophage&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, du mois de mars
2012.&lt;br /&gt;
——&lt;br /&gt;
Sociologue, Alain Accardo a publié plusieurs livres aux éditions Agone :
&lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/denotreservitudeinvolontaire&quot;&gt;De notre servitude
involontaire&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2001), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/introductionaunesociologiecritique&quot;&gt;Introduction à une
sociologie critique&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2006), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/journalistesprecairesjournalistesauquotidien&quot;&gt;Journalistes
précaires, journalistes au quotidien&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2006), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/lepetitbourgeoisgentilhomme&quot;&gt;Le Petit Bourgeois
Gentilhomme&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2009), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://agone.org/engagements&quot;&gt;Engagements. Chroniques et autres textes
(2000-2010)&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2011).&lt;br /&gt;
Psychologue, Gérard Loustalet-Sens a publié &lt;em&gt;Chronique des idées reçues.
Combattre la domination&lt;/em&gt;, Espaces Marx - Les Nouvelles de Bordeaux,
2010.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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